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Nous avons traduit pour vous une analyse de la politique asiatique à venir des USA sous l’ère Biden, analyse réalisée par Paul Antonopoulos, analyste géopolitique indépendant, pour le journal http://infobrics.org/post/32645/
Joe Biden est devenu hier le 46e président des États-Unis. Si l’on observe les personnes qu’il a fait entrer dans son équipe, on voit très clairement quelle direction la politique étrangère de son administration prendra à l’égard de l’Asie, en particulier de la Chine, de l’Inde et de la Corée du Nord.
Le nouveau secrétaire d’État est Antony John Blinken. Il prône la retenue vis à vis de la Chine et de la Russie. Blinken vient d’une famille juive et est le beau-fils d’un survivant de l’Holocauste. Il est donc par ailleurs probable que le nouveau secrétaire d’État poursuivra la politique radicalement pro-israélienne de Trump au Moyen-Orient.
À la lumière de l’amélioration des relations d’Israël avec le monde arabe, Biden a promis que l’une de ses premières actions en tant que président serait d’annuler la directive de Trump qui empêchait les citoyens de certains pays musulmans d’entrer aux États-Unis (NDLR : il vient déjà de le faire). Cependant, loin du Moyen-Orient et vers l’Asie de l’Est, Blinken sera l’une des voix les plus fortes pour s’opposer à Pékin.
Jake Sullivan sera le conseiller de Biden pour la sécurité nationale. Récemment, il a déclaré qu’il était nécessaire de s’asseoir autour d’une table et de régler les désaccords économiques que Washington a actuellement avec Pékin, ayant ainsi des idées différentes de celles de Blinken concernant la politique de Washington à l’égard de la Chine.
Katherine Tai sera la conseillère commerciale en chef des États-Unis, mais contrairement à Blinken, peu de gens croient que ce fonctionnaire jouera un rôle notoire dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et dans l’éventualité d’une paix durable. Bien que les parents de Katherine Tai soient nés en Chine continentale, ils ont grandi à Taïwan avant d’émigrer aux États-Unis, où elle est née. Les sino-américains sont réputés pour être hostiles au gouvernement communiste de Pékin, et on s’attend à ce qu’elle ait également de telles hostilités.
Kurt Campbell est une figure clé de la politique étrangère américaine à l’égard de la Chine. Au cours de la période 2009-2013, il a occupé le poste de secrétaire d’État adjoint chargé des affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique. Il est considéré comme le cerveau de la politique de « pivot vers l’Asie » du président Barack Obama et est l’auteur de « The Pivot » : The Future of American Statecraft in Asia » (Le Pivot : l’avenir de l’art politique américain en Asie). Campbell a déclaré l’année dernière que la politique de Pékin vis à vis des administrations Trump avait fait beaucoup de dégâts aux États-Unis.
C’est pourquoi des experts connaissant bien la Chine seront chargés des domaines les plus importants de la politique étrangère de Washington envers l’Asie. Cela signifie effectivement qu’il y aura encore des obstacles à toute tentative d’amélioration des relations entre Washington et Pékin, en particulier dans la lutte pour le leadership mondial, les déséquilibres commerciaux bilatéraux, le taux de change, la libre navigation dans la mer de Chine méridionale, à Taïwan, à Hong Kong, au Tibet et au Xinjiang.
Mais peut-être que la pression exercée sur Pékin sur ces questions sera exercée de manière plus subtile et diplomatique que ce qui est devenu la norme dans l’administration Trump, à savoir des grandes déclarations guerrières et bruyantes devant la presse,.
Dans ses relations avec la Chine, Biden veut faire ce que Trump n’a pas réussi à faire : réunir une forte coalition anti-Chinoise dans toute l’Asie et à côté. En fait, Trump n’a trouvé que très peu de partenaires dans cette entreprise.
Il est plus probable que la Maison Blanche s’étende et se concentre sur les autres pays hostiles à la Chine ou coordonne ceux qui le sont déjà. En Asie du Sud-Est, ces pays pourraient être le Vietnam et les Philippines ; en Asie du Sud, l’Inde ; en Océanie, l’Australie ; en Asie de l’Est, le Japon et peut-être la Corée du Sud. Pour tous ces pays, cela consistera surtout à se coordonner plus étroitement les uns avec les autres.
Sous Biden, les relations bilatérales entre Washington et New Delhi pourraient s’intensifier, avec un objectif contre la Chine et pas nécessairement contre la Russie. L’ascendance maternelle de la vice-présidente Kamala Harris (originaire du sud de l’Inde) et en plus d’elle de 20 autres personnes d’origine indienne qui travailleront dans l’administration Biden, pourrait influer.
Bien que Trump ait fait des progrès limités avec la Corée du Nord, on s’attend à ce que Biden ne s’appuie pas sur les bases jetées par l’ancien président. Les dirigeants des deux pays ont déjà échangé des paroles l’un contre l’autre, Biden qualifiant Kim Jong-un de « dictateur impitoyable » et de « meurtrier ». Le leader nord-coréen a répondu en traitant le président américain de « chien enragé ».
Mais Kim Jong-Un, lorsqu’il s’est exprimé lors du 8e Congrès du Parti du travail coréen a indiqué que « peu importe qui est au pouvoir aux États-Unis, la vraie nature des États-Unis et leur politique fondamentale envers la Corée du Nord ne changeront jamais ». Kim a également juré d’étendre ses liens avec « les forces anti-impérialistes et indépendantes ». Il a ajouté que « nos activités de politique étrangère devraient être concentrées et réorientées sur la soumission des États-Unis, notre plus grand ennemi et principal obstacle à notre développement ». Il y a donc peu de chances que Washington et Pyongyang se réconcilient sous Biden. Il est même probable que l’administration Biden aggravera les tensions avec la Corée du Nord, poursuivra une campagne de pression contre la Chine mais avec un comportement moins belliqueux, et fera de l’Inde un partenaire stratégique visé contre Pékin.
Paul Antonopoulos, analyste géopolitique indépendant
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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