Le Morlaisien Maxime Weygand, un résistant plus efficace que De Gaulle ?

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C’est à Morlaix qu’est enterré le Général Weygand, le plus grand loser de toute l’histoire militaire française.

C’est du moins l’avis du Général de Gaulle qui, dans ses « Mémoires de Guerre » (1954), accable celui qui était généralissime des forces alliées pendant la Bataille de France de mai-juin 1940.

De Gaulle remet en cause l’âge de Weygand (73 ans), son caractère (celui d’un « brillant second » « frappé de stupeur » par la guerre éclair), ses principes militaires démodés (« il n’avait jamais envisagé les possibilités réelles de la force mécanique »), sa stratégie limitée au « cadre étroit de la métropole », sa fuite devant ses responsabilités, qui le pousse à appuyer la demande d’armistice du Maréchal Pétain, enfin sa participation à la mise en place du régime de Vichy, qui « sans foi et sans vigueur, opta pour le pire abandon ».

Or les connaissances sur l’action militaire de ce Breton méconnu ont été renouvelées par la recherche contemporaine, tant anglo-saxonne (Anthony Clayton, General Maxime Weygand, 1867-1965 : Fortune and Misfortune, 2015) que française (Max Schiavon, Weygand l’intransigeant, 2018). Max Schiavon a notamment eu accès à des caisses d’archives inédites conservées par la famille.

Un « mineur étranger isolé » devenu Généralissime

Les origines de Weygand ne sont pas bretonnes et restent à ce jour mystérieuses.

Déclaré à Bruxelles en 1867 comme né de parents inconnus, il n’a d’abord pour état-civil qu’un prénom. Jeune enfant, il est placé en France dans des familles d’accueil avec lesquelles il ne noue pas de relations affectives, vivant le plus souvent en pension dans des établissements scolaires.

L’été, le jeune Maxime part en solitaire sur la Côte de Granit Rose, faisant de longues randonnées dans les landes. L’ado livré à lui-même est pris d’affection par un vieux garde-côte qui l’emmène sur son bateau. Qui paye l’hôtel de Perros-Guirec ? Schiavon établit qu’il s’agit de Léopold II, le roi des Belges.

Le brillant élève rêve de venir officier de l’armée française. C’est alors que ses protecteurs secrets imaginent une fraude à la nationalité : moyennant pot de vin, un homme de paille du nom de Weygand fait une reconnaissance de paternité fictive, qui lui ouvre en grand les portes de Saint-Cyr.

Ce sera le dernier coup de pouce de ses anges gardiens. Weygand ne découvrira jamais ses vraies origines, probablement un adultère à la cour royale de Belgique. Sa mère supposée, encore vivante vers 1920, ne cherchera pas à renouer contact. Bien que d’origine princière, Weygand fera son chemin sur ses seules forces.

Il vit la Première Guerre Mondiale aux premières loges, comme adjoint direct du Maréchal Foch, le chef du Groupement des Armées Nord. Il contribue ainsi à l’organisation des offensives de l’Artois et de la Somme, très coûteuses et sans résultats appréciables. En mars 1918, après une période de disgrâce, Foch devient le chef suprême des armées alliées et Weygand l’assiste dans la contre-offensive victorieuse qui contraint l’Allemagne à demander l’armistice.

Après la guerre, Weygand commence à faire ses preuves en solo. Quand l’Armée Rouge attaque Varsovie en 1920, c’est lui que la France envoie comme conseiller auprès de l’état-major polonais. Il est ensuite chargé de pacifier la Syrie et le Liban : cet administrateur à poigne relance l’économie chancelante de ces territoires sous mandat français (1923-1924).

En 1930, il devient de chef de l’armée française et reste au sommet jusqu’en 1935. Confronté au réarmement allemand, il décide sans état d’âme la mise au rencard des chevaux, processus qui aurait dû arriver à son terme en …1945. Il appelle à ses côtés le polytechnicien Paul Bloch-Dassault, frère du célèbre avionneur, pour accélérer la modernisation du matériel : chars, avions, fusils-mitrailleurs, communications radio…

En 1939, c’est Gamelin qui est désigné comme généralissime. Lui-même est envoyé sur un théâtre secondaire, la Méditerranée orientale. Là, voulant rompre avec la Drôle de Guerre, il pousse à l’action immédiate contre l’Allemagne, en proposant un débarquement dans les Balkans. Il étudie aussi le bombardement des installations pétrolières du Caucase soviétique, qui, avec celles de la Roumanie, alimentent la machine de guerre hitlérienne (même idée dans le Mémorandum de De Gaulle de 1940).

