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« Gagnons-les toutes et renvoyons-les chez eux ! ». Ainsi parle Matteo Salvini des élections régionales qui auront lieu très prochainement en Ombrie puis en Calabre, en Emilie-Romagne, en Toscane (historiquement au PD depuis toujours) et en Ligurie. Pour le moment, c’est en effet la seule stratégie possible pour le centre-droit s’il veut reprendre le pays et ensuite monter à la tête du gouvernement auquel il veut entrer « par la grande porte et non en trichant ». Déjà tout le nord, le poumon économique de l’Italie, est acquis à la Ligue et met ainsi des bâtons dans les roues du gouvernement en place. Un gouvernement qui s’effondre d’ailleurs de plus en plus pour plusieurs raisons. Premièrement les trois leaders qui le composent sont incapables de s’entendre : Renzi en a après Di Maio qui en a après Zingaretti qui lui-même en a après Renzi. Conte se retrouve impuissant face à cette situation ressemblant à une cours d’école et n’arrive pas à hausser le ton ce qui le rend ridicule. Deuxièmement les manœuvres qu’ils mettent en place sont de plus en plus impopulaires telles que la taxe sur le paiement en liquide et même la manœuvre économique comme le montrent les sondages – 65,4 % des Italiens la rejettent. Cela permet au centre-droit de tirer son épingle du jeu et de récupérer des votes et du soutien, car les Italiens s’aperçoivent qu’ils sont proches du point de non-retour tant d’un point de vue économique que culturel.
Une place noire de monde
Le succès de la manifestation qui a eu lieu ce samedi 19 octobre à 15 heures, à Rome, place San Giovanni – la place historique de la gauche mais que celle-ci ne remplit plus depuis des années – en est la preuve. Les chiffres de la manifestation sont assez variables selon les points de vue car même si les mathématiques sont censés être une science de l’exactitude, il n’est pas donné à tout le monde de savoir compter. En effet, selon les organisateurs et comme en témoignent les images, ils étaient 200 000 à manifester, toutefois, pour la préfecture de police de Rome, ils n’étaient que 70 000…
C’est donc devant une place noire de monde se prolongeant dans les rues alentour, et une foule très enthousiaste que « le centre-droit a pu exprimer de nouveau l’unité qui lui manquait depuis longtemps », comme le souligne Andrea Carriero – en effet, la dernière manifestation du centre-droit remonte à 2015, soit bien avant les élections de 2018 pour lesquelles ils n’ont rien fait – et sa volonté de faire un gouvernement qui puissent « redonner au pays sa grandeur et sa fierté nationale ». Ils ont voulu rassembler l’Italie qui travaille, qui produit et qui perpétue le savoir-faire national. L’objectif exprimé par les trois leaders est de protéger l’identité et la culture italienne pour le bien-être des citoyens et du pays dans l’optique de relancer l’économie et de retrouver une dignité et un « orgueil national ». Un orgueil national que les manifestants soutiennent en montrant bien haut leur drapeaux tricolores.
Salvini leader incontesté de la coalition
Silvio Berlusconi, dans son discours, accuse les quatre leaders de gauche – Zingaretti pour le PD, Di Maio pour le M5S, Renzi pour Italia Viva et Pietro Grasso pour Liberi e Uguali – ainsi que la magistrature communiste, d’imposer un État qui n’a pour objectif que d’augmenter les taxes et de passer les menottes à ceux qui ne peuvent pas les payer à cause de difficultés économiques. En outre, il faut souligner que Berlusconi en profite pour reconnaître comme leader de la coalition, le numéro un de la Ligue, Matteo Salvini, qu’il trouve changé et « plus institutionnel », donc plus proche de lui, comme l’explique La Verità du dimanche 20 octobre 2019.
Giorgia Meloni, toujours plus appréciée par les sympathisants de la Ligue, s’est quant à elle concentrée sur la gestion catastrophique de la ville de Rome n’épargnant pas sa mairesse, Virginia Raggi, qui a un vrai problème avec la gestion des déchets de la ville. Elle a aussi accusé le PD et le M5S de vouloir enlever toujours plus de droits aux Italiens, en partant notamment de la « brillante » idée de Beppe Grillo (fondateur du M5S) de retirer le droit de vote aux personnes âgées. Elle accuse le gouvernement d’être l’ami des banques et de la grande finance et elle exprime « une forte opposition à ceux qui veulent offrir la citoyenneté italienne aux migrants parce que la citoyenneté italienne se mérite » martèle-t-elle. Elle revient aussi avec des mots très durs sur le scandale de Bibbiano : « Nous irons droit au but pour supprimer cette m*** crée par le PD ». Elle conjure enfin les membres de la coalition de ne plus jamais aller avec le M5S ou quelque autre parti de gauche, tirant les leçons du malheureux essai de Salvini : « Nous défendrons Dieu, la Patrie et la famille. Je demande ici, devant 200 mille personnes à Forza Italia et à la Ligue : jamais avec le PD, jamais avec le M5S ».
« Le peuple contre les élites »
Salvini, lui, relance le concept « du peuple contre les élites » et réaffirme que l’idée actuelle qui est donnée de l’Europe est fausse et l’Italie menée par le centre-droit propose d’être « amie avec tout le monde mais esclave de personne ». Salvini profite aussi de son discours pour mettre les points sur les /i/ concernant les attaques de certains hommes d’Église qui n’ont pas tous compris leur mission auprès des croyants : « il y aura sûrement quelqu’un pour dire à la messe que “ceux qui votent la Ligue sont des assassins”. Moi je pense que ceux qui appliquent vraiment les enseignements de l’Évangile et de la Bible sont ceux qui évitent que ces gens montent dans des barques aux mains des passeurs. Moins de départs, moins de morts. Ceux qui permettent les départs sont ceux qui vont ensuite faire une génuflexion à l’église mais ils ont la conscience noire et des milliers de morts sur le dos. Chassons la politique de nos églises et de nos écoles ! Au gouvernement, nous avons des personnes avec les mains tachées de sang. Plus de départs, plus de problèmes, plus de morts ». Il évoque enfin avec lucidité la question du sud ainsi que la cohésion et la gestion territoriale. Il dénonce l’incapacité des personnes qui gèrent les régions du sud et qui « volent des votes depuis trop d’années ». Il veut redonner aux régions qui en ont besoin l’autonomie prévue par la Constitution pour que chaque région puisse avoir un régime adapté et soit gérée par des gens capables afin d’être toutes compétentes et valorisées pour faire avancer le pays.
De notre correspondante en Italie, Hélène Lechat
Crédit photos : DR
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