Tabac : comment l’État appauvrit les Français et enrichit les Belges

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Le 8 juillet dernier, un amendement a été adopté par l’Assemblée Nationale – sous la pression de l’Etat qui a lâché un os au lobby des buralistes. Désormais, les français ne pourront ramener de l’étranger qu’une cartouche contre 4 auparavant, que 250 grammes de tabac en vrac contre 1 kilo avant, ces seuils s’appliquant à chaque personne majeure. Sur place, à la frontière belge, cette mesure autant discrétionnaire qu’impopulaire n’est guère appliquée… et enrichit surtout les buralistes belges.

Sur le pont pendant le confinement, les buralistes ont été frappés de plein fouet par la fermeture des activités bar et restaurant, mais aussi la crise de Presstalis qui a perturbé l’approvisionnement en journaux, sans oublier Up France, l’opérateur de la carte ADA distribuée aux demandeurs d’asile, qui a essayé – sans succès finalement – de se faire de la laine sur leur dos.

Par ailleurs le confinement a été l’occasion d’une hausse des ventes de cigarettes qui a prouvé par A+B les chiffres avancés par les buralistes, selon lesquels 30% des cigarettes vendues en France provenaient de la contrebande ou de l’étranger. Tandis que les politiques voyaient les ventes officielles baisser et en tiraient la conclusion, erronée, que les hausses du prix du tabac, en plus de remplir les caisses de l’Etat (80% du prix des cigarettes vont à l’État, 12% au fabricant), baissaient la consommation, les français s’étaient tournés vers la contrebande, en provenance de Chine, d’Ukraine ou encore de Pologne, ainsi que l’achat massif à l’étranger.

Lorsqu’on passe la frontière belge, à pied, que ça soit à Adinkerque, Comines-Warneton, Quiévrain, Erquelinnes ou ailleurs, ce qui saute aux yeux, c’est le tabac. Une rue entière où toutes les devantures proposent du tabac, en quantité, en gros, en vrac, en cartouches etc. Le paradis du fumeur, et y a le choix. Aussi, on trouve du chocolat belge et de l’essence – elle aussi un peu moins chère qu’en France. Le bon plan, c’est quand la station service est flanquée d’un gros débitant de tabac.

Et si pendant le confinement les gros points de passage de la frontière étaient surveillés, ce n’était pas le cas de toute la frontière. Un peu avant mi-juin, la frontière de la Belgique avec les Ardennes était encore fermée – elle n’a rouvert que le 15 juin. Mais les sedanais savaient comment faire : « il n’y a que la nationale [N58] de Bouillon qui est surveillée. Juste avant la frontière, on tourne à gauche [sur la RD4] et là y a un passage qui n’est pas surveillé », expliquait-on en ville. « De toute façon ici la frontière, ça passe à travers des collines, y a des chemins partout, on passe comme on veut », explique un commerçant de Charleville-Mezières qui va « en Belgique une fois par mois pour le tabac, et le confinement n’a rien changé, sinon la route peut-être ».

Il suffit de traverser Jeumont vers la Belgique pour constater la même chose. La voie rapide qui a remplacé la RN49 (RD649) est la plus surveillée. Plus bas, le long de la voie ferrée et de l’usine Framatome (ex-Jeumont-Schneider Industries)  la RD 959 et la RD336 sont les vestiges de l’ex-RN 359 qui reliait le Cateau à Charleroi. Tout au bout, contre la frontière, la rue des Usines est belge, la voie ferrée française, mais aux standards belges, et la route tout à fait française.

On tombe sur deux postes de douane, l’un abandonné, et l’autre… débite du tabac. Il ressemble à ces petits kiosques qu’on trouve dans les pays de l’est. Débouche de la rue des Usines un ouvrier en veste fluo. Il paie, et repart avec quatre pots de tabac et deux cartouches, portant fièrement sa colonne de tabac qui dépasse largement la limite légale.

Au-delà de l’ancien poste de douane, la rue d’Erquelinnes et sa douzaine de débitants, dont deux ou trois en vacances. Derrière, la gare frontière d’Erquelinnes, complètement abandonnée depuis que les trains France-Belgique ne s’arrêtent ni ici, ni à Aulnoye-Aymeries, ni à Jeumont, où attend ses quelques passagers l’omnibus qui part chaque heure 01 vers Charleroi. Devant la gare, le bus pour Mons, vide – il faut acheter une carte prépayée de 8 voyages au bureau de tabac, pour cause de Covid. Une vraie histoire belge.

A Jeumont même, la nouvelle limite officielle pour le tabac laisse complètement indifférent : « ils ne peuvent pas tout boucler, de toute façon, et nous on n’a pas les moyens de payer les prix français. Même s’il reste des usines [Framatome à Jeumont, l’aciérie Tata Steel et Lisse, dernière usine française de machines-outils à planer la tôle à Louvroil…], ce n’est plus du tout ce qui était avant et les retraites sont petites. L’arrière-pays est lui, agricole », relève, pensif, un commerçant de Jeumont. « S’ils contrôleront plus, il y aura plus de contrebande, ici la Belgique est tout autour de la ville », balaie un client, qui roule avec flegme une cigarette avec du tabac… belge.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photos : Breizh-info.com
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