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Puisque le fantôme de mon pays, le Québec, restera à jamais ma patrie, je me tiendrai toujours droit et serai toujours fier de porter l’épée de l’indépendance qui protège mon pays contre la pointe du fusil.
En recevant l’excellente revue nationaliste québécoise « Le Harfang », je ne pouvais passer sous silence les très bons articles relatant le long combat de ce peuple pour son émancipation. Émancipation, soit dit en passant, saluée depuis toujours par les pires jacobins français qui mènent une lutte acharnée lorsqu’il s’agit du peuple breton !
Dans son éditorial Rémy Tremblay nous retrace les grandes heures du mouvement indépendantiste québécois à commencer par le 50ème anniversaire de la Crise d’octobre qui fit tourner la page de la lutte armée et le 25ème du référendum sur la souveraineté. Avec justesse il définit quelques bases essentielles de tout mouvement de libération nationale. « Lorsqu’on est incapable de se définir comme peuple, ou même encore, lorsque se sent obligé de justifier sa propre existence, on ne peut porter une cause comme la souveraineté. Comment soulever l’enthousiasme, lorsqu’on peine à s’affirmer et qu’on remet en cause notre propre existence. Les autres peuples ne semblent pas avoir cette pudeur, seuls les peuples occidentaux sont aujourd’hui atteints de cette tare qui les pousse à avoir honte d’exister en tant que peuple, tout en reconnaissant aux autres le droit de le réclamer et même de s’en enorgueillir. Si le but de l’indépendance est positif, il n’est pas agressif ou conquérant. Tous les souverainistes de la première heure le disaient et le répétaient : « Ce n’est pas prendre la place des autres que de prendre la nôtre ». L’indépendance ne vise pas à asservir les autres peuples, mais à nous faire accéder au concert des nations ce qui est légitime. Devons-nous nous excuser de vouloir être un peuple à part entière, une nation maîtresse de notre destin ? ».
Je ne vais pas vous retracer la longue histoire du peuple québécois pour sa liberté mais uniquement me contenter de reprendre les pertinents arguments relatés dans deux excellents livres parus sous la plume d’inconditionnels militants indépendantistes québécois. J’ai également particulièrement apprécié ce dossier sur le mouvement indépendantiste au Québec et je pense que l’Emsav nouveau qu’il faut construire en Bretagne devrait s’en inspirer. Comme en terre bretonne, le projet souverainiste québécois est souvent associé à la gauche, à la sociale-démocratie. Se revendiquer souverainiste est devenu synonyme de se déclarer progressiste. C’est oublier que le mouvement indépendantiste québécois a pris son essor de l’autre côté du spectre politique. L’idée d’indépendance du Québec est en elle-même une idée révolutionnaire et sécessionniste. C’est d’ailleurs pourquoi le terme séparatisme lui sied beaucoup mieux que les appellations indépendantistes ou souverainistes. L’idée doit impliquer une rupture totale et non une association sinon à quoi bon se libérer du joug du colonialisme… Voilà le nouveau courant qui se dessine aujourd’hui au Québec face principalement à un Parti Québécois gangréné, infecté par un « gauchisme » d’un autre âge et considéré de plus en plus souvent comme le responsable du déclin du patriotisme, pire, le fossoyeur du rêve d’indépendance qui, malheureusement, épuise les aspirations des forces nationalistes.
Meriadeg de Keranflec’h dans la revue War raok
« Rien n’est plus précieux que l’indépendance (1) » du feu Pierre Falardeau est le premier livre abordé dans ce dossier. Il se distingue de toutes les fadaises sociales-démocrates publiées actuellement dans le camp souverainiste et nous ramène à l’essentiel du combat pour l’indépendance du Québec. Pas de détours, pas de mollasseries, pas de putasseries, la base, la liberté.
« Pourquoi l’indépendance ? Pourquoi la liberté ? Quelle question idiote ! À l’indépendance vous préférez sans doute la dépendance ? Vous préférez délibérément la minorisation, la domestication, la soumission ? Pourquoi l’indépendance ? Parce que c’est une question de vie ou de mort. Ou nous choisissons la vie ou nous choisissons la mort lente des peuples minoritaires. Rien d’héroïque ou de dramatique. La mort horrible des peuples acculturés, déculturés, confinés à des ghettos, des réserves, des villages folkloriques. Et Pierre Falardeau de s’interroger : qu’est devenu aujourd’hui le mouvement souverainiste depuis les bombes et les enlèvements de 1970, depuis le vol du référendum de 1995 ? Un projet de bureaucrates qui ne mobilise plus et qui confond souvent le moyen avec la fin. L’accaparement du souverainisme par le Parti québécois et les bons chics bons genres qui ont fait du nationalisme provincial leur marque de commerce a tué l’indépendantisme. Et pourtant, « l’indépendance n’appartient ni à un parti, ni à une classe, ni à un groupuscule. Elle appartient au peuple. Et le peuple, c’est moi, c’est nous. » Il est donc impératif de pousser le combat indépendantiste, fort mal représenté de nos jours. On ne ressort pas le même de la lecture de ce livre. Falardeau fut-il un « pur et dur » comme on l’a souvent appelé ? Si on veut, mais seulement en comparaison avec les mous qui forment la société québécoise. Il fut un anticolonialiste, un indépendantiste et ne mit jamais son idéal au service des grandes causes à la mode. Les grandes croisades des bien-pensants relayées par les médias qu’il honnissait profondément, ne l’attirèrent pas. D’ailleurs, d’outre-tombe, il nous mettait en garde sur la diabolisation et la repentance avec lesquelles on nous rebat les oreilles quotidiennement. Oui, on peut reprocher un certain langage « vulgaire » chez lui, car il ne mâche pas ses mots et lorsqu’il se fait insulter, refuse de s’excuser et prend plutôt le mors aux dents. S’il était là aujourd’hui, il nous dirait de nous sortir la tête du cul et de prendre notre destin à deux mains, car jamais il ne nous sera livré sur un plateau d’argent et « ça vaut la peine de combattre ».
