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L’affaire du Slip français, et la reculade de la société du même nom qui a hurlé avec les hyènes en sanctionnant des employés ayant idiotement filmé une blague potache, est une nouvelle fois à mettre au crédit d’une horde de lyncheurs, de nouveaux censeurs, de petites frappes qui se transforment en juges et en procureurs, via Twitter, via les réseaux sociaux, via Internet.
Pour une vidéo, pour une phrase prononcée il y a vingt ans, pour une blague, pour des propos tenus en privé mais divulgués publiquement par des personnes mal intentionnées ou avides de buzz, pour un oui ou pour un non, chacun peut se retrouver lynché, pourchassé, traqué comme une bête sur les réseaux sociaux.
Menaces sur Twitter, divulgations de coordonnées personnelles, pressions sur les employeurs, tous les moyens sont bons venant d’ordures qui se drapent derrière l’anonymat d’Internet (et qui parfois sont relayés par des personnalités publiques, ce qui est encore plus dingue) pour faire tomber des cibles.
Des cibles qui sont parfois des dissidents politiques, parfois aussi des victimes collatérales d’idioties et de blagues, qui ont dérapé et ont été rendues publiques alors que ce n’était pas leur destination première. Pour les uns comme pour les autres, la Justice française ne sert quasiment plus à rien.
Les tribunaux d’Internet se chargent, avant toute justice rendue par et pour le peuple, de prononcer des verdicts qui ont le goût du sang. Les nouveaux juges d’Internet ont des relents d’épurateurs. Ils font penser à ces résistants de la dernière heure qui violaient, lynchaient, tondaient avec la permission du système, très souvent des innocents.
Mais que veulent-ils au juste ? A quoi s’attendent ces inquisiteurs au petit pied si les personnes qu’ils lynchent et qu’ils veulent mettre au ban de la société s’y retrouvent réellement ?
Résumons. Vous prenez un individu. Vous exigez qu’il ne puisse plus s’exprimer sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux plient. Vous contactez les employeurs de cet individu pour « révéler » ici des idées politiques non conformes, là un pseudo dérapage, là encore une blague potache. Vous le faites licencier.
Vous contactez sa banque, qui ferme son compte.
Vous le traquez sur Internet, révélez son adresse, mettez en danger lui, mais aussi toute sa famille.
Mais à quoi vous attendez vous en retour ? Que pensez vous que va faire une bête traquée, blessée, humiliée, dos au mur que chacun voudrait voir disparaître de la sphère publique, et même de la sphère privée ?
La réponse, vous la connaissez parfaitement. Et lorsque cela arrivera, car ça arrivera un jour c’est certain, vous n’aurez plus les mots suffisants pour dénoncer « la haine » et « la violence » que vous aurez vous même fait naître et contribué à exacerber.
Car les juges et les bourreaux d’aujourd’hui, à la légitimité nulle (y compris juridiquement) ne conserveront pas tout le temps cette impunité, ou tomberont un jour sur d’autres justiciers. La roue tourne.
Quoi qu’il en soit, ces campagnes de lynchage sur Internet, et tous ceux qui s’y plient d’ailleurs, Slip français en tête, donnent à notre société une odeur de plus en plus repoussante de fosse septique.
En attendant les fosses communes où seront jetés les dissidents et les victimes de cette nouvelle Inquisition politique et médiatique ?
Julien Dir
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