FC Nantes : les anti-Kita ne désarment pas, mais pas (encore ?) de projet alternatif

Des bâches « Kita Out » et « Kita Casse-Toi » un peu partout dans la ville, à la cathédrale ou à Talensac, un rassemblement de 200 supporteurs à la Beaujoire… et pas de projet ou d’investisseur. Alors que le FC Nantes, malgré un arbitrage toujours très défavorable, sauve les meubles face à Lorient (1-1) sans avoir démérité, les anti-Kita viennent de vivre un dimanche normal de plus.

Le même jour nos confrères d’Ouest-France sortaient un dossier sur la « reprise » du FC Nantes où malgré des titres fracassants, la réalité est bien moins rose pour les anti-Kita : malgré l’agacement de quelques sponsors qui ont mal vécu cette (énième) saison chahutée et l’épisode Domenech, en réalité, les porteurs de l’alternative à Kita n’ont trouvé aucun gros investisseur et n’ont pour l’instant pas assez d’argent, même pour espérer racheter le FCN au rabais – ce qui est d’autant plus curieux qu’ils n’ont que le « respect de l’institution » à la bouche.

L’on peut bien faire intervenir Nicolas Hourcade, « sociologue spécialiste des supporters » et professeur agrégé à l’Ecole centrale de Lyon, pour affirmer que le mouvement des supporteurs nantais anti-Kita est « un mouvement social hyper-construit » avec « toutes les techniques d’un mouvement social : des actions en tribune, des manifestations de rue, un travail de lobbying et d’informations auprès des acteurs publics, des banderoles en ville, un show humoristique », le trotskisme appliqué au foot ne semble guère être efficace.

Cela dit le mouvement est très visible car il dispose d’appuis politiques et institutionnels – qui se limitent là encore à des déclarations de bonne intention. Malgré les proximités entre une partie des anti-Kita et la municipalité de gauche à Nantes, la Ville est bien loin de pouvoir investir dans un club tel que le FC Nantes. Mais les anti-Kita prospèrent sur le fait, bien réel, que Kita – venu d’ailleurs, riche et qui n’a pas l’intention de se faire dicter ce qu’il doit faire de son argent – n’a jamais été accepté par le microcosme social et politique local – et ce bien qu’il ne semble pas y avoir, ici, d’investisseur capable de le remplacer.

D’ailleurs, fait cocasse, les anti-Kita cherchent maintenant un « fonds d’investissement étranger » capable d’amener « 2 à 300 millions pour racheter les dettes, apurer les dettes et investir sur deux à trois ans » afin de remplacer l’actuel président. Ils pourraient s’adresser aux Saoudiens ou aux Émiratis qui viennent de racheter respectivement les clubs de Châteauroux ou de Troyes ?

« On ne voit que les anti-Kita alors que ce sont des branquignoles »

Cependant l’activisme des anti-Kita agace quelque peu des supporters qui se sentent oubliés… et qui s’estiment majoritaires. « On ne voit qu’eux alors qu’ils passent leur temps à cracher sur le club et le président », relève un agent immobilier, dans le centre-ville. « Oui il y a certainement des erreurs – mais qui n’en fait pas, des caractères difficiles et des saisons chahutées, mais ce n’est pas en expliquant partout que le FCN est fragile et qu’il est à vendre – ce qui est faux – qu’on va protéger l’institution, comme ils disent, et donner confiance aux joueurs ».

« On ne voit que les anti-Kita alors que ce sont des branquignoles », coupe un patron de restaurant, actuellement au chômage forcé. « S’ils n’avaient pas l’appui des incompétents qui dirigent la ville – et qui feraient mieux de s’occuper du Voyage à Nantes et de la Folle Journée, vu ce qu’on peut lire dans les journaux [allusion à l’affaire Joëlle Kerivin, démissionnée pour fautes de gestion de la Folle Journée, et aux perquisitions de la police au VAN] et des journaux justement qui trouvent du papier à vendre en faisant mousser toutes ces conneries, on n’en entendrait pas parler. Qui sont-ils ? 200 à 300 types, quelques élus qui se prennent pour les boss alors que ce sont des sous-fifres et deux patrons de PME ? Le FC Nantes, c’est 75 millions d’euros de budget, ce n’est pas du tout la même échelle ! ». Péremptoire, mais vrai.

« Si les supporters qui passent leur temps à planter des bâches ne sont pas contents, qu’ils se tirent. On peut franchement se passer d’eux et des tombereaux de haine qu’ils déversent sur le club ainsi que ses salariés [qui en décembre dernier s’étaient inquiétés du « climat de haine » qui règnait sur les réseaux sociaux autour du club] Ce n’est pas comme ça qu’on donnera envie aux joueurs de se défoncer pour le maintien ni au club de faire mieux l’an prochain. On a bien compris qu’ils n’ont pas de sous, et qu’ils comptent avoir Kita à l’usure, ou en faisant appel à leurs relais institutionnels », se confie une commerçante du centre-ville.

Si nos confrères glosent à l’envie sur la « coupure » entre Kita et ceux des supporteurs qui réclament à cors et à cris son départ – quitte à confier le club à un « fonds d’investissement étranger » pour obtenir une direction plus proche et plus locale, curieuse déclinaison nantaise du « en même temps » version écolo-pastèque (rouge dedans), il semble aussi y avoir un fossé, sinon un abîme, entre des supporters qui reprochent certes des erreurs à Kita mais qui n’en font pas tout un plat, et surtout qui déplorent un mouvement « Kita-Out » qui semble autant dirigé contre le club que contre Kita.

Louis Moulin

Crédit photo : Breizh-info.com
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