Incendie chez OVH. Abdelkrim Talhaoui : « Aujourd’hui, les entreprises se trouvent face à un dilemme, celui de choisir la meilleure solution pour sécuriser leurs données » [Interview]

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Un gros incendie a touché le centre de données strasbourgeois d’OVH dans la nuit du mardi 9 au mercredi 10 mars 2021.

L’incendie n’a fait aucune victime, mais les dégâts matériels sont considérables, avec un bâtiment entièrement détruit, un autre partiellement endommagé et l’ensemble du site éteint et déconnecté encore aujourd’hui. 3,6 millions de sites ont été inaccessibles suite à l’incendie. Il a fallu attendre le lundi 15 mars pour qu’une partie de ces derniers soient remis en ligne. Plusieurs clients de l’hébergeur ont indiqué avoir perdu la totalité de leurs données.

OVH a partagé un tableau récapitulatif pour indiquer quels services et quelles sauvegardes dans son data center à Strasbourg, touché par incendie, sont récupérables. Tout ne sera pas sauvé.Ce lundi 15 mars, l’alimentation électrique des sections 1 et 4 du data center a été rétablie, selon un point de situation publié un jour plus tôt. Concernant la section 3 du data center, ce week-end a également eu lieu des tests de haute tension.

Le feu, qui s’est déclenché dans la nuit du 10 au 11 mars, a détruit intégralement le secteur 2 du centre de données. Les portions 3 et 4 ont été préservées, tandis que le secteur 1 a été partiellement touché. Lors de l’intervention des pompiers, il avait été nécessaire de couper le courant. La relance des serveurs et des services est, selon les cas, prévue d’ici le 22 mars, ou à partir du 22 mars.

OVH a mis en ligne le 14 mars dans la soirée une page récapitulant la situation des services et des sauvegardes à Strasbourg, là où se trouve le data center. Cette page indique, solution par solution (Web Cloud, Bare Metal, Hosted Private Cloud et Public Cloud), le type de service, dans quel centre de données et salle il se trouve, son statut et s’il existe ou non une sauvegarde.

Pour évoquer cette problématique majeure – la perte de données dans ce type de circonstances, et les conséquences que cela peut avoir sur les entreprises, nous avons interrogé Abdelkrim Talhaoui  dirigeant d’Octopeek, spécialiste de l’Intelligence artificielle et du Big Data.

Breizh-info.com : Quelles seront les conséquences d’un tel incident ? Notamment sur le plan économique ?

Abdelkrim Talhaoui : Les conséquences sont multiples : la première est évidemment financière, les coûts engendrés par la perte de données peuvent être colossaux. Elles impactent directement le CA d’une entreprise, par exemple dans le cas d’un site e-commerce qui devient indisponible, mais aussi dans le cas d’une banque, où les transactions ne seraient plus transmises et deviendraient obsolètes. 

Mais il n’y a pas que la perte immédiate des données, il faut aussi prendre en compte toutes les ressources qui seront consacrées à récupérer la donnée, à reconstruire, à renforcer ses protections.

Les conséquences portent aussi sur la réputation-même de l’entreprise, dont la vulnérabilité est rendue publique.

Le lien de dépendance à un site de stockage comme ceux d’OVH est donc très fort, surtout pour une entreprise dont l’activité se fait en ligne. C’est d’autant plus vrai dans le contexte actuel de la COVID-19.

Breizh-info.com : Sauvegardes multiples, privilégier différents datacentres … Quelles sont les stratégies des entreprises pour ne pas se trouver en difficulté dans le cas d’une telle panne ?

Abdelkrim Talhaoui : Aujourd’hui, les entreprises se trouvent face à un dilemme, celui de choisir la meilleure solution pour sécuriser leurs données. Ainsi de plus en plus d’entreprises ont besoin d’être accompagnées par des spécialistes du digital pour faire les meilleurs choix parmi toutes les possibilités qui s’offrent à elles : sauvegarde multi-site, réplication de données, transactions mémorielles, etc …

L’impératif est d’identifier les données vitales, les plus importantes pour l’entreprise et de mettre en place une stratégie pour les reconstruire dans le scénario d’une éventuelle cyberattaque. Cette faculté d’anticipation des cyber risques est déjà une réalité pour les grandes organisations, moins pour les PME et les entreprises qui démarrent leur digitalisation.

Breizh-info.com : De plain-pied dans « l’ère de la data », comment les entreprises tirent-elles profit de « l’or gris » ? Comment assurer la pérennité de l’entreprise au regard de la gestion de la donnée ?

