Liberté de culte : les évêques se rebiffent

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La décision du gouvernement de limiter à 30 personnes l’assistance aux messes – y compris dans une cathédrale – à rebours des promesses faites à la Conférence des évêques de France de suivre son protocole sanitaire pourtant restrictif (4 m² par fidèle, églises remplies au tiers) a fait sortir de leurs gonds certains évêques, alors que des rassemblements de fidèles sont déjà prévus le dimanche après-midi 29 novembre dans 50 villes de France. Plusieurs d’entre elles (Tarbes, Lourdes, Hennebont…) rejoignent le mouvement.

Les messes reprennent à partir de ce samedi – signant une première victoire du mouvement Pour la Messe né à Nantes le 8 novembre dernier, mais avec une jauge très basse qui provoque une tempête dans l’Eglise de France, d’autant qu’une fois de plus, Mgr de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la CEF, a failli à démontrer les vertus de la conciliation et du dialogue privilégié avec le président Macron, puisque la réévaluation de la jauge promise mercredi n’a finalement pas eu lieu.

Les mêmes évêques qui la semaine dernière incendiaient à la radio les fidèles qui manifestaient et prêchaient la « concertation », en réalité la soumission aux conditions dictées par le gouvernement, se trouvent des âmes de commandeurs des croyants. Equilibriste, l’archevêque de Rennes Mgr d’Ornellas arrive à faire le grand écart dans la mauvaise foi : condamner l’Etat tout en critiquant ses fidèles qui manifestent.

A la suite de Mgr Ravel, archevêque de Strasbourg, la CEF qui estime que la jauge de 30 personnes n’est « ni compréhensible ni acceptable en l’état » a décidé de déposer un nouveau recours devant le Conseil d’Etat. Cette fois, les évêques devancent l’institut Civitas, qui a aussi annoncé déposer un recours.  Le communiqué de la CEF fait état de l’embarras des évêques débordés par leur base : « les réactions nombreuses reçues de fidèles, y compris d’autres religions, nous poussent à demander que le droit soit dit ».

L’archevêque de Paris : « Peut-être que M. Darmanin enverra des policiers avec des matraques pendant la messe, ce serait un spectacle étonnant. »

L’archevêque de Paris, le même qui brocardait la semaine dernière les fidèles qui manifestaient, laissait éclater sa colère sur les ondes de Radio Notre-Dame : « C’est une mesure totalement stupide qui contredit le bon sens. Trente personnes dans une petite église de village, on comprend, mais à Saint-Sulpice, c’est ridicule ! Des paroissiens viennent à 2000 dans certaines paroisses de Paris. On va s’arrêter à trente et un… C’est ridicule ! […]ça suffit, il faut arrêter de nous infantiliser ! Jusqu’à présent nous avons été extrêmement loyaux avec les autorités légitimes – comme Saint-Pierre et Saint Paul nous le demandent – mais quand on va trop loin et que l’on touche à notre conscience et à notre bon sens, cela ne va pas passer du tout ».

Et se trouvant subitement mieux inspiré que la semaine dernière,  il va jusqu’à renvoyer l’État à ses insuffisances en rappelant l’attentat de Nice : «  De toute façon, on entre dans nos églises pour nous assassiner, c’est le terrorisme islamique, on nous égorge, on égorge de gens pacifiques qui viennent prier. Peut-être que M. Darmanin enverra des policiers avec des matraques pendant la messe, ce serait un spectacle étonnant. On va bien voir ».

Nanterre, Bayonne, Laval… d’autres évêques montent au créneau

Mgr Rougé, évêque de Nanterre s’est aussi exprimé au sujet de la jauge : « Pour moi, c’est le point le plus important : il y a un manquement à sa parole de la part du Président. Nous savons que la crise sanitaire est compliquée pour tout le monde, nous pouvons discuter de tout. Mais le manquement de la parole donnée, je trouve cela incroyable »

L’évêque de Bayonne est plus direct : « C’est une confiscation, à mon avis, intolérable de libertés fondamentales. Je trouve intolérable que l’on puisse ainsi mépriser des millions de croyants, comme si la vie religieuse, la vie cultuelle, n’avait pas d’intérêt dans notre nation […] Nous sommes dans une dictature sanitaire qui devient une dictature tout court ».

L’évêque de Laval est plus en retenue : « Autoriser à nouveau la célébration des messes mais en limitant le nombre de fidèles à un maximum de 30 n’est pas réaliste ni conforme aux pourparlers antérieurs entre les représentants des cultes et le Gouvernement ».  D’autres évêques, comme celui de Luçon, se contentent d’exprimer leur « incompréhension » ou leur « déception ».

