Le 26 janvier auront lieu les élections régionales en Émilie-Romagne – bastion de gauche au nord de l’Italie –  et en Calabre, tout au sud. Ces élections arrivent alors même que le gouvernement traverse une passe difficile qui est cependant bien loin d’être la première. En effet, la coalition PD-M5S est en conflit quant à la gestion de divers problèmes au sein du pays : la crise des entreprises, l’absence de maintenance du réseau autoroutier devenue dramatique, la réforme de la justice ou encore la réforme électorale – autant de questions épineuses.

Pire, Luigi di Maio a démissionné de son poste de leader du Movimento 5 Stelle. En effet, après une lente et inexorable chute libre qui s’est traduite par une défaite retentissante lors des élections en Ombrie (où le parti a obtenu moins de 10%) et qui risque de se renouveler en Émilie-Romagne et en Calabre, Luigi di Maio fait ses adieux.

M5S : « Dire tout et son contraire ne convainc pas un électorat »

Officiellement il s’agit de sa décision personnelle mais tout le monde est au courant des pressions qu’a subi l’ex-leader. Comme le souligne Andrea Carriero, analyste politique, « dire tout et son contraire ne convainc pas un électorat : il disait qu’il ne ferait jamais équipe avec personne, mais il a enchainé deux gouvernements, l’un avec la Ligue et l’autre avec le PD. Autrefois, en 2014, il était même contre l’euro, et maintenant c’est tout le contraire ».

Salvini en procès

Mais le gouvernement n’est pas le seul à être dans une passe difficile. Matteo Salvini l’est aussi, bien que la Ligue reste le premier parti d’Italie et soit d’ailleurs bien placée dans les sondages pour l’Emilie-Romagne et la Calabre. Toutefois, ce lundi 20 janvier, le sénat a voté le procès de Matteo Salvini pour séquestration de personnes dans l’affaire Gregoretti (bateau de la marine militaire italienne qui, en juillet 2019, a secouru 116 migrants en mer et qui est resté arrêté plusieurs jours dans le port di Augusta – province de Syracuse – à cause de l’interdiction de débarquer édictée par Matteo Salvini).

Salvini, dans un tweet demandait aux sénateurs de la Ligue de voter oui à son procès dans un désir d’assumer pleinement ses responsabilités : « Je demanderai demain à ceux qui sont appelés à le faire, donc même aux sénateurs de la Ligue de voter pour me renvoyer en justice. Et nous pourrons clarifier les choses une bonne fois pour toute. Ils devront trouver un tribunal assez grand car c’est un procès contre le Peuple italien ».

Et c’est ainsi, que la gauche entière ayant déserté le vote qu’elle a elle-même fixé, seul le centre-droit et quelques autres sénateurs qui se sont abstenus ont voté à 5 voix pour (les sénateurs de la Ligue) et 5 voix contre (les sénateurs de Fratelli d’Italia et de Forza Italia). Le procès de Matteo Salvini doit donc s’ouvrir. Il peut risquer jusqu’à 15 ans de prison et on doute que les juges lui fassent un cadeau.

Toutefois, divers analystes pensent que ces élections auront des répercussions sur le plan national surtout en cas de victoire du centre-droit dans les deux régions. En sera-t-il réellement ainsi ? Voyons un peu pour chacune des deux régions.

Émilie-Romagne : pas gagné pour la Ligue

En Émilie-Romagne, le candidat sortant, Stefano Bonaccini (PD) se représente comme candidat à la tête de la région. Il est décrit dans la presse comme étant l’un des meilleurs présidents de région de tout le pays avec de grands résultats obtenus pendant ses cinq années de « bonne gestion ». Grâce à ce soutien indéfectible, il ne cesse de répéter à qui veut l’entendre que dans sa région, la santé, l’éducation, le travail et les infrastructures fonctionnent à merveille.

De fait, la réalité est toute autre : comme le souligne l’analyste politique Andrea Carriero, « dans un pays qui n’a plus aucune croissance depuis approximativement son entrée dans la zone euro, les seules qui travaillent réellement bien en Émilie-Romagne, ce sont les nombreuses coopératives qui gèrent les migrants en situation irrégulière.Et d’ailleurs, pour ces migrants, Bonaccini a un beau cadeau à leur faire en cas de victoire : tous les biens de la mafia qui ont été confisqués leur reviendront ».

Pour l’instruction, il se propose de rendre les crèches gratuites et obligatoires pour tous. Et curieusement, sur ces tracts de campagne, on ne retrouve pas le logo du PD. En effet, comme le savent bien nos lecteurs maintenant, la région Émilie-Romagne a été le théâtre du scandale de Bibbiano (trafic d’enfants) directement lié au PD. Pour le soutenir donc, à part les louanges des journalistes, il n’y a que le mouvement des sardines « apolitique et spontané, luttant contre la haine et l’opposition (la Ligue donc) et pour la démocratie », et aussi un allié assez inattendu que sont les évêques « rouges » de l’Emilie-Romagne qui entendent « lutter contre le souverainisme et le populisme mais pour l’intégration et l’inclusion ».

Du côté de l’opposition, nous avons la sénatrice Borgonzoni, candidate pour le centre-droit. Sympathisante de la Ligue, elle a été sous-secrétaire au ministère de la Culture sous le gouvernement Conte I (soit le gouvernement de Giuseppe Conte, composé de la Ligue et du M5S). Elle est très présente dans les shows politiques et insiste particulièrement sur le thème de la santé qui a vu son service public se dégrader très nettement du fait du peu d’investissements accordés par chacun des gouvernements précédents : les délais de visite se sont considérablement rallongés, obligeant les patients à passer dans le privé.

Elle mentionne aussi le scandale de Bibbiano bien que la Ligue ne semble pas avoir de solutions bien définies pour régler ce problème. Toutefois, comme le souligne Andrea Carriero, « la sénatrice Borgonzoni semble être une candidate assez faible, étant donné que Salvini fait jour et nuit le tour de toute la région pour récupérer le plus de votes possibles ». Et toujours selon notre analyste politique, « la carte de la répartition des votes sera plus ou moins la même que pour les européennes, soit un centre-ville votant centre-gauche et une périphérie votant centre-droit ».

En ce qui concerne les sondages, les principaux instituts de sondages donnent Stefano Bonaccini (PD) en tête avec entre 45et 47% des voix et la Ligue juste derrière avec 43 à 45% des voix. Et de fait, cette dernière semaine avant les élections doit être décisive parce qu’il y a encore beaucoup d’électeurs indécis qui peuvent faire toute la différence.

Calabre : une campagne discrète

En Calabre aussi, les élections sont pour le 26 janvier. Et pourtant c’est une campagne électorale extrêmement discrète qui s’y déroule. Les sondages ne sont pas surprenants : le centre-droit obtiendrait 52% des voix tandis que le centre-gauche n’en aurait que 36% et le M5S toujours en chute libre (et dont le candidat est le cousin d’un leader de la ‘Ndrangheta tué en 2014) même dans son bastion que représente le sud de l’Italie n’obtiendrait que 9% des voix.

Comme nous l’explique Andrea Carriero, « c’est la région du sud classique ayant une multitude de problèmes variés allant du travail à la santé et des réseaux ferroviaires à la mafia. L’unique chose qu’il faudrait faire, c’est prendre à bras le corps avec courage la question du sud (questione meridionale) que traine l’Italie depuis plus d’un siècle. Il faudrait mettre en œuvre un gros plan d’investissement pour améliorer les conditions de vie de tous. Mais pour cela encore faut-il un gouvernement stable ».

De notre correspondante en Italie, Hélène Lechat

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