Abdelkrim Talhaoui : Il faut savoir que TOUT laisse des traces sur les réseaux informatiques, et tout y est bien enregistré. On a donc une relation et une dépendance de plus en plus fortes avec la donnée. Pour assurer la pérennité de l’entreprise tout en prenant en compte la data, il faut réussir à la collecter et la faire parler à bon escient, c’est-à-dire identifier les données les plus importantes pour le fonctionnement de l’entreprise et les faire correspondre à des enjeux métiers.

Aujourd’hui, le RGPD régule l’utilisation des données et cela concerne toutes les entreprises. Les sources de données sont diffuses, multiples et ne s’arrêtent jamais de produire, il faut donc penser un système d’informations capable d’apporter de la valeur, d’extraire la connaissance la plus utile à son activité et tout cela dans le respect du cadre légal. Les entreprises vont pouvoir tirer parti de cet or gris à partir du moment où elles savent collecter, extraire et enrichir la donnée puis la convertir en un service suffisamment différenciant à proposer à leurs clients. Elle devient une véritable plus value à protéger. 

A l’instar des GAFA et NATU (Netflix, AirBnB, Tesla et Uber), c’est en optant dès le démarrage de son activité pour une stratégie orientée vers la donnée que l’on peut gagner un fort avantage concurrentiel. 

Breizh-info.com : Digitalisation des bâtiments et Internet des Objets : comment les entreprises gèrent-elles ce surplus de data généré par le smart building, le bâtiment intelligent ? Une telle panne pourrait-elle compromettre le fonctionnement de tout un immeuble ?

Abdelkrim Talhaoui : La data est en phase de devenir le nouveau carburant de notre civilisation. De la même manière qu’une panne électrique met à l’arrêt tout le monde, notre société est devenue très dépendante des données. C’est grâce à elle que fonctionnent de nombreuses applications métiers en entreprise mais aussi d’autres pans de notre société tels que l’éducation ou encore les loisirs. 

Dans le cas d’un bâtiment, il va donc falloir penser sécurisation, redondance, continuité de la production des données. Les points d’accès à la donnée étant multiples, il faut donc mettre en place un « data catalogue » pour identifier toutes les données produites et en avoir une vision transverse, cela évite notamment de générer du surplus. L’importance d’adopter une stratégie de gouvernance de la donnée permet de mieux maitriser le cycle de vie du stockage de la data, de limiter sa dépendance à cette dernière et, in fine, de développer une culture « smart green » ou « green IT », pour rendre la production de données moins énergivore.  

Breizh-info.com : Pourquoi les entreprises et institutions publiques françaises sont-elles aussi vulnérables en matière de Cybersécurité ?

Abdelkrim Talhaoui : A partir du moment où, dans une organisation, nous ne sommes pas à l’origine de tous les outils informatiques et logiciels utilisés au quotidien, nous développons une dépendance à des acteurs extérieurs. 

Or l’accélération de la digitalisation que nous connaissons actuellement fait que nous multiplions ces points de dépendance (IoT, solutions dans le cloud, connexion vers des réseaux publics, etc …) et donc les faiblesses.

L’autre point, c’est que ces technologies accélèrent l’émergence de nouveaux métiers, et avec eux, l’arrivée de nouveaux risques. Tout est encore très inédit et l’on manque encore de recul. Nous avons encore besoin de temps pour acquérir de nouvelles compétences et identifier les bonnes pratiques à mettre en place en matière de cybersécurité. 

Le cyber risque est aussi un sujet à intégrer « culturellement » parlant dans les entreprises. Aujourd’hui, tout le monde paie une assurance pour sa maison ou sa voiture, car on a bien intégré cette nécessité même si le risque est minime. Il faut que cela devienne pareil pour la sécurité des systèmes informatiques. Les entreprises doivent miser plus sur leur protection. C’est un centre de coût mais il est primordial pour la survie de l’entreprise. 

Breizh-info.com :  L’ère de la data va-t’elle encourager la hausse des cybercriminalités ?

Abdelkrim Talhaoui : L’accroissement des usages des technologies va nécessairement accroitre notre dépendance à ces derniers dans un monde hyperconnecté et encore plus dans la crise de la COVID. Dans la lutte contre la cybercriminalité, les états se dotent d’organismes spéciaux. En France, par exemple, nous avons l’Anssi. 

Il y a également toute une culture de l’attention aux échanges de données à intégrer. 

La cybercriminalité, au même titre que tous les autres crimes frauduleux, repose sur l’exploitation de toutes les failles d’un système. Mais l’ère de la data donne la possibilité aux entreprises de lutter contre ces menaces, en appréhendant des technologies comme l’Intelligence Artificielle qui analyse les données et identifie les comportements frauduleux, criminels et aide à la prévention des actes délictueux. 

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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