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Tous les partis connaissent le même problème : posséder des cadres qui comprennent la ligne développée par la direction et l’intègrent dans leurs discours et dans leur programme pour les élections municipales. À Rennes, ça ne semble pas être le cas pour Émeric Salmon (RN).

Le déphasage existant entre certains cadres du Rassemblement national et l’électorat de base ne date pas d’aujourd’hui. Les premiers sont volontiers « de droite » – si bien qu’on se demande si leur vraie place ne serait pas plutôt chez les Républicains – tandis que les seconds ont la fibre « populiste ». Un exemple récent est donné par Émeric Salmon, conseiller régional de Bretagne, tête de liste du RN aux élections municipales à Rennes. M. Salmon est en effet tout fier d’annoncer à la population locale que Thierry Mariani, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, devenu député européen grâce au bon vouloir de Marine Le Pen, lui apporte son soutien pour ces élections ; car M. Mariani a réactivé son mouvement de la Droite populaire et donne sa bénédiction ici et là à des listes RN, ou bien conduites par des anciens des Républicains. Compte tenu du poids politique et électoral de la Droite populaire – très proche du zéro – cela n’a guère d’importance ; ça peut faire joli dans le décor, mais c’est tout.

Pourtant ça fait plaisir à M. Salmon qui semble y croire : « La liste Rassemblement national soutenue par la Droite populaire incarne la véritable alternative. J’invite tous les déçus de la droite rennaise, ne supportant plus les reniements et les trahisons de LR, à nous rejoindre pour bâtir un projet ambitieux au service du bien commun » (Ouest-France, Rennes, mercredi 4 décembre 2019).

La bourgeoisie « de droite » préférera voter pour les gens « bien » de LREM que pour les « gueux » du RN

En guise de « projet ambitieux », M. Salmon gagnerait à élargir sa base électorale du côté des classes moyennes inférieures et des classes populaires, seul gisement sur lequel il peut compter – car la bourgeoisie « de droite » préférera voter pour les gens « bien » de LREM que pour les « gueux » du RN. Rappelons qu’aux dernières élections municipales (23 mars 2014), la liste « Rennes Bleu Marine » (Gérard de Mellon) avait obtenu 8,37% des suffrages exprimés (4 949 voix) – ce qui l’empêchait d’être qualifiée pour le second tour et d’obtenir des élus.

Aux récentes élections européennes (26 mai 2019) la liste du RN obtient un résultat comparable : 4 771 voix, 7,89%. Salmon dispose donc d’une clientèle fidèle, mais tout à fait insuffisante pour lui ouvrir les portes de l’hôtel de ville. À lui de ne pas se tromper de cible : inutile de courir après des gens qui ne risquent pas de voter pour lui s’il veut améliorer le score du RN.

Marine Le Pen a compris tout cela – d’autant plus qu’elle sait lire les sondages. «  Il faut dire qu’en début de novembre un sondage IFOP pour le JDD donnait Marine Le Pen à 45% des voix contre Emmanuel Macron lors d’un éventuel second tour à la présidentielle  de 2022. Et 63% des électeurs de la France insoumise aux récentes européennes voteraient Le Pen au second tour. Le RN donne l’impression de ne plus lorgner sur ce qu’il reste de l’électorat Les Républicains » (Les Échos, vendredi 29 – samedi 30 novembre 2019).

Marine Le Pen, débouché électoral principal du mécontentement des ouvriers et des employés

Jérôme Sainte-Marie, président de la société d’études et de conseil Polligvox, explique la tactique de la présidente du RN : « Marine Le Pen apparaît aujourd’hui comme étant le débouché électoral principal du mécontentement des ouvriers et des employés, qui sont largement opposés au projet du gouvernement. En soutenant la grève contre le projet de réforme des retraites, elle consolide donc sa base électorale pour confirmer son statut de première opposante. C’est un risque calculé ». Pour le sondeur, «  elle tente de rééditer le coup des « gilets jaunes » : soutenir fortement un mouvement dont elle n’est pas l’instigatrice mais s’en tenir suffisamment à distance pour éviter d’être assimilée aux éventuels débordements », poursuit-il. En s’opposant au gouvernement sur les retraites, elle cherche aussi à élargir sa base à la fonction publique, secteur où le RN reste minoritaire, selon le politologue (Les Échos, id.)

Conclusion : il y aurait-t-il au RN une ligne « Salmon » et une ligne « Le Pen » ?

Bernard Morvan

Crédit photo : Antoine Bayet/Wikimedia (cc)
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