L’hydroxychloroquine fait toujours de la résistance

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Chaque jour, plusieurs articles consacrés à l’épidémie de covid-19 paraissent dans la presse scientifique. Tendent-ils à clarifier la question ? Déjà, pour les lire tous, un chercheur devrait y consacrer presque tout son temps…

Ils montrent en tout cas que le feuilleton de l’hydroxychloroquine est loin d’être terminé. Les autorités de santé françaises affectent de considérer que la messe est dite. Pour elles, ce médicament emblématique du professeur Didier Raoult serait inefficace contre le covid-19, voire dangereux.

Un article paru voici quelques jours sur medRxiv(1) présente un tableau beaucoup plus nuancé. Intitulé « Randomized Controlled Trials of Early Ambulatory Hydroxychloroquine in the Prevention of COVID-19 Infection, Hospitalization, and Death: Meta-Analysis », c’est une méta-analyse de cinq essais cliniques randomisés contrôlés, portant sur 5 577 patients au total, réalisés aux États-Unis, au Canada et en Espagne. Des essais qui évaluent l’efficacité de l’hydroxychloroquine (HCQ) en soins ambulatoires contre le covid-19. L’article est signé de quatre chercheurs américains de premier plan, Joseph A. Ladapo, de l’UCLA, John E. McKinnon, du Henry Ford Hospital de Detroit, Peter A. McCullough, de Baylor University à Dallas et Harvey Risch, de Yale.

Pas d’effets graves en ambulatoire

Leur conclusion tient en trois lignes : « les essais cliniques randomisés réalisés à ce jour démontrent que l’utilisation de l’HCQ en ambulatoire réduit, sans danger, l’incidence globale des infections, hospitalisations et décès par covid-19 ». Cette conclusion, écrivent-ils, rejoint celle de plusieurs essais non randomisés, parmi lesquels le fameux « protocole marseillais » du professeur Raoult.

Les auteurs ne prétendent pas pour autant que l’HCQ soit un médicament miracle. Dans certains essais randomisés, notent-ils, elle a donné des résultats défavorables sur des malades hospitalisés. En ambulatoire, en revanche, hormis de rares arythmies, aucun effet secondaire cardiaque grave n’est signalé. Ce qui oblige à se demander pourquoi la vaste étude RECOVERY n’est pas allée au bout de ses travaux sur l’HCQ.

Le professeur Raoult a invité la presse à se poser la question. À laquelle le plus récent article du RECOVERY Collaborative Group paru le 5 octobre dans le Lancet n’apporte toujours pas de réponse (il annonce en revanche l’arrêt de l’étude sur le lopinavir-ritonavir, un autre médicament envisagé contre le covid-19).

Les Nations unies luttent contre l’épidémie… de bobards

Coïncidence cocasse : le même jour, dans le Lancet Infectious Disease, Jane Galvãoa, collaboratrice de l’UNHR (United Nations Human Rights), publie un éditorial alambiqué sur « l’infodémie de covid-19 », une infodémie étant pour l’OMS une « surabondance d’informations – certaines exactes et d’autres non – qui se produit au cours d’une épidémie ». Pour les Nations unies, dit-elle, « la désinformation est un virus » !

Or la lutte contre ce virus n’est pas facile, car des responsables publics – et elle cite « les présidents du Brésil et des États-Unis » – diffusent des bobards, en particulier en « vantant des traitements qui n’ont pas fait leurs preuves (par ex. l’hydroxychloroquine) ». Nous y revoilà !

Reste à savoir quel est le bobard le plus grave, dire que l’HCQ est efficace en ambulatoire ou dire qu’elle ne l’est pas du tout… Quant aux responsables publics qui diffusent des bobards en assurant tantôt que le masque ne sert à rien tantôt qu’il est indispensable, la collaboratrice des Nations unies/Droits de l’Homme ne paraît pas s’en préoccuper.

(1) MedRxiv est un site de pré-publication. On y trouve des articles qui n’ont pas encore suivi le long processus de validation par une revue scientifique. Ils représentent donc les travaux de recherche les plus récents. En contrepartie, ils n’ont pas encore reçu l’onction de la communauté scientifique.

Crédit photo : DR
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