Le second livre retenu, « Séparatisme, doctrine constructive (2) » est tout aussi pertinent que le premier. L’auteur, Dostaler O’Leary, rejette le nationalisme de bonne entente et s’engage ouvertement dans la voie du séparatisme, seule possibilité pour survivre en tant que peuple et nation. Ses griefs, ses raisons, il les mit sur papier dans le livre manifeste Séparatisme, doctrine constructive, qui est en plusieurs points un véritable bréviaire. Le Québec a connu bien des saisons depuis son écriture et pourtant il est aussi actuel en 2020 qu’il ne l’était en 1937. Contrairement au Parti québécois, la raison de promouvoir la séparation du Québec n’est ni comptable, ni utilitaire. C’était et c’est une question de survie pour un peuple menacé de se noyer « dans le grand tout anglo-saxon » que représente le Canada. « L’indépendance nationale est l’apanage d’un peuple fier… à nous de montrer que nous le sommes, et que nous en avons assez de courber l’échine ». On ne se sépare pas pour éviter de remplir nos impôts en double ou pour faire économiser des deniers à la bureaucratie qui nous étouffe. La seule possibilité pour assurer notre survie est de s’émanciper de la Confédération, pacte funeste qui mènera à la disparition de notre nation, car, n’en déplaise à nos opposants, nation nous sommes. Il faut prendre la place qui nous revient. Non par haine, non par jalousie, non par esprit de revanche, mais simplement, parce que c’est notre droit et notre devoir de nous assumer pleinement et d’être maîtres de notre destin. C’est pourquoi il faut « voir naître chez nous un nationalisme vraiment constructif, et s’il le faut combatif ; nous voulons voir se développer un renouveau patriotique qui marque une cassure nette entre ce qu’est le Canadien français et ce qu’il devrait être, et qu’à l’esprit de parti se substitue un esprit vraiment national. »
Il ne s’agit cependant pas de s’émanciper du modèle canadien pour le reproduire fidèlement à échelle réduite. Dostaler O’Leary est trop conscient des lacunes du modèle libéral et de la démocratie, cette « vaste fumisterie que l’on a imposée aux peuples en leur faisant croire que ce régime leur assurait la liberté et l’égalité tant politique que sociale. » Ce régime n’est en fait que le totalitarisme de l’argent, du matériel sur le spirituel. Il serait inconséquent de recréer un tel système après avoir libéré le Québec du joug anglo-saxon. Il convient de chercher une alternative, sans tenter de calquer un modèle étranger. L’expérience a démontré que le libéralisme anglo-saxon, qui prévaut au Canada, en Angleterre et aux États-Unis, tue l’âme de notre peuple à petit feu en plus de le mener à la ruine. Il faut une alternative qui permette de « réveiller les vieilles qualités françaises qu’un siècle et demi de contact avec l’anglo-saxon a anémiées, sinon anéanties ». Celle-ci doit être latine et catholique. Car on ne peut faire fi de la culture et de la religion d’un peuple. Voilà une leçon à méditer alors que le Parti québécois périclite et menace de s’effondrer. De nouveaux champions devront brandir le drapeau de la liberté, celui de la libération d’un peuple. Ceux-ci qui incarneront un renouveau ne doivent jamais perdre de vue, comme les péquistes et les adeptes de QS l’ont fait, la base, soit que l’on déclare l’indépendance pour doter une nation d’un État et que la dite nation n’est pas un simple agglomérat d’individus se trouvant par hasard sur une terre donnée. Une nation, c’est avant tout un peuple, une culture, un patrimoine, une histoire et un destin.
Notes :
(1) Pierre Falardeau, « Rien n’est plus précieux que l’indépendance », Éditions VLB, 2009. 264 pages.
(2) Dostaler O‘Leary, « Séparatisme, doctrine constructive », Éditions Tardivel, 2020. 120 pages.
Source : La revue « Le Harfang ». [email protected]