Pierre-Antoine Plaquevent (Soros Watch) : « Une partie importante du personnel politique français parmi les relais de Soros en France » [Interview]

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Pour les lecteurs de Breizh-info.com, Pierre-Antoine Plaquevent n’est pas un inconnu. Il est notamment l’auteur d’un livre indispensable pour comprendre l’évolution de nos sociétés modernes et surtout, la guerre d’influence que mènent certaines forces regroupées autour du milliardaire Georges Soros : SOROS et la société ouverte : Métapolitique du globalisme.

Dans la droite lignée de son ouvrage, cet analyste politique a lancé, avec d’autres, un think thank, Strategika, mais également un programme de veille stratégique intitulé Soros Watch, à propos duquel nous avons souhaité en savoir plus.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que Strategika ?

Pierre-Antoine Plaquevent : Strategika (strategika.fr) est à la fois un groupe de recherche (think tank), un cabinet de conseil en géopolitique et un projet éditorial qui publie les recherches d’analystes et de politologues indépendants. Notre action et notre réseau se développe au sein d’un écosystème international aux côtés d’initiatives telles que le forum non-aligné de Chișinău en Moldavie. Strategika se propose de tracer une voie d’indépendance et de coopération internationale face aux narrations géostratégiques imposées par l’unipolarité déclinante. Dans le cadre de mes activités auprès de Strategika, je suis entre autres chargé de piloter le programme Soros Watch. 

Breizh-info.com : Qu’est-ce que Soros Watch ?

Pierre-Antoine Plaquevent : Soros Watch est le programme de veille stratégique des ONG et des acteurs clefs du globalisme initié par le think tank Strategika. Il s’agit d’une initiative qui a pour objectif de surveiller et d’examiner les actions entreprises par les réseaux globalistes dans leurs champs d’action respectifs. Cette veille d’activité des réseaux globalistes nous permet de procurer à nos lecteurs et à nos partenaires toutes les informations disponibles sur les activités des ONG et des acteurs du globalisme en temps réel. L’activité première de Soros Watch est à la foi une activité d’investigation mais aussi une activité de soutien des initiatives anti-globalistes au niveau international. Comme par exemple ce samedi 29 février à Chișinău en Moldavie où avait lieu la présentation de l’édition roumaine de mon livre Soros et la société ouverte, métapolitique du globalisme. Un évènement de portée européenne avec la participation de membres du mouvement arménien “Veto”. Des personnes de la société civile à l’origine des principales initiatives anti-Soros et des protestations publiques contre l’Open Society et ses relais en Arménie. Une conférence qui coïncide aussi avec le lancement de la version italienne du livre ce mois-ci.

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Soros Watch a pour vocation première de produire des dossiers exclusifs qui sont publiés sur le site strategika.fr. Dans la continuité de mon livre, j’ai rédigé les deux premiers dossiers de Soros Watch, dossiers qui portent respectivement sur l’ECFR – European Council on Foreign Relations – le think tank des réseaux Soros qui agit au sein de l’UE – ainsi que sur Shahin Vallée, un homme d’influence des réseaux Soros qui agit lui aussi au niveau pan-européen.

Je tiens à préciser que la vente d’e-books et d’enquêtes inédites ainsi que les dons de nos lecteurs sont les deux ressources principales de Strategika. Notre structure ayant pour spécificité d’être entièrement indépendante et auto-financée, ce qui est rarement le cas dans le domaine des groupes de recherche en géopolitique et relations internationales.   

Breizh-info.com : Qu’est-ce que L’ECFR ?

Pierre-Antoine Plaquevent : On a beaucoup parlé récemment des liens entre les réseaux Soros et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) à la suite du rapport réalisé par l’European Centre for Law and Justice (ECLJ). Au-delà de la seule CEDH, c’est sur l’ensemble des institutions européennes que s’exerce l’influence des réseaux Soros. Ceci au travers de différents organes de pression dont l’un des plus puissants est l’ECFR – European Council on Foreign Relations. L’ECFR est un groupe de réflexion et d’influence européiste de haut niveau fondé sous l’impulsion de George Soros et financé avec l’aide de l’Open Society Foundations.