Weygand est alors le militaire d’état-major le plus expérimenté au monde, et reconnu comme tel par les médias et les dirigeants de tous pays. Contrairement à ce que prétend De Gaulle, ce n’est pas un « fragile » : ce sportif accompli, adepte quotidien de l’équitation, du tennis ou du ping-pong, a une santé de fer et un mental à toute épreuve.

Si Paul Reynaud, le chef du gouvernement d’union nationale, fait appel à lui 9 jours après le début de l’offensive allemande, c’est qu’il en attend un miracle, comme celui de la Marne en 1914.

Max Schiavon présente son livre Weygand l’Intransigeant (à 17min)

De Gaulle / Weygand : de l’estime à la haine fratricide

On le voit, ce résumé de la première partie du livre de Max Schiavon montre qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre les jugements expéditifs de Charles de Gaulle en 1954. Foch, Pétain, Weygand, De Gaulle : autant de géants de la période 1914-1940, qui écrivent l’histoire militaire de l’Europe, puis la réécrivent en fonction de leur rivalité. Dans ce milieu saturé de testostérone, les arguments volent parfois bas, comme dans les duels entre rappeurs.

En 1920, dans son article la Bataille de la Vistule, De Gaulle vante « l’imagination précise et vigoureuse d’un Weygand ». Il raconte en témoin direct la campagne de Pologne contre l’Armée Rouge. Il attribue la victoire (un peu) à la vaillance désordonnée du bidasse polonais et (beaucoup) au professionnalisme de l’encadrement français (dont il fait partie…). Une thèse qui fait hausser les épaules des historiens polonais, mais que les documents inédits révélés par Max Schiavon accréditent au contraire : ils montrent que Weygand a dirigé l’état-major au jour le jour.

En 1932, De Gaulle présente sa candidature à un poste dans l’état-major de Weygand. De Lattre de Tassigny lui est préféré.

En 1934, il adresse un exemplaire dédicacé de son livre « Vers l’Armée de métier » à celui qui est encore le chef de l’armée française. Alors que le théoricien des chars attend un appui décisif, il n’en reçoit qu’un encouragement poli.

De Gaulle a donc eu des opinions changeantes, et pas seulement sur le compte de Weygand. Le 11 novembre 1940, à Londres, il place la France Libre sous le patronage du Maréchal Foch, de son panache et de son moral de vainqueur.

Mais en 1938, dans son livre La France et son armée, tout autre était son discours. Il y critique « l’élite militaire [de la Belle Époque] qui n’accepte plus, dans les opérations, d’autre loi que l’offensive » et valorise l’élément moral au détriment du matériel. L’aviation ? « ‘Tout ça, c’est du sport !’, s’écrie le Commandant de l’Ecole supérieure de Guerre. ‘Pour l’armée, l’avion, c’est zéro’ ». Or ce commandant, c’est Foch, le théoricien officiel de l’armée de 14.

Le chef militaire le plus longuement cité dans La France et son armée, et presque sans réserve, c’est Pétain, à qui est attribué le rôle central dans la première Guerre Mondiale. Il se trouve seulement éclipsé dans la dernière ligne droite par Foch : « Foch se présente. La fortune (= la chance) lui offre un jeu garni d’atouts. On voit mal ce qu’eussent donné ses plans et ses élans, sans l’instrument agencé par Pétain (…) »

Avec cette offensive d’un type nouveau, multipliant les coups de boutoir combinés et utilisant chars et avions, Foch termine la guerre avec un an d’avance. Il devient une vedette internationale, et son état-major (y compris Weygand) ne cache pas sa condescendance pour la tortue Pétain. Ce qui suscite la rancœur de ce dernier et de toute sa « maison », à laquelle De Gaulle appartient au début des années 20.

Au final, si l’on met de côté les égos et les clans, Weygand est malgré tout ce qu’il y a de plus proche du futur chef de la France Libre dans l’armée de 40. Sans être aussi visionnaire que son cadet et que les Allemands, Weygand entrevoyait lui aussi la création de « grandes unités de réserve stratégiques motorisées » (Rapport de 1935).

S’il avait été nommé plus tôt en remplacement de Gamelin, la guerre aurait probablement eu une tournure différente : comme le montre Max Schiavon, Weygand revendique « l’esprit cavalier, c’est-à-dire l’esprit d’entreprise ». Il croit à la guerre de mouvement, à l’audace et à la surprise. En arrivant aux commandes le 19 mai 1940, Weygand constate que Gamelin n’a prévu aucune réserve en arrière du front : pas moyen de manoeuvrer et de contrattaquer. Une faute capitale qu’il n’aurait pas commise.

