Jean Sevillia présente son Histoire inédite de la France en 100 cartes [Interview]

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Doit-on encore présenter Jean Sevillia, écrivain et journaliste français, éminent auteur de biographies et d’essais historiques ?

Ce dernier vient de sortir un ouvrage très important intitulé Une Histoire inédite de la France en 100 cartes (Perrin).

En cinq parties – « Les origines », « Le royaume de France », « La nation française », « Les temps modernes » et « La France aujourd’hui » – et plus de 100 cartes inédites et richement détaillées, de celle des principaux sites préhistoriques au planisphère de la francophonie actuelle, cet ouvrage novateur donne à voir, véritablement, une autre histoire de France, vivante, presque charnelle. La bataille d’Alésia, Le partage de Verdun, la France des monastères de l’an 1000 au XIIe siècle, l’art roman ou gothique, les croisades, la France de François Ier, les princiaux monuments de la Renaissance, les résidences de Louis XIV, la frontière fortifiée de Vauban, les Lumières, les minorités religieuses aux XVIIe et XVIIIe siècles, les guerres de Vendée, la France du Premier Empire, la révolution de 1830, la construction du réseau ferré au XIXe, l’alphabétisation, l’urbanisation et les langues régionales en 1900, la Grande Guerre, ses victimes, les élections législatives de 1936, celles de 1946 – après la France occupée et la libération du territoire national -, l’Algérie française, la décolonisation, les élections présidentielles de la Ve République, le réseau autoroutier, les étapes de la construction européenne, la délinquance et les violences urbaines, les familles monoparentales, les interventions militaires récentes ou encore les gilets jaunes : autant du sujets et autant de cartes, parmi beaucoup d’autres, que commente Jean Sévillia avec maestria et concision.

Conjuguant plaisir de lecture et érudition, cette première Histoire inédite de la France en 100 cartes – beau livre relié cartonné, en couleurs – permet surtout de comprendre l’évolution de la France (qui n’est pas « La République française » comme certains s’acharnent à vouloir le faire croire au peuple), d’en comprendre les faiblesses et d’en apprécier les formidables richesses.

Pour évoquer l’ouvrage, nous avons interrogé Jean Sevillia.

Breizh-info.com : Pourriez-vous nous parler de la genèse de ce livre ?

Jean Sevillia : Après la parution de mon Histoire passionnée de la France, en 2013, livre qui était un récit continu de l’histoire de France des origines à nos jours, nous avions évoqué, avec mon éditeur, la possibilité de publier un ouvrage complémentaire qui soit une illustration de cette histoire par les cartes.

Il existe des atlas de l’histoire de France où les textes, très succincts, ne sont en réalité que des légendes des cartes. Il existe en sens inverse des Histoires de France qui comportent très peu de cartes. Nous voulions réaliser un livre intermédiaire, où les textes aient autant d’importance que les cartes, mais un livre qui repose évidemment sur une sélection d’épisodes majeurs de notre histoire, ce choix visant l’essentiel tout en marquant des continuités et aussi des ruptures.

Pour de multiples raisons, pris par d’autres travaux, je n’ai pas mis ce projet en œuvre tout de suite. C’est en 2019 que je m’y suis attelé, et j’ai pu l’achever pendant le confinement puisque la suspension de toute vie sociale pendant deux mois et plus m’a permis de me concentrer sur cette tâche. A ma connaissance, il n’existe pas d’ouvrage équivalent, en tout cas pas parmi les parutions récentes.

Vos cartes témoignent d’un conflit permanent entre le pouvoir central français et une partie des régions qui aujourd’hui la composent, mais également d’un conflit récurrent avec les autres pays européens. Qu’est-ce qui explique cette volonté guerrière et expansionniste permanente, couplée à une volonté centraliste inédite en Europe ?