L’ECFR est la version européenne du célèbre Council on Foreign Relations (CFR) créé par les banquiers Rockefeller et JP Morgan en 1919 dont fait aussi partie George Soros et qui peut être considéré comme l’une des instances les plus influentes de la puissance impériale globaliste depuis un siècle. Version européenne du CFR américain, l’ECFR se veut être un puissant lobby pan-européiste qui rassemble des membres influents de la politique, des affaires, des médias et du monde militaire européen. Parmi les membres de l’ECFR on retrouve George Soros et son fils Alexander Soros ainsi qu’un panel impressionnant de personnalités politiques européennes. Pour la France, on peut citer entre autres l’ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ou encore le précédent commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici. On y retrouve aussi Shahin Vallée, peu connu du grand public mais euro-globaliste sorosien influent. Comme je l’expose dans le dossier Strategika, l’ECFR joue un rôle prépondérant en matière de politique migratoire au sein de l’UE comme on a pu le voir dans la gestion des flux de réfugiés consécutifs à la guerre de Syrie.

Breizh-info.com : Qui est Shahin Vallée ?

Pierre-Antoine Plaquevent : Shahin Vallée travaille depuis 2015 pour le Soros Fund Management sur les questions économiques et monétaires dans la zone euro. Shahin Vallée (dont le nom et le parcours rappellent un peu le « Mustapha Meunier » du livre Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley) fût conseiller économique d’Herman Van Rompuy puis celui d’Emmanuel Macron quand celui-ci était ministre de l’Économie. « Homme pressé » aux multiples activités, Shahin Vallée fût aussi conseiller d’Europe Écologie les Verts. Comme George Soros avant lui, il est un élève de la London School of Economics, cette pouponnière de l’élite de l’anglosphère qui fût fondée en 1895 par plusieurs membres de la célèbre Société fabienne (Fabian Society). Shahin Vallée fût celui par qui le contact entre LREM et le Mouvement 5 étoiles continuait de se maintenir lors des tractations entre la Lega de Matteo Salvini et le M5s en 2018. Le but de la stratégie Macron-Shahin était alors de ne pas se couper des éléments européistes et globalistes du M5s. Cette stratégie s’avérera payante puisque le M5s bloquera systématiquement les actions de Salvini poussant ce dernier à faire exploser la coalition alors au pouvoir afin d’obtenir des élections en août dernier. Action qui s’est soldée par l’échec du pari de Salvini et par la constitution d’un gouvernement Parti Démocrate / Mouvement 5 Étoiles comme le souhaitaient le couple Macron / Shahin Vallée.

Se pencher sur les actions de ce type d’hommes d’influences peu connus du public s’avère fondamental pour comprendre les rouages de la politique réelle, derrière la scène de la politique spectacle.

Breizh-info.com : Concrètement, quelles sont les activités nocives pour les Européens que mènent les équipes de G. Soros aujourd’hui ?

Pierre-Antoine Plaquevent : Prenons l’exemple concret de la France. Plusieurs exemples nous éclairent sur l’influence délétère qu’exercent les réseaux de l’Open Society en France. On a pu voir de quelle manière les réseaux Soros appuient sur les fractures françaises afin d’« ouvrir » notre société durant l’opération très médiatisée du collectif des « Rosa Parks musulmanes », ces femmes qui se sont se baignées en burkini dans une piscine municipale de Grenoble l’été dernier. Au cours de ce « happening » politique, des militants de l’association Alliance Citoyenne étaient présents pour appuyer ces jeunes femmes instrumentalisées. Alliance Citoyenne a perçu une somme de 80 000 dollars de la part de l’Open Society Foundations dans le cadre des « campagnes anti-discrimination » que mène l’OSF. Une aide qui vise à accompagner ce réseau militant pour en faire une organisation dotée d’une visibilité nationale. En 2016, au travers des comités Adama Traoré, on a vu la tentative de faire émerger en France le réseau « Black Live Matters ». Ce réseau communautariste noir importé des USA où il est financé de notoriété publique par l’Open Society. Ce collectif Adama Traoré a aussi tenté de se greffer aux Gilets jaunes afin de communautariser et de gauchiser les revendications des Gilets jaunes. Lors de la « manif pour tous » ce furent les interventions des femens qui étaient venu exacerber les tensions et échauffer les esprits à dessein. 

