Emploi : des plans sociaux par dizaines partout en France

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Avec 15 plans sociaux par semaine fin mai, la crise dite du coronavirus commence à prendre de l’ampleur et va rayer de la carte des milliers d’emplois, notamment dans des entreprises qui étaient déjà fragiles avant le confinement. Après s’être intéressés au plan social de La Halle (2 196 emplois menacés), revue des principaux autres… Il faudrait encore y ajouter les TPE, qui représentent 3 millions de salariés (20 % de l’emploi salarié en France) et dont 17 % s’estiment au bord du dépôt de bilan.

Les plans sociaux touchent tous les secteurs et pourraient mener, selon une étude Staffme pour Le Parisien, à rayer de la carte jusqu’à un cinquième des effectifs des entreprises. Dans les médias et les télécoms, le groupe Altice a proposé un plan de départs volontaires à 1 600 salariés. BeInsports, qui a perdu les droits sportifs de la Ligue 1 au profit du sino-espagnol Mediapro, licencie 12 CDI et 8 CDD.

Toujours dans la presse, le groupe Paris Turf (250 salariés) est en redressement judiciaire, plombé par la crise de Presstalis et l’arrêt des courses. Le titre normand Paris-Normandie est carrément en liquidation, mais devrait être repris par des Belges : soit le groupe IPM soutenu par l’actuel patron, soit le groupe Rossel (La Voix du Nord) ; 60 emplois sur 240 seraient supprimés.

Le fabricant Hutchinson, touché par la crise de l’aéronautique, prévoit de ventiler 800 à 1 000 suppressions de postes sur ses 25 usines françaises, dont celles de Saint-Brieuc (22), Chemillé (49) ou encore Vierzon (18). General Electric s’est séparé début mai de 70 salariés des services financiers. Les Fonderies du Poitou à Ingrandes (86) bloquent leur usine et ont été reçus par leur repreneur indien sur fond d’effondrement des commandes du groupe Renault, principal client – pas de Jean-Yves Le Drian pour les défendre, eux. Une autre fonderie a coulé dans l’Allier à Vaux, Cast’Alu (ex-Bréa), laissant 47 salariés dans l’incertitude.

Le réseau des librairies Gibert Joseph se rétrécit : les librairies de Clermont-Ferrand (63), Aubergenville (78) et Châlons-sur-Saône (71) ont été liquidées. À Chauny dans l’Aisne, le centre d’appels Euro CRM a été liquidé, 137 salariés sont au chômage. À Roubaix, les 300 salariés du centre d’appel Conduent sont licenciés, à la suite de la perte par l’entreprise de son dernier client, PSA.

À Cherbourg (50), l’abattoir SMANCO a été emporté par les coûts exorbitants de la mise aux normes et le courrier de l’ex-responsable qualité, hygiène et sécurité à la presse locale, qui accusait le président d’abus de confiance, de détournement de subventions et de fraude : 14 salariés ont été licenciés. Dans les transports, l’allemand Flixbus veut liquider sa filiale Eurolines, ce qui mettrait à la porte 115 salariés.

Adova en crise : le matelas français en voie de disparition ?

L’usine de matelas Aube Bedding à Bar-sur-Aube (10) est en procédure de sauvegarde – cette usine est passée de 2 400 à 280 salariés en 20 ans, suite à la gestion chaotique du groupe Cauval. C’est d’ailleurs cinq entités sur six du groupe Adova qui sont en sauvegarde, après le refus par l’État d’un prêt garanti pour relancer la trésorerie de l’entreprise, et suite aux difficultés de Conforama dont les commandes représentent la moitié de la production de l’usine auboise.

Sont également concernées l’usine Ouest Bedding à Fougères (35), 95 salariés, qui fabrique les literies des hôtels de grand luxe, Simmons, Treca à Mer (Loir-et-Cher), etc. Le fabricant Paris Bedding (Dunlopillo) a déjà été cédé à Finadorm, 80 emplois sur 180 étant supprimés au passage. L’abandon du groupe Adova par l’État serait synonyme, selon les syndicats des salariés, de la fin de l’industrie du matelas en France, au profit des Chinois.

Mobilier, habillement : de grandes enseignes coulent

D’après une étude du cabinet McKinsey, la crise pourrait entraîner dans l’abîme un tiers des grandes marques et de leurs magasins, avec un choc industriel et économique à la clé, chez nous et dans le tiers-monde (500 000 emplois perdus dans la couture au Vietnam, plus d’un million au Bangladesh ces dernières semaines…). La France n’est pas épargnée non plus. Dans le mobilier, Alinéa est en cessation de paiement ; 2 000 emplois sont concernés. Conforama, qui se fournit à 60 % en France, est au bord du dépôt de bilan et pourrait être repris par But ; ses 8 600 salariés sont inquiets.

Dans l’habillement, Camaïeu (634 magasins, 3 844 salariés dont 450 au siège à Roubaix) est en redressement judiciaire depuis le 26 mai dernier. Le chausseur André (146 points de vente, 412 salariés) est en redressement judiciaire depuis début avril, les repreneurs éventuels ont jusqu’au 22 juin pour se manifester.

NafNaf est en redressement judiciaire depuis le 15 mai : les 1 170 salariés de l’enseigne seront fixés le 19 juin entre les deux offres concurrentes, celles du breton Beaumanoir (704 salariés, 170 boutiques conservés) et de son fournisseur turc SY international (944 postes, 200 des 221 boutiques) ; entre 230 et 460 emplois sont donc menacés.

Dans la puériculture, Orchestra-Prémaman est en redressement depuis le 29 avril dernier, 2 900 emplois sont menacés ; le tribunal de commerce tranchera le 16 juin entre les deux repreneurs potentiels : l’ex-patron et fondateur à la tête d’une structure nouvelle, et le groupe saoudien Al-Othaim qui a les préférences des salariés.

Fougères perd sa chaussure

À Fougères (35), la dernière entreprise de chaussures de la ville, JB Martin, est en liquidation judiciaire. De l’usine qui employait 1 200 personnes il y a un demi-siècle, ne restaient qu’une quarantaine de personnes, stylistes, administratifs et commerciaux, la production étant délocalisée sur la péninsule ibérique et en Asie.

Lancée en 1855, la fabrication de chaussures a employé jusqu’à 11 000 personnes à Fougères à la veille de la Première Guerre mondiale, avant de décliner en plusieurs vagues, et surtout après 1976. L’avant-dernière usine, les Rives du Nançon, relancée dans le luxe en 2017 sur la base des archives de l’usine Morel et Gaté fermée en 1976, a coulé en juillet 2018.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : wikimedia commons (cc)
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