Science-fiction, anticipation et dystopie : la véritable révolution culturelle du vingtième siècle ?

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Science-fiction, anticipation et dystopie : trois genres, assez proches dans les intentions, qui, en nous proposant un futur, nous interrogent surtout sur notre présent et notre comportement actuel.

Les précurseurs

Commençons par citer les précurseurs comme H.G. Wells (encore lui) et sa Guerre des Mondes (Mercure de France, 1900) premier livre à mettre en scène une invasion extraterrestre et bien sûr notre Nantais, Jules Verne et son œuvre pléthorique qui explora de nombreux aspects qui traverseront la SF, que ce soit le voyage spatial (De la Terre à la lune), le progrès scientifique (Voyage au centre de la terre) ou bien les savants fous ou misanthropes (20 000 lieux sous les mers).

Bradbury, Huxley, Orwell…

Viennent ensuite quelques noms majeurs de la SF ou de l’anticipation. Parmi eux je choisirais Ray Bradbury avec Fahrenheit 451 (Denoël, 1955) et Aldous Huxley avec Le Meilleur des mondes (Plon, 1932) qui tous deux explorent les entrailles d’un régime totalitaire. Mais celui que je préfère est sans doute le 1984 de George Orwell (Gallimard, 1950), roman terrifiant et sombre décrivant un régime réunissant le pire des grandes dictatures pour créer un monde sans espoir ni porte de sortie. Ce roman inspirera de nombreux cinéastes dont notamment Tery Gilliam dans Brazil (1985).

Les auteurs français

On citera également les français Barjavel avec Ravages (Denoël, 1943) et Pierre Boulle avec La planète des Singes (Julliard, 1963), dont on a oublié l’origine française, éclipsée par le succès de son excellente adaptation cinématographique : des classiques du pessimisme qui n’ont pas pris une ride. Chez les Français également, Pierre Bordage, plus contemporain, et sa série post apocalyptique, Les Derniers Hommes, parus sous forme de feuilleton chez Librio entre décembre 1999 et mai 2000 puis réédités chez J’ai Lu, qui traite notamment de la problématique de l’eau et de la survie dans un monde ravagé par la troisième guerre mondiale (dont les antagonistes vous surprendront…).

Les Anglo-Saxons

Parmi les auteurs classiques anglo-saxons, je citerai bien sûr Philip K. Dick avec Le Maître du haut château (OPTA 1970), uchronie bien menée, ou bien Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques (Champs Libres, 1976), questionnement sur la nature de l’humanité dont l’adaptation cinématographique, Blade Runner, a su parfaitement capter l’ambiance et le propos. Parmi mes romans de science-fiction favoris on trouve aussi La Cité et les astres de Arthur C. Clarcke (Denöel 1964), remarquable roman sur l’avenir et le destin de l’humanité, sur ce qu’elle est et sur sa place dans l’univers. Du même auteur on pourra lire aussi 2001 – L’odyssée de l’espace (Robert Laffont, 1968), lui aussi bien connu grâce à la merveilleuse adaptation de Kubrick.

Dans une veine plus moderne on lira aussi Neuromancien de William Gibson (La Découverte, 1985), roman visionnaire qui fondera le genre cyberpunk qui introduit définitivement l’informatique, les réseaux et l’IA comme un moteur central dans la science-fiction, un indispensable à l’heure de la réalité augmentée. On pourra aussi lire Silo de Hugh Howey (Actes Sud, 2013), un post apocalyptique sensible et original qui, même s’il s’essouffle sur la longueur, procède d’une approche originale et novatrice.

Enfin, pour finir citons mes deux séries préférées de la science-fiction, deux séries qu’il faut lire absolument. D’abord Hyperion et La chute d’Hyperion de Dan Simmons (Robert Laffont 1991/1992). Romans, univers foisonnants et extrêmement bien construits, personnages bien écrits ; cette série traite de tant de thèmes qu’il serait difficile de les résumer. Pêle-mêle : le futur de l’humanité, la colonisation de l’espace, les choix de mode de vie, la religion, notre rapport à l’IA, nos rapports humains… Ces deux premiers livres auront une suite tout aussi puissante : L’Éveil d’Endymion et Endymion (Robert Laffont, 1996/1998) qui approfondiront les thèmes précédents et en ajouteront de nouveaux. Une saga passionnante et majeure.

Frank Herbert, visionnaire et talentueux

Mais s’il y a un auteur à lire, c’est Frank Herbert et son chef d’œuvre Le cycle de Dune. Auteur visionnaire et talentueux, Herbert construira avec Dune une saga autour du destin de la famille Atréides, dynastie qui finira par bouleverser l’univers qu’elle habite. Traitant de tous les sujets qui préoccupent notre avenir, depuis l’écologie jusqu’au fanatisme religieux en passant par la politique, le rapport aux machines, la puissance de l’esprit et le contrôle du corps. Herbert et sa saga interrogent aussi bien notre avenir, notre présent que notre psyché profonde. Dune (Robert Laffont, 1970) et ses suites (5 autres romans parus entre 1969 et 1985) sont des œuvres majeures qu’il faut avoir lues. Leur profondeur et leur intelligence sont indiscutables, leurs qualités littéraires aussi. Tout est parfait dans cette saga grandiose mais à la lecture parfois ardue. Armez-vous de patience et plongez-vous dans cette série, vous en sortirez changés. On citera aussi d’autres cycles de Herbert : Le Programme conscience (Destination Vide, L’Incident Jesus et l’Effet Lazare – Robert Laffont 1981/1984) et le cycle des saboteurs (L’étoile et le fouet suivi de Dosadi – Robert Laffont 1973/1979). Là aussi, ces cycles mettent en lumière des thèmes subtils et intelligents qui nous amènent constamment au questionnement sur nous.

Voilà. Bien sûr, par rapport au foisonnement de ces genres, il ne s’agit ici que d’une première approche mais c’est une porte d’entrée sur une littérature trop souvent sous-estimée par les critiques littéraires classiques. Celle-ci reste, pour moi, avec le rock, la véritable révolution culturelle du vingtième siècle.

LaVrenti

Crédit photos : DR
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