Femen aux seins nus, intégriste voilée ou militant communautariste, chacun procède à sa manière de l’ingénierie sociale de la société ouverte et de ses techniques de triangulations politiques. Processus cybernétiques élaborés qui visent à faire monter les passions narcissiques communautaires para-politiques puis à les faire s’entrechoquer. Ceci afin de transformer les tensions sociales qui traversent nos sociétés en autant de pseudo-luttes qui s’annulent les unes les autres dans une guerre civile larvée et bientôt ouverte de tous contre tous.

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Autre terrain d’influence majeure : la justice. Au travers de l’Open Society Justice Initiative (OSJI), les réseaux Soros fournissent un appui financier à de nombreuses initiatives d’ingérence dans le système judiciaire français. Par exemple dans le financement d’études sur les contrôles de police au faciès. Ainsi le programme « Profiling Minorities. A Study of Stop-and-Search Practices in Paris » réalisé en 2009 avec le soutien du CNRS. Il s’agit comme toujours d’utiliser des cas d’abus de pouvoir ou d’arbitraire policier afin de s’immiscer au sein des institutions d’un État et d’y faire de l’ingérence.

Plus problématique encore, les liens revendiqués entre le syndicat de la magistrature et l’Open Society. Le SM est le premier syndicat de magistrats à avoir vu le jour en France juste après mai 68, il défend depuis sa fondation des positions sociétales d’extrême gauche.

En juillet 2019, le syndicat de la magistrature participait à une table ronde à New-York organisée par l’Open Society et le Rapporteur spécial des Nations unies sur l’indépendance des juges et des avocats.

Cette collusion entre gauchisme militant et globalisme bancaire est par ailleurs une thématique que je documente longuement dans mes travaux. Cette proximité entre les « juges rouges » et le système mondialiste éclaire assez bien le laisser-faire pour les réseaux de passeurs et de traite des migrants comme celui de Cédric Herrou et la dureté des peines infligées aux membres de l’ONG Defend Europe.

Parmi les relais de Soros en France on retrouve aussi une partie importante du personnel politique français. Ceci sans compter ceux qui adhèrent au projet de société ouverte en tant que tel sans forcément être liés directement au réseau Open Society. Le piratage de fichiers internes de l’Open Society Foundations en 2016 (peu avant les élections américaines) avait permis la diffusion d’un document de l’OSF intitulé « Reliable allies in the European Parliament (2014-2019) » – (Alliés fiables au Parlement européen 2014-2019), document qui recensait 226 des 751 députés européens susceptibles d’être des relais fiables de l’Open Society. Comme le rapportait le journaliste indépendant Nicolas de Lamberterie : « les députés y étaient classés par pays mais aussi par commission et délégation étrangère, afin de mieux cibler les “alliés” de l’Open Society dans chaque commission. »

Parmi les eurodéputés français on retrouvait : Michèle ALLIOT-MARIE, Guillaume BALAS, Alain CADEC, Jean-Marie CAVADA (signalé comme en perte d’influence), Karima DELLI (notamment pour les questions des Roms, du « gender » et LGBT), Marielle DE SARNEZ, Sylvie GOULARD (second sous-gouverneur de la Banque de France, elle fût aussi « chargée du suivi de la Convention sur l’avenir de l’Europe présidée par Valéry Giscard d’Estaing visant à rédiger un projet de traité constitutionnel »), Sylvie GUILLAUME (les questions d’immigration, de lutte contre les populismes et de LGBT), Yannick JADOT, Eva JOLY, Alain LAMASSOURE, Édouard MARTIN, Élisabeth MORIN-CHARTIER (sur le « gender » et les droits de l’homme), Younous OMARJEE, Christine REVAULT d’ALLONNES BONNEFOY (notamment sur les questions de « gender » et d’immigration), Marie-Christine VERGIAT (notamment sur le « gender » et les droits des minorités).

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Breizh-info.com : Est-ce que l’on peut chiffrer les fonds qui sont mis en œuvre par ses équipes en terme d’influence ?

Pierre-Antoine Plaquevent : Pour 2020, le budget officiel de l’OSF est de 1,2 milliard de dollars. Les dépenses totales de l’OSF depuis sa création sont estimées quant à elles à plus de 15 milliards de dollars pour ses trois décennies d’activité. Cela donne une idée de l’ampleur démesurée des moyens dont dispose le réseau Open Society Foundations. George Soros a fait don à l’OSF depuis 1984 d’au moins 32 milliards de dollars sur sa fortune personnelle si on inclut les derniers 18 milliards de dollars qu’il a légués en 2017.