Jean Sevillia : Je ne crois pas que notre histoire puisse être analysée comme un conflit permanent entre le pouvoir central et les provinces. Sous la monarchie capétienne, qui a construit le pays avant que les régimes qui ont suivi n’héritent de la charge de la nation qui s’était constituée, cette dimension a pu exister dans le cadre du processus de constitution de l’Etat, a fortiori avec les provinces dotées d’un fort particularisme lié à leur histoire, la Bretagne en étant sans doute le meilleur exemple. Mais l’agrandissement du royaume s’est opéré très progressivement, et le plus souvent dans le respect des lois et coutumes de chaque province acquise par la monarchie, ce qui donnait à la France d’Ancien Régime un visage étonnamment divers pour ne pas dire disparate en comparaison de la centralisation jacobine qui a suivi avec la Révolution et Napoléon, centralisation avec laquelle la République n’a jamais rompu.

Quant à la volonté expansionniste de la France, elle a existé au moment des guerres d’Italie, entre le XVe et le XVIe siècle, sous le règne de Louis XIV, sous la Révolution puis sous le Premier Empire, ou lors de la colonisation, mais elle n’a pas été une permanence de notre histoire.

Dans les temps modernes, par exemple, la France a plutôt subi l’expansionnisme allemand que l’inverse…

Qu’est-ce qui vous a frappé en étudiant les cartes sous le prisme de la France de demain ?

Jean Sevillia : Ce n’est pas une découverte ni une surprise, mais ce qui frappe, à l’évidence, ce sont les changements en profondeur de la société française depuis les années 1970. Nous étions une société où la production de richesse provenait de l’industrie et du monde agricole, or nous avons perdu des millions d’emplois dans ces secteurs, emplois qui n’ont pas été remplacés : nous étions une société de plein emploi, nous sommes un pays victime d’un chômage structurel persistant.

Nous étions une société où le modèle familial traditionnel – un couple marié avec enfants – était dominant, ce modèle est aujourd’hui marginalisé. Nous étions une société de culture chrétienne où le catholicisme était majoritaire, or celui-ci devient minoritaire, pendant que l’islam progresse par le jeu de l’immigration mais aussi de conversions. Nous étions une société de peuplement homogène, et nous avons subi des transformations ethnoculturelles qui, localement, peuvent revêtir un caractère majoritaire. La France de 2020 n’est pas celle de 1970. Il n’y a rien d’original dans ce constat, mais l’étude des cartes sociologiques qui figurent dans mon livre en montre l’évidence.

Si on lit vos cartes sur la population immigrée (selon la définition du HCI), on a l’impression qu’il n’y a aucune différence ou si peu entre la France de 1931 et celle de 2016. N’est-ce pas un énorme trompe-l’œil ?

Jean Sevillia : Ce n’est pas tout à fait exact. Dans la page à laquelle vous faites allusion, le graphique montrant l’évolution de la population immigrée selon la définition du Haut conseil à l’intégration (un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France) montre un passage de 4 % de la population en 1920 à environ 9,5 % en 2018, ce qui n’est pas une petite différence.

Mais là où il y a trompe l’œil dans les statistiques officielles, en effet, c’est que, pour celles-ci, un enfant d’immigré né sur le sol français n’est pas compté comme immigré. Par ailleurs, le solde migratoire – la différence entre les entrées et les sorties durables du territoire – équivaut presque au nombre de naturalisations annuelles, si bien que dans les statistiques, le nombre d’étrangers ne croit pas au rythme des entrées d’immigrés. Comme le montre la démographe Michèle Tribalat, le cumul des immigrés sur trois générations atteint 12 à 14 millions de personnes en 2018, environ 20 % de la population. Poser la question de leur intégration est légitime.

L’historien et le journaliste que vous êtes éprouve-t-il une quelconque nostalgie par rapport à la France d’antan ? A une époque particulière ?

Jean Sevillia : J’admire les cathédrales du Moyen Age ou l’art de vivre raffiné du XVIIIe siècle. Mais ce serait une illusion de croire que ces époques étaient sans problème.

Toute l’histoire de l’humanité est traversée, à côté de périodes de paix et de prospérité, de grandes tragédies ou des mille et une difficultés de la vie quotidienne. Il ne sert à rien d’idéaliser le passé, d’autant moins qu’il ne reviendra pas. Commençons déjà par le connaître afin de tenter humblement d’en tirer des leçons pour l’avenir.

Propos recueillis par YV

Illustrations : DR
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