Remarques liminaires

Interpellé à plusieurs reprises sur l’exactitude ou la sincérité des nombres présentés, je tiens, une fois de plus, à expliquer à tous comment mon rapport est établi.

Les autorités sanitaires de chaque état sont sensées fournir leur bilan concernant les pertes des 24h00 précédentes, chaque jour avant 0h00 GMT. Mon rapport quotidien devrait s’appuyer exclusivement sur la situation à cette heure là. Mais au fil du temps, je me suis aperçu que les données concernant les 24 heures précédentes étaient modifiées pendant la nuit pour tenir compte de rapports de pertes qui arrivent en retard et qui concernent la journée écoulée, voire de rapports concernant les jours précédents et qui transmettent des données que chaque état aurait oublié de comptabiliser en temps et en heure.

De nouvelles données dites « consolidées » sont ainsi établies qui donnent un point de situation plus sincère du bilan de l’épidémie. Par expérience, je peux dire que ces consolidations ont été jusqu’à présent minimes, sauf pour deux grands pays : les USA et la France.

Pour les USA, les choses se comprennent car à 0h00 GMT, il est 20h00 à New York et 17h00 en Californie. La journée de travail et les bilans n’y sont pas forcément terminés. Beaucoup arrivent un peu après 0h00 GMT et viennent consolider le bilan.

Pour la France qui rend compte chaque jour entre 18h et 19h la consolidation a surtout porté sur des données «oubliées» des jours précédents. Ainsi deux très importantes modifications ont été faites ces jours derniers. La première a rajouté au bilan français 884 victimes du coronavirus survenues dans les EHPAD. La deuxième, peu « visible » dans les médias, a été prise en compte hier. Elle a concerné une deuxième vague de décès dans les EHPAD de 532 nouvelles victimes et 17 827 cas de personnes détectées qui avaient été «oubliées» dans les jours précédents.

Ces deux dernières modifications portent sur des nombres très importants. Ils révèlent une grande approximation dans la gestion comptable de la crise épidémique par les autorités de santé françaises.

Il est d’ailleurs probable que nombre de patients soient décédés du coronavirus, ni en EHPAD, ni à l’hôpital, mais chez eux, là où le médecin traitant les avait confiné pour éviter de saturer nos capacités hospitalières. Ces patients, plus difficiles à comptabiliser, ne le sont toujours pas, à ma connaissance…

Conclusions :

1 – Il n’est pas facile d’obtenir un bilan exact et sincère de l’épidémie, y compris dans notre pays…

2 – Les journalistes mainstream qui mettent très facilement en doute le bilan des autres pays (Chine, Russie, Iran, … hémisphère Sud) feraient bien de se pencher sérieusement sur le bilan français qui est encore loin d’être exhaustif, donc sincère…

3 – Ces épisodes de remises à jour tardives, portant sur des effectifs très importants, montrent que nos agences de santé n’ont pas une claire vision de la réalité de l’épidémie, peut être parce qu’elles testent trop peu…

4 – Les 1 416 patients décédés en EHPAD, n’ont jamais eu la chance d’être traités à l’hôpital, ni même celle d’être accompagnés par un membre de leur famille dans leurs derniers instants. Il est à craindre que dans les bilans à venir, ces patients soient comptabilisés avec les autres pour éviter de mettre en évidence ces pertes en EHPAD qui seront considérables à la fin de l’épidémie.

5 – A l’heure où l’on est entré en période de pertes massives et où l’on change de stratégie sur les masques, ne serait-il pas urgent de changer aussi de stratégie sur les tests pour avoir enfin une meilleure connaissance des contours de l’épidémie, détecter, prendre en compte, traiter, guérir au plus tôt, quand il en est encore temps ?

6 – Dans la situation où se trouve le pays, est-il vraiment dans le rôle du gouvernement d’interdire aux médecins traitants de soigner des patients qu’ils connaissent, avec un médicament (la chloroquine) dont-ils connaissent parfaitement les contre-indications depuis des décennies ? Qu’y a t-il à gagner et qu’y a-t-il à perdre? Louis Pasteur a inoculé le vaccin de la rage à Joseph Meister en juillet 1885, prenant alors le risque énorme de tuer pour sauver. Il a été très critiqué, à l’époque, par les pontes de l’Académie des sciences, avant et après l’injection. Il est aujourd’hui le savant français le plus connu au monde. Les noms de ses détracteurs sont tombés, aujourd’hui, dans les poubelles de l’histoire.

Le point sur la situation au 5 Avril 2020 à 0h00 GMT

206 pays ou territoires (+1) ou bateaux (2) ont été affectés par le virus, pour 1 201 443 (+84 800) cas déclarés.

