L’Azerbaïdjan a gagné la guerre au Haut-Karabagh… au prix de sa souveraineté

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Bien que l’Azerbaïdjan ait gagné la guerre contre l’Arménie, les deux pays ont en fait perdu une partie de leur souveraineté.

L’Azerbaïdjan a gagné la guerre et s’est étendue territorialement après avoir capturé ou reçu les districts entourant le Haut-Karabagh proprement dit dont les forces arméniennes s’étaient emparées lors de la première guerre (1988-1994). Le statut du Haut-Karabagh proprement dit reste incertain, mais il est protégé par les forces de maintien de la paix russes et est toujours gouverné par les Arméniens.

Malgré cette expansion territoriale, l’Azerbaïdjan a en fait partiellement perdu sa souveraineté. Pendant la guerre, des rapports ont commencé à apparaître selon lesquels les dirigeants militaires azerbaïdjanais étaient de plus en plus frustrés par le niveau de contrôle que la Turquie exerçait sur leurs forces combattantes. Ces rapports ont rapidement été rejetés et démentis par l’Azerbaïdjan, qui les a considérés comme des tentatives arméniennes de créer des divisions par la désinformation. Mais il ne s’agissait pas que de désinformation et il y a certainement un élément de vérité.

Le succès militaire de l’Azerbaïdjan repose sur deux facteurs clés : l’incompétence politique, militaire et le manque de volonté de l’Arménie, et la contribution de la Turquie avec ses drones, ses forces spéciales, ses renseignements et le transfert de djihadistes syriens.

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan ne s’est jamais vraiment engagé dans l’effort de guerre car les forces arméniennes n’ont jamais été pleinement mobilisées, les puissants missiles Iskander ont rarement été utilisés, l’armée de l’air arménienne a été en grande partie clouée au sol, la diaspora arménienne et les volontaires étrangers ont été rejetés des combats, et les milices arméniennes locales n’ont pas été équipées de suffisamment de munitions, de cartes et d’appareils de communication, ni de commandants – pourtant, il s’agissait soi-disant d’une « guerre pour la survie », comme l’a dit Pashinyan.

Néanmoins, malgré l’incompétence des dirigeants arméniens, le succès rapide de l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh n’aurait pas été possible sans un soutien important de la Turquie. Même si le succès de l’Azerbaïdjan est limité, car il n’a pas atteint son principal objectif de guerre – la prise totale du Haut-Karabagh.

Plus important encore, l’empreinte d’Ankara dans le pays s’est massivement étendue grâce au déploiement de plus de troupes turques en Azerbaïdjan, au contrôle de plus de bases militaires et à la création d’un centre d’observation commun avec la Russie dans la région d’Agdam.

Comme nous l’avons dit, des rapports ont circulé pendant la guerre, indiquant que des divisions dans les cercles militaires et politiques azerbaïdjanais émergeaient entre une faction pro-turque et une autre faction en opposition au rôle dominant de la Turquie dans l’effort de guerre. Ces rapports n’ont fait que s’intensifier ces derniers jours alors que les troupes turques sont maintenant déployées en Azerbaïdjan. Les politiciens et les chefs militaires azerbaïdjanais commencent à s’inquiéter de la forte influence d’Ankara dans le pays, les critiques faisant remarquer que l’Azerbaïdjan est devenu la 82e province de la Turquie. Bien que l’Azerbaïdjan contrôle désormais la plus grande partie du territoire autrefois détenu par les Arméniens, il ne peut pas exercer de contrôle sur celui-ci sans une supervision turque et russe.

En fait, même l’Iran a plus de possibilités d’influencer l’Azerbaïdjan qu’il ne pouvait le faire avant la guerre. La prise par l’Azerbaïdjan des districts au sud du Haut-Karabagh signifie qu’il ne partage ses frontières extérieures qu’avec l’Arménie et l’Iran. En effet, l’Iran a de grandes chances d’être l’un des principaux investisseurs étrangers dans la région car l’Arménie et l’Azerbaïdjan n’ont pas normalisé leurs relations. Le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, s’est rendu dans l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, région coincée entre l’Arménie, la Turquie et l’Iran, afin de stimuler la coopération régionale grâce à de nouvelles voies de chemin de fer et de transport.

Il sera inévitable que l’Iran tente de gagner de l’influence par le biais du panchiisme, mais cela pourrait s’avérer difficile à mettre en place car le pan-turcisme est devenu l’idéologie dominante de l’Azerbaïdjan en raison des manœuvres de soft power de la Turquie.

La Russie utilisera son influence par le biais de ses soldats de la paix dans la région, et également le soft power par le biais d’échanges économiques.

Bien que le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev se réjouisse de la victoire tant attendue de son pays après que son père Heydar Aliyev ait signé un cessez-le-feu humiliant en mai 1994 concluant la première guerre du Haut-Karabagh, la conséquence directe est que la Turquie domine l’armée azerbaïdjanaise et exerce une grande influence politique sur Bakou. De plus, la gouvernance azerbaïdjanaise est limitée dans les territoires qu’elle contrôle en raison de l’œil vigilant de la Russie par le déploiement de soldats de la paix. Enfin, nous pouvons constater une influence iranienne beaucoup plus forte, car elle vise à pénétrer la région par des moyens économiques et religieux.

Les drapeaux azerbaïdjanais flottent peut-être au-dessus des territoires capturés, mais cela s’est certainement fait au prix d’une souveraineté réduite – militairement, économiquement, politiquement, et peut-être même religieusement et culturellement.

Paul Antonopoulos, analyste géopolitique indépendant (reproduction et traduction Breizh-info avec l’accord d’InfoBrics)

Crédit photo : DR
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