Paroles d’enfants franco-allemands (1940-1944). L’historienne Isabelle Le Boulanger a enquêté.

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C’est un des plus beaux dénis (si l’on peut dire) de l’Occupation. Près de quatre années de cohabitation ont contraint les Français à supporter leurs vainqueurs, leur administration militaire. Le maillage était serré et, dans la zone nord, pratiquement toutes les communes payaient le poids de la défaite. Les faits de résistance furent beaucoup plus rares que les comportements de proximité qui pouvaient aller de la collaboration pure et simple à l’acceptation d’une fréquentation inévitable, voire d’un travail accepté sous l’égide de l’occupant.

Les soldats allemands privés de femmes, les Françaises privées de maris, d’amants, cette situation favorisait les « aventures » ou plus sérieusement des liaisons voire des mariages. Des centaines de milliers de cas. Même si les lois racistes de l’État national-socialiste veillaient à ce que le sang « aryen » ne soit pas « souillé ». Mais de la théorie à la pratique…

Fabrice Virgili, qui fait autorité en la matière, évalue le nombre d’enfants franco-allemands à plusieurs dizaines de milliers, voire à cent mille. Toutes ces naissances furent mal acceptées, oblitérées, moins par les géniteurs que par l’entourage familial, le voisinage. Une loi légalisant l’avortement aurait atténué cette situation mais l’État français (Vichy) avait décidé de frapper de la peine capitale les avorteuses et avorteurs (loi du 15 février 1942).

Isabelle Le Boulanger qui est docteure en histoire (Brest) s’est livrée à une enquête particulièrement détaillée, du plus haut intérêt. À partir d’un panel de 18 personnes, nées d’amours interdites, en Bretagne (5) elle reconstitue leur histoire jusqu’à maintenant. Après un long silence, elles lui ont parlé. Des parcours poignants.

Ces enfants de l’amour subissent dès les premiers mois un rejet presque systématique, surtout des personnes âgées car la haine des « Boches » prime sur tout. Les mères se cachent, les pères se taisent, s’en vont au hasard des affectations.

À la Libération, c’est l’heure des sévices qui sont le fait de résistants de la dernière heure. Des machistes féroces qui ont en tête l’avertissement proféré dans la presse clandestine :

« Vous serez tondues, femelles dites françaises qui donnez votre corps à l’Allemand, tondues avec un écriteau dans le dos “vendues à l’ennemi” (…) tondues et cravachées. » (Défense de la France, février 1942).

Aux chambres civiques de traiter ces cas de « collaboration horizontale », ce qui était le moindre mal pour les intéressées.

Un travail salutaire, à lire et à voir grâce à une riche iconographie.

Jean HEURTIN

* Isabelle Le Boulanger, Enfants de la guerre dans l’Ouest de la France, Coop Breizh, 14 euros ;

* Fabrice Virgili, Naître ennemi…, Payot, 2014.

* Deux associations franco-allemandes aident les enfants franco-allemands à retrouver leur identité et leur histoire, l’Amicale nationale des enfants de la guerre et Cœurs sans frontières.

Crédit photo : DR
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