Irlande. De Mairéad Farrell, martyre de l’IRA, à Mairéad Farrell, députée du Sinn Féin

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Parmi les 37 députés élus au Parlement irlandais pour le Sinn Féin à l’occasion des élections législatives 2020 en Irlande, il y a notamment une histoire de famille, celle de la famille Farell (en photo ci-dessus), qui revêt un caractère particulièrement symbolique.

À droite sur la photo, Mairéad Farrell, 30 ans, élue députée Sinn Féin par le peuple irlandais dans la circonscription de Galway West, le 9 février 2020. Son succès est d’autant plus remarquable qu’elle avait déçu aux élections locales de 2019 en perdant le siège au conseil qu’elle occupait entre 2014 et 2019. Née à Mervue, dans la ville de Galway, Farrell est titulaire d’une licence d’économie et d’histoire et d’une maîtrise de finance. Elle a travaillé dans une entreprise de services financiers à Parkmore et son expertise dans ce domaine sera utile si son parti entre au gouvernement. Elle attribue son succès électoral à la crise du logement à Galway, qui est l’endroit le plus cher pour posséder ou louer une maison en Irlande, en dehors de Dublin.

Son élection en tant que député au Parlement Irlandais est à mettre en parallèle avec la carrière politique et militaire de sa tante, Mairéad Farrell, à gauche sur la photo. A 31 ans, cette combattante de l’IRA, fût exécutée désarmée de trois balles dans le dos et une balle dans le visage par les SAS britanniques à Gibraltar le 6 mars 1988.

« Quand cela fait partie de votre histoire, vous ne le remarquez pas vraiment » déclare sa nièce au lendemain de sa victoire. « Dans votre vie, beaucoup de facteurs vous influencent que vous ne réalisez pas quand cela fait partie de votre famille. Je suis sûre que sa mort m’a inspirée, mais ce n’est pas un facteur déterminant dans ma tête.»

Mairéad Farrell, une vie au service de l’Irlande

Mairéad Farrell tante est née à Belfast, en Irlande du Nord, dans une famille de classe moyenne sans autre lien avec le républicanisme irlandais militant qu’un grand-père qui avait été interné pendant la guerre d’indépendance de l’Irlande. À l’âge de 14 ans, elle a été recrutée au sein de l’IRA provisoire. Le 1er mars 1976, le gouvernement britannique a révoqué le statut de catégorie spéciale pour les prisonniers condamnés à partir de cette date en vertu de la législation antiterroriste. En réponse, l’IRA a déclenché une vague d’attentats à la bombe et de fusillades dans toute l’Irlande du Nord ; des membres plus jeunes comme Farrell ont participé à cette campagne. Le 5 avril 1976, avec Kieran Doherty et Sean McDermott, elle a tenté de poser une bombe à l’hôtel Conway de Dunmurry, car cet hôtel avait souvent été utilisé par des soldats britanniques en mission temporaire en Irlande du Nord Elle a été arrêtée par des officiers du Royal Ulster Constabulary (RUC) dans l’heure qui a suivi la pose de la bombe.

Lors de son procès, elle a refusé de reconnaître le tribunal car il s’agissait d’une institution de l’État britannique. Elle a été condamnée à quatorze ans de prison pour des délits liés aux explosifs, aux armes à feu et à l’appartenance à une organisation illégale.

Enfermée à la prison d’Armagh, Farrell était l’officier de l’IRA commandant les femmes détenues de l’IRA. À son arrivée à Armagh, Farrell refuse de porter un uniforme de prisonnier pour protester contre la désignation des prisonniers républicains comme criminels. Elle fut la première femme à le faire, tout en lançant une grève dure (The dirty protest) durant laquelle les prisonniers refusaient de sortir, enduisaient les murs de leurs cellules avec leurs excréments, et leur sang pour protester contre la violence des matons. Après 13 mois, Farrell, avec Mary Doyle et Mairead Nugent, ont entamé une grève de la faim dans la prison d’Armagh en même temps que celle qui se déroulait déjà à Long Kesh et durant laquelle. Cette grève aboutira notamment à la mort de Bobby Sands, après son élection en tant que député au Parlement irlandais à l’occasion de sa grève de la fin.

A sa sortie de prison en octobre 1986, Farrell s’est inscrite à l’université Queen’s de Belfast pour suivre un cours de sciences politiques et d’économie. Puis se réengage dans l’IRA qui l’envoie alors en 1988 avec Sean Savage et Daniel McCann sur le territoire britannique d’outre-mer de Gibraltar pour y déposer une voiture piégée dans une ville très peuplée. La cible était la fanfare et la garde du 1er Bataillon du Royal Anglian Regiment lors d’une cérémonie hebdomadaire de relève de la garde devant la résidence des gouverneurs, le 8 mars 1988. Selon les membres de l’IRA interrogés, Gibraltar avait été choisi comme cible parce que c’était une possession britannique qui était contestée, et que c’était une zone où les mesures de sécurité étaient moins strictes qu’à l’époque.

Gibraltar 19988 : zones d’ombres, assassinats et regain de tensions

Le service de renseignement intérieur du gouvernement britannique MI5 avaient eux aussi pris connaissance de leur plan, et un détachement de l’armée britannique a été spécifiquement déployé à Gibraltar pour intercepter l’équipe de l’IRA et empêcher l’attaque. Farrell, Savage et McCann ont été confrontés à des soldats en civil du Special Air Service Regiment alors qu’ils étaient engagés dans une reconnaissance à Gibraltar en attendant la livraison de la voiture piégée.

Farrell a reçu trois balles dans le dos et une au visage, ses deux complices ont également été tués lors d’une opération baptisée Opération Flavius par le gouvernement britannique. Certains témoins de la fusillade ont déclaré que Farrell et McCann avaient été abattus alors qu’ils tentaient de se rendre et qu’ils gisaient blessés au sol. Les trois membres de l’IRA ont ensuite été retrouvés sans armes.

Toute l’histoire de cette jeune femme est racontée ici. L’Opération Flavius est décrite ici, en français.

Il s’avère que les trois tués ne sont pas armés et on ne trouve pas de bombe dans leur véhicule. De ce fait, le gouvernement britannique est accusé d’assassinats. Toutefois, des clés trouvées sur le corps de Farrell s’avèrent être celles d’une voiture de location par la suite trouvée à Marbella (à 80 kilomètres de là), contenant soixante-quatre kilogrammes de Semtex et des détonateurs. Une enquête à Gibraltar conclut que le SAS a agi légalement, tandis que la cour européenne des droits de l’homme soutient que, bien qu’il n’y ait pas eu de conspiration d’assassinats, la planification et le contrôle de l’opération étaient défaillants et rendaient presque inévitable l’usage de moyens létaux.

Ces trois morts sont les premières d’une série d’événements violents durant quatorze jours, dont l’attaque du cimetière de Milltown (durant laquelle un loyaliste lancera une grenade en pleine cérémonie d’enterrement de Mme Farrell et de ses camarades) et d’une série de meurtres à Belfast.

Tandis que sa tante a payé de son sang et de sa vie son engagement au service de l’Irlande libre, Mairéad Farrell s’apprête donc à franchir la porte du Dail, le parlement Irlandais, pour peut être, dans quelques mois, ou années, y voter la réunification de l’Irlande, ou tout du moins la tenue d’un référendum.

« Notre revanche sera le rire de nos enfants » écrivait de manière presque prophétique en voyant cette photo Bobby Sands, patriote irlandais mort en grève de la faim le 5 mai 1981. « Ce n’est pas un histoire américaine, c’est une ballade irlandaise »…

YV

Illustration : DR
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