Mgr D’Ornellas (Rennes) condamne à la fois l’État et…les fidèles mobilisés

Tandis qu’avec humour, certains fidèles proposent d’organiser des loteries ou d’exclure des messes prêtres, prélats et fidèles qui ont voté Macron, Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes, continue sa tradition du double discours avec un morceau de choix, puisqu’il condamne dans une lettre au clergé diocésain à la fois l’État et les fidèles mobilisés ce dimanche devant les églises à Rennes, St Malo et ailleurs dans l’archidiocèse.

« Je profite de ce mail pour attirer votre attention sur la manifestation prévue le dimanche 29 novembre […]  il est évident que l’évêque ne peut pas soutenir une telle manifestation car l’Eucharistie ne peut pas être une occasion de division. Par ailleurs il est évident que les personnes qui souhaitent manifester ne peuvent le faire que devant la préfecture car elles contestent une décision de l’État […] Il n’y a pas de raison pour nous, prêtres et ministres ordonnés, de soutenir cette manifestation telle qu’elle est organisée […] dès que j’aurai des nouvelles suite à la décision du juge des référés, je vous les communiquerai ».

Les évêques de Bayonne et de Perpignan appellent à ne pas tenir compte de la jauge

D’autres évêques vont plus loin et appellent à ne pas tenir compte d’une jauge irréaliste et qui exclut les fidèles. A Perpignan-Elne, l’évêque appelle les prêtres à « ne pas s’ériger en comptables et de ne pas rejeter les 31e et autres personnes qui se présenteraient. J’en prends l’entière responsabilité et si cela s’avère nécessaire, j’en répondrai personnellement devant les pouvoirs publics ».

Mgr Ginoux, évêque de Montauban, appelle les fidèles et les prêtres à la désobéissance civile : « les messes reprennent dans le diocèse aux heures habituelles du dimanche, en pratiquant le protocole sanitaire en vigueur (circulaire diocésaine n° 3) que nous avons toujours respecté. Les fidèles qui le veulent y viennent, sans qu’aucune autorité puisse exiger une autorisation ni établir une interdiction ». Et de poursuivre : « si certaines personnes (célébrants, acteurs liturgiques, fidèles) faisaient l’objet à la sortie de la messe d’un procès-verbal de contravention, elles devraient refuser de payer l’amende sur-le-champ. Je demande que ces faits me soient transmis et je chargerais l’avocat du diocèse de donner suite. Une pandémie qui fait peur ne justifie pas la mainmise sur la messe ».

Tandis que certains préfets ont décidé d’entamer le bras de fer en annonçant des contrôles dans les lieux de culte – dans la Manche par exemple – des responsables cultuels musulmans ont d’ores et déjà annoncés que leurs lieux de culte resteront fermés, la jauge étant trop basse. Des fidèles musulmans qui trouvent l’interdiction abusive n’hésiteraient pas à rejoindre les catholiques dans divers rassemblements ce dimanche.

Dans une tribune libre publiée par Causeur, Les Eveilleurs appellent les fidèles à venir massivement à la messe : « Nos dirigeants semblent avoir tellement perdu le sens commun qu’ils ne voient pas la différence entre un oratoire […] ou une basilique. Tandis que les restrictions sanitaires pour les commerces sont pensées en pourcentage d’occupation par rapport à la surface disponible, les catholiques devront pointer afin d’être sûrs qu’une 31e personne ne se cache pas dans les 7000m2 de Saint-Sulpice. À une décision qui mêle le grotesque, l’inutile et l’illégitime, aucun citoyen n’est tenu d’obéir. En vertu de la loi de séparation de l’Église et de l’État, le gouvernement n’a aucune légitimité pour dicter aux catholiques la manière dont ils doivent rendre leur culte à Dieu.

[…] De nombreuses voix se sont levées dans l’histoire des hommes pour rappeler qu’il existe une loi supérieure aux décrets humains temporels, telle Antigone face à Créon, ou encore des témoins de notre longue histoire, de Jeanne d’Arc répondant à ses voix jusqu’aux martyrs de Vendée, faisant le choix de Dieu face au totalitarisme. Forts de cet enseignement séculaire, les Éveilleurs appellent tous les catholiques de France à ne pas craindre de désobéir à un ordre injuste et disproportionné ».

Erreur de jugement ou impression que les évêques resteront soumis au gouvernement quelles que soient les avanies que ce dernier leur ferait subir ? Toujours est-il que le maintien d’une jauge volontairement irréaliste pour les messes par le gouvernement, en dépit des promesses données, a fait redécouvrir à certains évêques les vertus du courage de la défense des libertés. Tout arrive…

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
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