Bertrand Alliot : « La population des hommes cessera de croître un jour » [Interview]

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Bertrand Alliot vient de publier aux éditions de l’Artilleur un livre intitulé Une histoire naturelle de l’Homme : L’écologie serait-elle une diversion ?

Un livre absolument passionnant, qui cherche à donner des clés pour comprendre l’homme pas uniquement sur la base de sciences dites humaines, mais sous l’angle de l’observation naturaliste. Après une interview donnée à TV Libertés, ici, nous l’avons également interrogé pour vous permettre de découvrir son livre (avant de l’acheter).

Une histoire naturelle de l’Homme ; l’écologie serait-elle une diversion ? Bertrand Alliot – L’artilleur – 15€

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bertrand Alliot : Je suis un Auvergnat quadragénaire « monté » à la Capitale voilà plus de 10 ans ce qui fait de moi un bougnat. Je travaille aujourd’hui à l’Université Gustave Eiffel en tant que Directeur de la Valorisation de la Recherche.

En dehors de ça, je suis depuis l’enfance un naturaliste amateur particulièrement intéressé par les oiseaux. C’est pourquoi j’ai milité longtemps au sein des associations de protection de la nature et notamment à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) pour laquelle je suis d’ailleurs membre du Conseil d’Administration.

Cette passion m’a très tôt incité à essayer de comprendre le rapport que les hommes entretenaient avec leur environnement. Longtemps, j’ai réfléchi à cette question. C’est pourquoi j’ai préparé et soutenu (en 2008) une thèse en science politique dirigée par Chantal Delsol et qui portait sur l’écologie. Parallèlement, j’ai publié des articles ou des tribunes dans des journaux ou des magazines parce que j’ai toujours aimé partagé mes réflexions.

Ayant atteint un stade maturité intellectuelle sur le sujet, j’ai donc écrit ce livre « une histoire naturelle de l’homme » que je suis content de publier aujourd’hui. J’essaye de répondre à la question « qu’est-ce que l’homme ? » à la lumière du récit de l’écologie. L’existence même de l’écologie montre que l’espèce humaine s’interroge sur son propre destin dans l’histoire naturelle. L’étudier est donc « anthropologiquement » intéressant.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que l’observation naturaliste ?

Bertrand Alliot : Le naturaliste est celui qui essaye de mettre un peu d’ordre dans l’arbre de la vie en inventant des catégories comme la famille, le genre ou l’espèce pour classifier les organismes vivants. Il prend plaisir à découvrir, décrire, répertorier les différentes sortes d’animaux et de végétaux qui existent sur la terre. Ensuite, le naturaliste s’éloigne un peu de sa passion pour l’identification et la classification pour s’intéresser à la biologie, aux comportements, à la répartition dans l’espace et dans le temps des espèces qu’il a appris à reconnaître.

Breizh-info.com : Pourquoi avez vous décidé d’étudier l’homme sous cet angle ? Qu’avez vous trouvé ?

Bertrand Alliot : J’ai décidé d’étudier l’homme à la manière d’un naturaliste pour essentiellement deux raisons. La première est qu’il s’agit d’une « astuce narrative ». J’ai trouvé qu’il était judicieux de raccrocher mon récit sur l’homme à ma passion de toujours pour les espèces animales. Finalement, l’homme est un animal, alors pourquoi ne pas l’étudier comme on étudie n’importe quel autre être vivant ? En plus, on peut faire de nombreuses comparaisons entre l’homme et les autres espèces. C’est pourquoi tout au long de mon « histoire naturelle », je parle aussi des cigognes, des grues, des ours, des fouines, des alouettes, des Bernards l’ermites, etc. On y trouve, au côté de l’homme, un véritable bestiaire !

La deuxième raison est liée au fait qu’il me semble que les sciences humaines qui ont quand même l’ambition de mieux comprendre « l’homme » se sont peu à peu complexifiées inutilement. Il m’a semblé que nous devions revenir à une forme de simplicité et que l’observation naturaliste était adéquate. Comme je le dis, il faut « redevenir des artisans de la science » à moins de ne plus raconter que des choses obscures et alambiquées qui ne sont plus comprises par personne.

Breizh-info.com : L’écologie, dont se revendiquent beaucoup de personnalités et de partis aujourd’hui, est-elle fourvoyée, et en passe de devenir une religion ?

Bertrand Alliot : Le mot religion est un peu fort, mais nous sommes sur une bonne piste. Les écologistes, c’est une certitude, sont en train de devenir mystiques. Ils ne peuvent s’empêcher de penser que nous sommes entrés dans une période de « crise » à cause de la remise en cause « d’équilibres naturels ». Or, contrairement à ce qu’on croit, il n’y a pas dans la nature « d’équilibres ». La « nature » est en perpétuelle recomposition et l’action des hommes ne brise pas un équilibre, mais entraine une recomposition.