Le budget que l’Open Society consacrait à la seule question migratoire en 2018 était de 63,3 millions de dollars. En outre, en septembre 2016, George Soros promettait d’investir 500 millions de dollars de placements en actions dans des investissements qui bénéficient aux migrants.

Dans mon livre paru fin 2018, je comparais les sommes investies par l’OSF en matière d’immigration avec le budget de Frontex (l’agence pour la surveillance des frontières européennes) qui était évalué quant à lui à 300 millions d’euros pour 2017. L’ensemble des pays européens investissent donc moins pour la défense de leurs frontières maritimes que les moyens mis en œuvre par Soros, l’Open Society Foundations et l’ensemble de leurs soutiens privés. Cette puissance financière permet en outre d’effectuer d’importantes campagnes de lobbying en faveur des changements juridiques dans le droit international sur le statut des migrations. Comme ce fût le cas en amont du « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », le fameux « Pacte de Marrakech ».

Au vu des sommes investies depuis sa création, on peut considérer que l’Open Society Foundations est l’un des outils les plus puissants au monde en matière d’influence et d’ingérence.

Breizh-info.com : Ne faites-vous pas une fixation sur Georges Soros ?

Pierre-Antoine Plaquevent : Je ne crois pas, je pense plutôt que l’étude des réseaux, de l’action et de la pensée d’un George Soros est en fait un point d’entrée dans ce monde opaque et très fermé que Michel Geoffroy appelle « la super-classe mondiale » ou qu’un Steve Bannon désigne comme « le parti de Davos » (Davocratie). C’est cette classe de financiers hyper-riches qui impulse le mouvement d’ensemble à la forme politique occidentale actuelle ; ceci bien que des frictions réelles se manifestent entre certaines de ses différentes centrales de pouvoir, notamment depuis l’élection de Donald Trump. Cette hyper-classe globaliste constitue le sommet de la hiérarchie du pouvoir politique réel en Occident, c’est elle qui investit des moyens financiers colossaux afin d’orienter le destin des nations vers une intégration planétaire et une gouvernance globale transnationale.

L’action de ces personnes a un impact réel sur tous les aspects de nos vies, jusque dans nos familles qui sont soumises à une pression colossale pour les faire éclater, pour les « ouvrir ». Les ouvrir au divorce généralisé, à l’avortement de confort, à la drogue, à l’agenda LGBT, à la submersion migratoire, etc. Autant de domaines où l’Open Society et ses relais investissent tous les moyens possibles afin de transformer la société selon leurs vues. Je constate aussi que le grand public a besoin de personnaliser les phénomènes politiques pour mieux les cerner, Soros est ainsi devenu un symbole du mondialisme. De plus, même si George Soros est âgé, son nom est une marque et un ensemble de structures qui perdureront après sa mort. Même s’il est un vrai stratège avec une vue d’ensemble qui manquera au camp globaliste, ses héritiers travaillent déjà à sa succession comme son fils Alexander Soros. À rebours de tous leurs beaux discours égalitaristes et démagogiques, le pouvoir est bien souvent héréditaire dans les grandes familles mondialistes.

Breizh-info.com : Que répondez-vous à ceux qui trouvent des relents antisémites dans ce « Sorosbashing » ?

Pierre-Antoine Plaquevent : Je pense que c’est une accusation qui tombe à l’eau dans la mesure où de nombreux juifs attaquent Soros sur son prétendu antisémitisme (ce qui est exagéré à mon sens) et sur son manque de soutien voire son hostilité à l’égard d’Israël. Soros, en tant que juif de la diaspora, semble en fait assez réticent face à ce qu’il nomme lui-même le tribalisme juif. Une attitude ambivalente qui lui est souvent reprochée par les néo-conservateurs aux États-Unis mais aussi en Israël où il est la cible régulière des attaques de la droite et de Netanyahou qui accusent l’Open Society d’affaiblir l’État israélien. Dans cet esprit, Avigdor Eskin – un activiste sioniste ultra qui est aussi un analyste politique engagé – expliquait récemment que les accusations de corruptions portées contre Benjamin Netanyahou en Israël seraient le fruit d’une campagne de déstabilisation menée en Israël par Soros et ses réseaux en raison de la politique de contrôle des flux migratoires que cherche à mener Benjamin Netanyahou. Eskin accuse même Soros d’être selon ses dires : « un ennemi systémique d’Israël ».

