Résidences secondaires en Bretagne, statut de résident. Le collectif Dispac’h a raison !

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On peut ne pas avoir la même sensibilité politique sur de nombreux points et tout de même féliciter le collectif Dispac’h pour son action de longue durée dénonçant l’invasion des résidences secondaires en Bretagne, et l’expulsion progressive de la jeunesse bretonne vers les terres bretonnes, loin de la mer.

Un débat très intéressant était d’ailleurs organisé récemment sur France 3 avec le géographe Jean Ollivro, Ewen Thébaud, le porte-parole du collectif Dispac’h, et un représentant du comité du tourisme en Morbihan. On a pu y voir toute l’abysse qui sépare ceux qui estiment que le tourisme est une chance quasi inépuisable pour la Bretagne, et ceux qui estiment qu’avant le tourisme, ceux qui sont prioritaires, ceux qui comptent, ce sont avec toute chose les Bretons.

Bien entendu, le tourisme permet la création d’emplois et une forme de croissance économique. Personne ne dit le contraire. Mais tout d’abord quels emplois ? Des postes de serveurs payés au SMIC 5 mois dans l’année sur la Côte d’Emeraude ou dans le Golfe du Morbihan et puis ciao bye bye ? Des emplois précaires pour servir une clientèle de luxe qui parfois se comporte très mal, et des employés logés dans des logements précaires proposés par la direction de l’hôtel ?  Ou obligés de quitter un appartement car « loué uniquement de mai à fin septembre » par son propriétaire ?

C’est la réalité du tourisme. Quiconque a vécu à Perros-Guirec, à La Baule, à Dinard, à Fouesnant, sait pertinemment que l’hiver, après 6 mois d’activités économiques intenses (et encore) c’est calme plat. Un peu moins maintenant, avec la génération des boomers venus de toute la France.

Boomers qui se sont achetés des appartements hors de prix dans ces communes, venant s’ajouter à la population estivale qui possède des résidences secondaires elles aussi hors de prix pour les locaux, pour les autochtones des côtes bretonnes, obligés de s’exiler, d’abord à 20-30 km pour continuer à travailler, puis finalement, résignés, à plusieurs centaines de kilomètres parfois, dans les terres, pour ne plus subir ce qui s’apparente à une expropriation territoriale en règle.

Certains argueront que beaucoup de résidences secondaires sont occupées par des familles venant de Paris et sa banlieue qui ont des origines bretonnes et dont les descendants ont été obligés de s’expatrier. C’est vrai pour une partie d’entre eux. Une minorité désormais, et le futur statut de résident devra leur être octroyé.

Même si il est cocasse de souligner que le collectif Dispac’h, qui dénonce ce problème croissant, estime par ailleurs que tout le monde peut être Breton du moment qu’il s’en revendique (et l’on se demande alors comment faire le tri entre les résidents potentiels d’une ville côtière de Bretagne et ceux qui ne le sont pas, chacun pouvant se revendiquer breton à la sauce universaliste), sur le fond, ces jeunes militants indépendantistes bretons ont raison.

Les pouvoirs publics en Bretagne n’ont eu de cesse ces dernières décennies de tout faire pour rapprocher Paris de la Bretagne. Loin de décentraliser, loin de permettre l’exercice d’un pouvoir autonome comme la plupart des pays d’Europe savent pourtant le faire quand il s’agit de leurs régions, la Bretagne s’est retrouvée encore plus collée à Paris qu’elle ne le fût par le passé.  Préfets et élus politiques appartenant à des partis politiques bien français se sont ensuite chargés d’être les agents de l’Etat en Bretagne, actant la bétonnisation progressive de nos côtes, et la dépossession de nos terres par des populations ayant un pouvoir d’achat que n’ont pas la majorité des jeunes Bretons aspirant pourtant à vivre et à travailler (pour des salaires dignes) au pays.

Alors quelles sont les solutions pour remédier à ce problème, avant que les tensions, croissantes, n’éclatent au grand jour ?

  • La création d’un statut de résident breton, tout simplement. Un statut qui réserve le droit à l’acquisition de biens immobiliers en Bretagne à celles et ceux qui y résident depuis au moins cinq ans, à titre permanent. A celles et ceux qui sont nés en Bretagne. Et à celles et ceux qui ont un parent, où un aïeul, qui est né ou est inhumé en Bretagne.

Le même procédé devrait d’ailleurs, à minima, être utilisé pour pouvoir prétendre à l’occupation d’un logement social en Bretagne, ce qui éviterait de doubler cette forme de colonisation par le haut via les résidences secondaires, à la colonisation par le bas issue d’un autre type d’immigration, lui aussi lourd de conséquences pour notre paix social et notre « vivre ensemble ».

Les pouvoirs publics, les décideurs en Bretagne, doivent être sommés de réagir. Et de faire fi des acteurs du tourisme qui n’y voient que pour leurs portefeuilles et pour « l’image ». Car pour beaucoup de jeunes Bretons désormais, l’image de nos côtes, sont celles de villes fantômes l’hiver, où rien n’est mis en place pour les locaux par ailleurs, et qui revit artificiellement l’été, dans un flot touristique parfois à la limite du supportable (qui a envie de se farcir l’Intra Muros en plein mois de juillet, ou d’embarquer pour les Glénan ?). Des villes qui s’agrandissent par ailleurs sans arrêt, puisque la construction semble sans fin (regardez ce qu’est devenue la Côte d’Emeraude, avec Dinard, Pleurtuit, La Richardais, St Briac, St Lunaire, et des constructions de partout, des commerces qui poussent comme des champignons, des logements sociaux qui ramènent également des populations loin d’être autochtones…).

Oui, le collectif Dispac’h a raison. La Bretagne n’est pas une résidence secondaire, et n’a pas vocation à la devenir. Les Corses, les Gallois, l’ont compris bien avant nous.

Il revient désormais à la jeunesse bretonne notamment d’exiger, comme c’est déjà le cas dans plusieurs endroits dans le monde, que la loi protège l’acquisition des propriétés grâce à la création d’un statut de résident. Pour commencer. Et pour ceux qui ne sont pas d’ici et qui trouveraient cela insupportable, la porte est grande ouverte !

YV

Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place. 

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