64 888 décès (+ 5 801 hier) ; 246 258 guérisons (+ 17 850 hier) ;

890 497 patients (+ 80 037 hier) en cours de soins, dont 42 324 en état critique (+ 2 885 hier).

A noter que 37 pays ont eu de 1 à 10 cas détectés depuis le début de l’épidémie (26 d’entre eux ne comptent aucun décès, et les 11 autres ne comptent, au total, que 14 décès.)

48 pays comptent entre 11 et 100 cas détectés depuis le début de l’épidémie pour un total de 52 décès.

  • 5 801 nouveaux décès du coronavirus (– 172 par rapport à la veille) dans la seule journée du 3 avril. Cela représente plus que les pertes totale de l’Asie de l’Est (Chine+Japon+Corée du Sud+Malaisie) depuis le début de l’épidémie, en une seule journée.
  • 10 pays ont déclaré plus de 1000 décès depuis le début de l’épidémie (Italie, Espagne, USA, France, Chine, Iran, Royaume Uni, Pays Bas, Belgique, Allemagne,
  • Sur les 64 688 décès enregistrés dans le monde depuis le début de l’épidémie, 58 790 l’ont été dans ces 10 pays (90,9 %) et 55 287 (85,5%) dans les pays occidentaux (US, UE, OTAN).

5 338 des 5 801 décès d’hier (92%) sont « US, UE, OTAN ». C’est ce camp qui paiera le prix le plus fort tant sur le plan humain que sur le plan économique (récession inévitable, crise économique possible).

Au niveau de la planète, l’épidémie suit son . expansion, dans la même configuration qu’hier, tirée par les USA et la France qui enregistrent, à eux deux, 41% des décès et 49,5% des nouveaux cas détectés de la planète… Ces deux pays sont ceux qui vont souffrir le plus au cours de la semaine qui vient.

La situation semble se détériorer progressivement pour le Royaume Uni, se stabiliser pour l’Espagne, l’Allemagne et l’Iran, et s’améliorer pour l’Italie.

La situation  pays par pays

Pour les USA, l’état de santé général du pays (obésité, diabète…) , et le système des assurances santé qui crée une inégalité de fait entre les riches et les pauvres, ne vont pas faciliter une lutte efficace contre l’épidémie. La hausse de nombre de cas détectés et surtout la très forte hausse des cas critiques portent en germe une forte hausse du niveau des pertes dans les dix jours à venir, et peut être davantage. Le pic d’épidémie n’est donc pas pour demain. Les USA devraient connaître le bilan final le plus lourd de cette épidémie.

La France est entrée, elle aussi, dans la phase la plus dure de cette épidémie. La hausse très sensible du nombre de nouveaux cas et surtout des cas critiques, la situation plus qu’alarmante des EHPAD, annoncent des pertes considérables pour les jours à venir. Le changement de stratégie sur les masques, le trop faible nombre de tests, l’interdiction faite aux médecins traitants non hospitaliers de prescrire le traitement proposé à Marseille, l’inaptitude des autorités à prendre des leçons chez nos voisins qui réussissent mieux que nous à gérer cette crise, tout cela ne contribue pas à une grande efficacité. Il n’est exclu que nous ayons, in fine, un bilan plus lourd que celui de l’Espagne et de l’Italie.

L’évolution de la situation de l’Italie est toujours encourageante. Elle est désormais, en voie de se sortir d’affaire. Le niveau des pertes devrait maintenant décroître progressivement.

Les indicateurs de l’Espagne et de l’Allemagne montrent que ces deux pays sont très proches du pic de l’épidémie. Leur situation ne se détériore plus. Les pertes vont encore rester sévères pour l’Espagne qui a encore beaucoup de cas critiques à traiter. En revanche, elles seront moins lourdes pour l’Allemagne qui a toujours su garder l’épidémie sous contrôle.

Le cas de la Grande Bretagne est plus difficile à appréhender car le compteur de ses cas sérieux ou critiques est bloqué à 163 depuis très longtemps. Il y « aurait » une baisse de nombre de nouveaux cas (surprenant) et une hausse sensible des personnels soignés dans les hôpitaux. Pour l’instant, les décès sont orientés à la hausse.

Dans le reste du monde, l’épidémie suit son cours sans catastrophe particulière.

Le tableau ci après présente deux nouvelles colonnes à droite. Elles indiquent le nombre total de tests effectués par pays et le nombre de tests par millions d’habitants.

Observez bien les performances des pays qui ont beaucoup testé. La France est, avec le Royaume Uni, L’Iran et le Brésil, l’un des pays qui a le moins testé des 30 pays les plus affectés par l’épidémie.

Général (2s) Dominique Delawarde

Crédit photo : DR
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