Lorsque la police nationale et la police municipale ne suffisent pas, on peut songer à créer une « police privée ». L’idée est dans l’air à Nantes.

Les Nantais ont de la chance d’habiter dans une ville pilote. En effet ils disposent d’une police nationale (1 000 policiers au commissariat central, d’après Le Figaro, lundi 17 février 2020), mais aussi d’une police municipale forte de 115 hommes et femmes. Avec cette petite armée, un esprit non averti pourrait estimer que la bataille engagée pour la « reconquête républicaine » (sic) des quartiers « sensibles » (Malakoff, Bellevue, Dervallières) va se terminer par la victoire des forces de l’ordre. Mais aucun dispositif particulier n’est prévu pour le centre-ville, lui aussi gangrené par la délinquance en tous genres (viols, drogue, agressions physiques…). Peut-être que les habitants de ces quartiers ne sont pas jugés suffisamment « républicains ». Seraient-ils royalistes ?

Le problème du centre-ville

On peut poser la question autrement : les commerçants du centre-ville votent-ils pour Johanna Rolland (PS) ? Effectivement le monde de la boutique et de la limonade penche plutôt à droite… Devant ce qu’ils estiment être l’inaction de la police nationale et de la police municipale, ils ont décidé de mettre en place une espèce de milice constituée avec des agents de sécurité fournis par des entreprises spécialisées. À l’origine de ce projet, le groupe « Sécurité nocturne Nantes » (S 2 N) qui se manifeste sur les réseaux sociaux avec cette proclamation « Nantes, Stop, violence, agression, insécurité ». L’opération est pilotée par tois professionnels de la nuit (barmen dans les brasseries), scandalisés et inquiets face à la montée de l’insécurité à Nantes. « Il ne se passe pas une journée sans qu’il y ait un vol ou un autre type d’agression », dénonce l’un d’eux, Cyril (Presse Océan, mardi 28 janvier 2020). « En quelques mois, je me suis fait voler deux fois mon portable, j’ai porté plaine pour exhibition sexuelle et on a essayé de me prendre mon sac à main à l’arraché ; c’est de pire en pire », témoigne Katell, Nantaise, serveuse au Prohibition, un bar du centre-ville ouvert jusqu’à trois heures du matin (Journal du dimanche, 2 février 2020).

L’idée semble simple : « Face à l’insécurité, nous pensons à une mutualisation des agents de sécurité ou des personnes qualifiées », explique Cyril. « C’est d’ailleurs le cas lors du festival Bar-Bars ou de la Fête de la musique. Les agents de sécurité ont une dérogation pour intervenir sur la voie publique en soutien aux forces de l’ordre. » (Presse Océan, mardi 4 février 2020).

Qui paiera ?

Reste la grande question : qui paiera ces agents de sécurité ? « C’est encore aux commerçants de financer », déplore l’un d’eux (Presse Océan, 27 février 2020). Rassurons-le : son expert-comptable saura placer cette dépense dans la bonne case… Et puis il est toujours possible de demander une subvention à la mairie !

Positivons : pour étoffer cette « milice », il faudra embaucher des « costauds ». La délinquance peut venir au secours de l’emploi en quelque sorte. Dans ce centre-ville, ces agents de sécurité auront du pain sur la planche. En effet, d’après le procureur de la République, 276 interpellations en un an ont eu lieu autour de la place du Commerce, principalement pour trafic de stupéfiants (Le Figaro, lundi 2 mars 2020). La « milice » obtiendra-t-elle de meilleurs résultats que la police nationale et la police municipale ?

De toute façon, cette question est pour l’instant mise entre parenthèses : les cafés et restaurants sont fermés jusqu’à nouvel ordre, coronavirus oblige. Et ce sont les malfrats qui vont se retrouver temporairement au chômage. Ce dont personne ne se plaindra.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
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