Weygand 1940 : éviter une défaite pire encore

Autre source de stupéfaction pour le nouveau chef : saisies du vertige de la défaite, les armées alliées sont en train de se disloquer. Au quartier général, Weygand croise des fantômes qui font leur travail d’état-major comme des robots ; dans les PC de campagne, les officiers français pleurent à chaudes larmes devant les agents de liaison anglais médusés ; tout en bas, des bandes de soldats paniquent et rompent le rang.

Pourtant le nouveau généralissime ne se laisse pas abattre. Il montre partout l’exemple de la détermination.

Dans un premier temps (19 mai-27 mai), il confirme les ordres de Gamelin, qui lui semblent appropriés, et file sur le terrain. Les Panzers ont déjà atteint la Manche, piégeant dans le nord de la France le gros des forces anglo-belgo-françaises. Exactement comme son mentor Foch en 1918, Weygand veut un contact en tête à tête pour dynamiser Belges et Britanniques et les faire participer à une offensive vers le sud, sur les arrières des Panzers. En vain : après avoir tenu le plus longtemps possible sur la Lys, les premiers finissent par capituler, tandis que les seconds fuient en désordre vers leur île, sans se concerter avec le chef des armées alliées.

Dans un deuxième temps (28 mai-11 juin), Weygand monte une ligne de défense sur la Somme et l’Aisne, qui ne peut être continue faute de troupes suffisantes. Il expérimente alors la défense en hérisson, une tactique anti-blindés : autour des points de communication, sur une certaine profondeur, des troupes mènent une défense active en contrattaquant dans toutes les directions. Weygand tire des enseignements auprès des chefs des groupements blindés, dont le colonel De Gaulle qu’il reçoit au GQG et qu’il promeut général. Il ordonne la mise sur pied de trois nouvelles divisions de chars – forces d’attaque qui devaient être opérationnelles le 15 juin. Or le 10 juin, après 5 jours d’assaut, les Allemands percent la ligne Weygand de toutes parts.

Dans un troisième temps (12 juin-22 juin), Weygand ordonne la retraite générale vers le sud, en déclarant les villes ouvertes à l’envahisseur, pour éviter leur destruction.

Au total, s’il n’y a pas eu de renversement de situation, il y a bien eu à partir du 19 mai un sursaut Weygand. Par son prestige et son style de commandement, le plus illustre des Morlaisiens a évité l’effondrement total de l’armée française. Celle-ci combat utilement jusqu’au bout à Dunkerque et dans les Alpes ; elle inflige des pertes non négligeables à la Wehrmacht ; en se repliant vers le sud, elle évite la capture de 1 500 000 hommes.

Le prince des vichysto-résistants (1940-1941)

Le 12 juin, devant le gouvernement, Weygand se prononce pour une demande d’armistice, bientôt soutenu par Pétain et en opposition à Reynaud, à De Gaulle (devenu ministre) et à la majorité des présents, favorables à la lutte à outrance et au départ vers l’Afrique du Nord. Mais cette ligne dure est défendue mollement : plutôt que de révoquer Weygand, Reynaud finit par démissionner ! Seul De Gaulle part en Angleterre. L’armistice est donc signé le 22 juin 1940.

Comme celui de De Gaulle, le raisonnement de Weygand est géostratégique mais aboutit à des conclusions diamétralement inverses : les Anglais et les Américains ne sont pas en état d’intervenir en Europe avant plusieurs années. En attendant, il faut « voir venir » : profiter des marges de manoeuvre laissées par une demi-paix avec Hitler pour préparer l’armée française à reprendre la guerre aux côtés des Anglo-Américains, dès que l’occasion se présentera.

En 40-41, Weygand est ainsi le plus en vue des vichysto-résistants, parmi lesquels on peut compter le colonel de la Rocque (ancien membre de l’état-major Foch, puis président du plus puissant parti de droite de l’entre-deux-guerres) ou encore François Mitterrand (ancien militant de l’organisation de jeunesse de La Rocque et en contact à Vichy des pro-Weygand).