Par ailleurs, on a jamais autant parlé de crise écologique alors que l’humanité ne s’est jamais aussi bien portée : la population a augmenté de manière spectaculaire et les hommes ont gagné sur tous les continents en confort et en espérance de vie. Pourquoi, dès lors, parler de crise ? En fait, il faut comprendre ce que le discours sur la crise permet de faire émerger : un récit, un récit qui ne sert à rien d’autre qu’à perpétuer un mythe, celui d’une espèce qui serait « extraordinaire ».

Les hommes ont des difficultés à supporter leur statut d’être vivant et ils ont donc toujours besoin de s’inventer des histoires qui le dissimulent. Je pense que le « récit de l’écologie » est une manifestation de ce besoin non pas dans sa manière de mettre en valeur certain problèmes environnementaux bien réels, mais plutôt dans sa manière de mettre en scène une catastrophe à laquelle doit répondre un homme qui se transforme en « héros ». C’est cette part de l’écologie qui est irrationnelle et qui laisse entrevoir un côté religieux ou mystique.

Breizh-info.com : Les villes, et notamment les métropoles, que vous définissez comme le symbole même de la recherche de l’illimité, sont-elles anti naturelle, et anti écologique par nature ?

Bertrand Alliot : Les villes ne sont pas anti-naturelles. Je dirais que c’est tout le contraire car elles se sont formées progressivement pour répondre à un aspiration « vitale » des êtres humains. Ceux-ci, comme la plupart des êtres vivants, sont à la recherche du confort. Le mythe de l’âge d’or ou du paradis perdu (très répandu) trahit le désir de se débarrasser du travail car il renvoie à un temps ou à un lieu mythique où l’homme vivait heureux car il n’avait besoin de faire aucun effort physique pour vivre.

Ainsi, en façonnant les cités, les hommes ont créé un lieu où il est facile de survivre. Il peut y trouver sans faire d’effort, tout ce dont il n’a jamais rêvé. C’est pourquoi, à l’échelle planétaire, on constate un immense mouvement de population depuis au moins la moitié du XIXème siècle des zones rurales vers les zones urbaines. Les innombrables paysans viennent dans la ville parce qu’ils en ont assez d’être contraints par des nécessités vitales. Comme j’essaye de l’expliquer dans le livre, cette recherche de confort et cette détestation du travail qui est son corollaire est le véritable moteur de l’histoire.

Ensuite, bien sûr, la construction de la ville a un effet pervers : il nécessite une utilisation d’énergie considérable ainsi que des transferts et transformations de matières. Pour construire la ville qui est ce lieu dans lequel notre vie est facile, il faut « puiser » dans l’environnement et le transformer. D’où la nécessité de développer des politiques d’environnement qui viennent corriger les effets pervers.

Breizh-info.com : Comment voyez vous l’avenir de l’homme sur cette planète ? Sa démographie peut-il le perdre et perdre notre monde ? 

Bertrand Alliot : Il y a deux possibilités qui sont décrites dans les oeuvres de science fiction. Soit, il y a une crise de civilisation et l’être humain en manque de ressource et de moyen subira une détérioration de ses conditions de vie. Soit il va poursuivre sur sa lancée, inventer de nouvelles techniques et poursuivre l’amélioration de la sphère artificielle pour que celle-ci soit encore plus perfectionnée. Franchement, comme je le dis dans l’épilogue, entre les deux « fins », je ne peux pas choisir. Les deux sont possibles.

Quant à la population, c’est difficile à dire. Il faut noter d’abord que si la population augmente cela signifie que l’espèce trouve des ressources pour se développer. Quand, dans la nature, un population animale augmente, il ne viendrait pas à l’idée à un écologiste de dire qu’elle va mal. Tout au contraire, il dirait qu’elle se porte bien. On ne peut s’empêcher de considérer l’espèce humaine comme une espèce à part ce qui signifie qu’on ne supporte pas l’histoire naturelle lorsqu’elle s’applique à l’homme. La population des hommes cessera de croître un jour. Elle sera soumis probablement à des mécanismes de régulation. Est-ce que cela se fera dans les larmes et le sang ? Je n’en ai pas la moindre idée ! Acceptons le fait que nous soyons incapables de contrôler notre destinée. Autrement dit, acceptons le fait que nous soyons non des habitants de l’histoire, mais des habitants d’une histoire naturelle qui nous dépasse.

Propos recueillis par YV

Illustration : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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