Le réveil du gallo en Bretagne. Une langue qui s’affiche désormais dans l’espace public

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Le gallo, la langue romane de Haute-Bretagne, connaît depuis quelques années un réveil et un regain d’intérêt en Bretagne. Au-delà du monde du conte où il a été longtemps cantonné, le gallo ose s’afficher désormais aux entrées de bourg et dans l’espace public. Tour d’horizon des initiatives locales et régionales…

Biaocè, Bâzouj, Montaoban, Foujër, Pârcè, Loudia, … le galo peupeule su les paniaos dedepés qheuqes anës (Beaucé, Bazouges-la-Pérouse, Montauban, Fougères, Parcé, Loudéac, … les panneaux en gallo se multiplient depuis quelques années). Quand la municipalité de Parcé/Pârcè a affiché les premiers panneaux d’entrée de bourg en gallo au début des années 2000, ce fut une véritable révolution. Le gallo, cette langue souvent méprisée, reléguée au rang de « patois français » parent pauvre du prestigieux breton celtique osait s’afficher sur des panneaux routiers. Pire encore ! Un maire rural du Pays de Fougères faisait le pari, seul contre tous, de donner une chance à sa langue maternelle. Lézin Gallais (un prénom traditionnel en gallo + un nom prédestiné), l’ancien maire est ainsi entré dans l’histoire bretonne. Il enfoncera le clou quelques années plus tard en permettant la création de la Granjagoul, la maison du patrimoine oral, dans une ancienne maison en terre de la commune. Depuis, cette Granjagoul est devenue une institution dans le pays de Fougères et accueille régulièrement concerts, expositions et animations diverses autour de la langue et de la culture de Haute-Bretagne. Le tout dans une commune de seulement 650 habitants !

Une charte pour le gallo

Depuis cet acte pionnier, la Bretagne a vu une floraison de panneaux en gallo. Panneaux d’entrée de communes, panneaux explicatifs relatifs au patrimoine local, panneaux indicateurs dans les transports en commun ou dernièrement possibilité de commander ses tickets de métro en gallo aux bornes dédiées dans les stations rennaises. Tout cela est parti du lancement de la « Chârte du galo dam yan dam vèr » en 2015 reprise par l’Institut du Galo lors de sa création en 2017. Aujourd’hui ce ne sont pas moins d’une trentaine de communes qui ont adhéré à cette charte à divers niveaux en affichant qui des panneaux en gallo, qui des messages en gallo sur le répondeur de la mairie, qui des vœux bilingues en début d’année, etc… Cette charte s’inspire des précédents basques (Bai Euskarari), occitan (Òc per l’Occitan), alsacien (Ja fer Unseri Sproche) et bien sûr la charte Ya d’ar Brezhoneg pour le breton. Certaines communes telles que Bâzouj/Bazouges-la-Pérouse dans le nord-est de l’Ille-et-Vilaine envisagerait de passer au niveau 3, ce qui impliquerait un minimum de 15 engagements dont le fait de travailler en gallo au sein de la municipalité. Mais il est vrai que la commune de caractère a, depuis longtemps, misé sur le gallo autant au niveau scolaire qu’au niveau de l’équipe municipale. Avec l’assentiment enthousiaste des habitants ! Pour preuve cette réunion publique autour d’un film scolaire qui rassembla, l’année dernière, des centaines de personnes et d’élus.

Un pied dans le monde de l’entreprise

Le Conseil Régional de Bretagne, sous l’impulsion de la conseillère en charge du gallo Kaourintine Hulaud, aura réellement réussi lors de cette mandature à changer le cours des choses pour la langue de Haute-Bretagne en lui donnant un vernis officiel et une impulsion inédite. En ce qui concerne l’affichage et l’utilisation publique et officielle, relevons que les bus BreizhGo circulent désormais avec une phrase en gallo et en breton sur la carosserie, les différents bâtiments de la Région sont petit à petit « galloïcisés » et le récent lycée de Liffré affiche une complète signalétique trilingue breton-gallo-français.

Cette charte a également été signée par une dizaine d’associations et autant d’entreprises. Entreprises agricoles ou culturelles mais pas que puisqu’une boîte de graphisme travaillant à l’international (1er avril), un magasin de vêtements du « Grand Staobin » (Saint-Aubin du Cormier) -Guesdon Vêtements- et le fournisseur de produit laitier Laitik de Trémorel ont également mis leur parafe sur le document. Cette dernière entreprise, véritable réussite industrielle et commerciale, fait vivre une cinquantaine de producteurs et d’ouvriers en Centre-Bretagne et affiche désormais ses publicités en gallo, breton et français ! Preuve que le gallo séduit au-delà de ses bases traditionnelles.