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L’affaire Epstein fût à ce titre un bon indicateur de cette friction entre une gauche « sorosienne » globaliste et une droite néo-occidentaliste philo-sioniste. Dès 2015, Trump avait ainsi attaqué Bill Clinton sur sa fréquentation assidue de Jeffrey Epstein et de ses « prestations ». Dès qu’Epstein fût suspecté de détournements de mineures, Donald Trump se rapprocha ainsi de Bradley Edwards, l’avocat des jeunes victimes. Bradley Edwards affirma même que Trump fût le seul « people » à avoir agi de la sorte et que sa collaboration lui fût précieuse.

On connaît par ailleurs la proximité d’Epstein avec Ehud Barak, proximité qui a été révélé par les photos du Daily Mail où l’on peut voir Ehud Barak « entrant dans la résidence de Jeffrey Epstein à New York en 2016, le visage partiellement caché, et d’autres de jeunes femmes pénétrant le même jour dans la résidence. » Ehud Barak qui annonçait fin juin 2019 « la fin de l’ère Netanyahu », se retrouvait ainsi propulsé comme amateur de filles mineures en pleine une du Daily Mail, le deuxième quotidien britannique en nombre de ventes. Ceci au plus fort des tensions sur le Brexit durant l’été 2019. Brexit soutenu par l’administration Trump contre les euro-globalistes sorosiens. Ehud Barak est en outre régulièrement accusé par la droite israélienne d’être soutenu par Soros et ses relais israéliens. Netanyahu fût ainsi le premier ravi des révélations sordides sur Ehud Barak. Révélations qui survinrent peu avant les récentes élections législatives israéliennes qui s’annonçaient et qui furent difficiles pour le Likoud.

On voit ici un axe Trump-Netanyahu se confronter à une gauche internationale Clinton-Epstein-Barak-Soros. Et ça n’est que le point le plus saillant de cette confrontation, car sur les questions de société les plus clivantes comme l’avortement, le communautarisme LGBT ou l’identité nationale, ces deux orientations du monde occidental se font face et divergent toujours plus.

À la fin de mon étude sur les réseaux Soros je parlais d’une « unité et scission au sein du judaïsme politique », cette ligne de tension n’a fait que s’accroître depuis.

Cette ligne de fracture traverse tout l’Occident contemporain et voit se confronter juifs de gauche internationalistes, cosmopolites et sorosiens face aux juifs de droite conservateurs et sionistes. Dans un article au titre explicite (« Europe’s Jews vs. Israel »), le très influent néo-conservateur Daniel Pipes va jusqu’à parler d’une « opposition frontale entre l’État d’Israël et l’establishment juif européen ». Daniel Pipes accuse la gauche juive de la diaspora de refuser l’alliance que devraient faire les juifs avec les conservateurs et les populistes occidentaux (qu’il appelle des civilisationnistes) ; alliance qui permettrait de contrer les ennemis d’Israël et de l’Occident que sont la gauche et l’Islam. Avec des mots très durs à l’égard des juifs d’Europe, Daniel Pipes parle d’une bataille « opposant le puissant État d’Israël à de petites communautés juives en voie de disparition ». Soros est très représentatif de ces juifs de gauche non territorialisée qui se soucient plus de leur avenir en tant que diaspora que de l’avenir d’Israël et de ses soutiens occidentaux. Je parle assez longuement dans mon étude de cette dialectique qui existe entre nationalisme sioniste et cosmopolitisme « sorosien ».

C’est sur cette ligne de convergence entre civilisationnistes occidentaux et sionistes israéliens que se tenait à Rome début février la National Conservatism Conference. Forum qui réunissait certains des ténors des droites conservatrices européennes autour du philosophe et théoricien politique israélien Yoram Hazony. Hazony qui est aussi le président de l’Institut Herzl à Jérusalem, un think tank sioniste qui se donne pour objectif de : « contribuer à la revitalisation du peuple juif, de l’État d’Israël et de la famille des nations (NDA : les non-juifs) par une rencontre renouvelée avec les idées fondatrices du judaïsme. » Cette conférence de Rome souhaitait dessiner les contours d’une forme d’internationale des conservateurs occidentaux philo-israéliens.