Signalons également les éditos des publications institutionnelles des Conseils départementaux des Côtes d’Armor, de l’Ille-et-Vilaine, sans oublier la communication de la Région et de certaines communes qui se font désormais systématiquement en gallo et en breton. Le plus surprenant est d’ailleurs le journal officiel de l’agglo de Vannes qui propose, dans l’un de ses récents numéros, une traduction en gallo de son édito sur le print alors que le lecteur désirant avoir celle en breton était obligé d’aller sur le site internet dédié. Et cela, sachant… qu’aucune commune de la dite-agglo n’est en Pays Gallo !

Plus anecdotique : Dernièrement Ouest-France aura vu la parution de son premier avis d’obsèque en gallo, à l’occasion du décès de la chanteuse et conteuse de Mézières-sur-Couesnon Eugénie Duval.

La Loire-Atlantique en retrait

Le point négatif de ce tour d’horizon reste la Loire-Atlantique puisque le département n’affiche aucun panneau public en gallo à l’exception de quelques mots sur un panneau explicatif en Brière. Ce retard est préjudiciable dans un département où le gallo est encore largement parlé dans les secteurs ruraux et constitue, avec le breton dans le secteur de Guérande, une grande part de son identité bretonne et populaire.

Pourtant, le pays nantais aura vu la mise en place d’une initiative originale : un atelier gallo au sein de l’Ehpad d’Héric où les résidents partagent leurs souvenirs et alimentent un dictionnaire de gallo en ligne. L’atelier aura d’ailleurs été couronné d’un « priz du galo » en 2018, cérémonie annuelle organisée au sein du Conseil Régional de Bretagne. Cette initiative portée par le fils d’un des résidents est, pour la langue, un témoignage salutaire dans un département où les élus locaux et régionaux sont particulièrement frileux et timorée, « paysdeloirisation des esprits » oblige. Quelques associations du 44 sauvent cependant l’honneur en ayant signé la charte du gallo. La région dite des « pays de la loire » n’ayant aucune identité à opposer à l’identité bretonne de la Loire-Atlantique, le secteur associatif et populaire local résiste encore au « nettoyage par le vide » encouragé par les adversaires de la Bretagne, conseil régional des PdL en tête…

Crédit photo : DR
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3 Commentaires

  1. Le gallo est du franco-patois (ou plutôt une créolisation artificielle du français par création d’idiotisme) qui pour la plupart des zones où il est soi disant employé, ne s’est acquit que récemment…, il a remplacé le breton dans sa partie West à cause du français ethnocide (il n’est qu’à voir le % de locuteurs, qui quasiment nul en 1960, moins de 3%, a augmenté de 6% de locuteurs par rapport au français; ces 20 dernières années). Le gallo, subventionné par la France (sic), est un pis aller de l’acculturation française dont il est le préambule, et il sera bien vite remplacé par le français, par des gens non impliqués qui aiment la facilité…
    Présentée longtemps à tors comme en zone gallo, Nantes était toujours une ville bilingue breton-gallo à la fin du XVème siècle ; le pays nantais possédait même son propre dialecte breton, lisez ce lien :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Arnold_Von_Harff .
    Tapez : Gallo (Wikipédia) et lisez…, on ne connait pas les frontière exactes du gallo pas plus que son historique…, on y met des cartes d’extension du gallo mais :
    Cette carte est fausse…

    • Le gallo est bien une langue romane qui n’est pas passee par le français. Il y a même des mots et des tournures plus proches du latin .le nombre de gallesants est le meme que celui des britophones. Le guerandais n’est pas sur tout le pays nantais , juste le quart nord ouest. Le gallo est une langue de bretagne qui n’est pas subventionnée. Et en tant que britophone et nationaliste , je ne serais jamais le fossoyeur d’une autre langue comme les Jacobins. Ceux qui pensent une seule langue pour un pays sont comme l’état français ou le régime nazi…

  2. Ma famille maternelle est originaire de Saint Ouen des Alleux, Vieux-Vy sur Couesnon , près de Sens de Bretagne, en Ile et vilaine. J’ai toujours entendu parler du « patois » et non pas du gallo. On disait: il ou elle « parle patois ».

    Il semblerait que le patois dérive du français et non pas du breton, un peu comme le roman dérive du latin.

    Erick le Rouge est plutôt dans le vrai.

    Mon père, originaire de Plonéour Lanvern, village au centre du pays Bigouden, et qui a appris le français à l’age de 14 ans, parlait un pur breton appris sur les genoux maternels. Mon grand-pére et ma grand-mère paternels n’ont jamais parlé français et la soeur de mon père parlait français avec un accent breton à couper à la scie circulaire.

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