Pour ma part, à force d’étudier la problématique du rapport entre l’idéologie globaliste et le judaïsme, je pense la comprendre de manière finalement assez simple. Comme tous les groupes humains, le judaïsme est traversé par des courants politiques divers, parfois convergents, parfois contradictoires. Je parle ainsi d’un judaïsme politique comme on parle d’islam politique ou de christianisme politique. Le judaïsme politique est composite mais ses différents courants ont des conséquences très concrètes sur le terrain politique comme toutes les idéologies. C’est le domaine de la théopolitique ; domaine qui est un champ du savoir essentiel pour appréhender la nature profonde des conflits qui déchirent l’humanité contemporaine. À ce titre, je cite dans la dernière partie de mon livre les travaux du chercheur juif Michael Löwy sur le messianisme politique et la mystique de la fin de l’État dans le judaïsme, des travaux passionnants et essentiels. Michael Löwy y démontre les liens qui unissent l’utopie cosmocratique avec certaines récurrences religieuses archaïques issues du judaïsme chez des auteurs et des militants que l’on n’imaginerait pas être des personnalités religieuses au sens que ce terme recouvre dans l’acception commune. Un état d’esprit qu’il décrit comme « utopique/millénariste moderne ». Je pense pour ma part que George Soros est marqué dans son héritage familial par cette forme de messianisme millénariste sécularisé.

Lui-même ira jusqu’à évoquer l’idée que ce messianisme puisse être le moteur psychologique profond de son action sur le monde :

« À dire vrai, je porte en moi depuis l’enfance certains puissants fantasmes messianiques. Fantasmes que j’ai toujours senti devoir contrôler sans quoi je risquais de finir dans un asile de fous. Mais après m’être fait une place dans le monde, j’ai voulu leur laisser libre cours dans la mesure où je pouvais me le permettre. »

Il fait par ailleurs l’aveu étonnant de l’antisémitisme supposé de sa propre mère : « ma mère était antisémite et honteuse d’être juive (…) Étant donné la culture dans laquelle nous vivions, être juif était une stigmatisation, un désavantage, un handicap. Dès lors il y avait toujours le désir de transcender cette appartenance, de lui échapper. » (cf. « The world according to Soros », Connie Bruck) mais il affirme aussi par ailleurs que son identité juive est fondatrice de sa vision du monde cosmopolite : « Je suis également conscient que je porte une part d’utopie juive dans ma façon de penser. Mes fondations me rattachent à cette tradition. » et écoutez bien ce passage significatif : « Voilà pourquoi le concept de l’union européenne me passionne tellement. Là toutes les nations sont minoritaires, et c’est la raison qui fait que ce projet me tient à cœur. (…) Donc, pour répondre à votre question initiale – mes opinions ont-elles quelque chose à voir avec mon héritage juif ? – je dirais oui, sans hésiter. Et je ne vois pas en quoi cela poserait un problème. » (Le Défi de l’argent – George Soros, 1995).

D’une certaine manière, comme de nombreux juifs athées et acculturés (il se dit athée), George Soros est pris dans un piège psychologique qui l’empêche de pleinement s’identifier à sa communauté d’origine tout en l’empêchant de se fondre pleinement dans l’identité européenne et chrétienne (même sécularisée). Je peux me tromper mais il me semble que son zèle missionnaire cosmopolite incessant peut être vu comme une fuite perpétuelle de ce tiraillement identitaire qui le taraude depuis l’enfance et dont il a hérité de par sa famille. C’est un schème récurrent de l’identité juive à travers les âges ; cet affrontement interne au judaïsme qui ne cesse de se polariser entre tribalisme racial et universalisme radical. Une identité juive toujours tiraillée entre assimilation aux nations et affirmation radicale de sa spécificité voire de sa supériorité.

Sur les rapports entre national-conservatisme et judaïsme politique, je renvoie vos lecteurs à notre e-book strategika : Notre-Dame, Al Aqsa et le troisième Temple. La géopolitique des religions et à l’article : Pompeo, Soros et l’Iran : de la nécessité vitale d’un souverainisme non-aligné.

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Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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