En pleine déroute, Weygand prépare l’avenir en transférant aux Anglais les stocks français d’eau lourde, ingrédient nécessaire à la bombe atomique. Il poursuit son action au sein du régime de Vichy, en tant que ministre de la défense (juin-septembre 1940). Il lui revient de sélectionner les cadres de la mini-armée d’armistice et leur insuffle l’esprit de revanche. Il fait camoufler des stocks d’arme et ordonne au service de renseignement militaire de transmettre aux Anglais l’ordre de bataille allemand. Le bouillant ministre évoque un temps l’idée d’une réforme radicale de l’Education nationale : des officiers démobilisés viendraient remplacer les professeurs les plus antimilitaristes, de quoi agrandir l’armée de l’ombre au nez et à la barbe des Allemands !

Pour desserrer l’étau économique des occupants, Pétain cherche à faire évoluer l’armistice vers la collaboration. Or cette politique de rapprochement, qui se concrétisera par la rencontre de Montoire en octobre, est gênée par la présence de Weygand. D’ailleurs ce faux calme, à classer dans la catégorie soupe au lait, a failli mettre son poing dans la figure de Laval en plein conseil des ministres ! Il est donc démissionné, mais pas vraiment rétrogradé : nommé chef politico-militaire de l’Afrique du Nord française, il prend la direction du territoire le plus stratégique de Vichy (septembre 1940-novembre 1941).

Scène de la Marseillaise, dans le film Casablanca (1942) : ce classique d’Hollywood décrit l’Afrique du Nord française dirigée par Weygand, avec toutes ses ambiguïtés.

Novembre 1942 : Weygand passe à côté de son destin

Côté pile, il doit y mettre en échec la « dissidence gaulliste ». Côté face, il doit entretenir de bons rapports avec les Américains, qui ont encore des liens diplomatiques avec Vichy. Même activité secrète qu’en métropole : échange de renseignement avec les Anglais, triche sur les effectifs de l’Armée d’Afrique, réarmement clandestin, mise en échec des inspections allemandes et italiennes. Comme en métropole, les garçons de 18 ans sont « invités » dans les Chantiers de Jeunesse, des camps scouts qui dissimulent une conscription. Parmi eux, un certain François De Gaulle, alors présent en Afrique du Nord, qui n’a pas entendu l’Appel de son oncle, mais a répondu à celui de Weygand !

Le sens de la politique de Weygand selon Schiavon : si les Anglais tentent de grignoter l’empire français, ils seront repoussés. S’ils viennent en force avec les Américains, ils seront secondés pour battre Hitler. Pas vraiment dupe, ce dernier obtient de Pétain le rappel de Weygand en métropole. Le général morlaisien est alors placé en résidence surveillée en Provence, sous la garde discrète de la police de Vichy et de la Gestapo (novembre 41-novembre 42).

Novembre 1942 : les Anglo-Américains débarquent en Afrique du Nord, mais pas en Europe, car ils sont très loin de pouvoir tenir le choc face à l’armée allemande – en juin 44, ils ne seront pas encore tout-à-fait au point. Weygand fonce à Vichy pour pousser Pétain à agir, mais ce dernier ne veut pas toujours pas abandonner la métropole. Le 22 novembre, Weygand est arrêté par un commando SS et envoyé en captivité en Allemagne, où il restera jusqu’à la fin de la guerre.

Durant les mois qui ont précédé, Weygand a été contacté en personne par les Américains, pour reprendre le jour venu la tête des armées françaises d’Afrique. Mais il a décliné l’offre, manquant ainsi un destin de libérateur national. De Gaulle semble donc avoir visé juste avec son syndrome du « brillant second » : fils de France à titre seulement adoptif, Weygand s’est senti peut-être illégitime pour jouer les premiers rôles.

Au final, c’est toute la mouvance vichysto-résistante qui est effacée de l’histoire : en 1945, Weygand sort de la captivité allemande pour rejoindre les geôles de la coalition gaullo-communiste au pouvoir ! Il sera néanmoins totalement blanchi, le procès tournant à la confusion des accusateurs.

L’Armistice du 22 Juin : un pacte germano-soviétique à l’envers ?

Le bilan militaire de Weygand n’est en effet pas nul. En métropole, « son » armée d’Armistice va fournir les cadres les plus compétents et les moins politisés des maquis de 1944 (plusieurs milliers d’officiers, passés par l’ORA, l’Organisation de Résistance de l’Armée). L’Armée d’Afrique, en grande partie sa création, constituée pour moitié d’indigènes et pour moitié de Pieds Noirs, va être le fer de lance des campagnes d’Italie. Ses 227 000 recrues, à qui s’ajoutent 100 000 jeunes rapidement mobilisables, sont à comparer aux 73 000 combattants de la France Libre à son apogée. Les vichysto-résistants, à l’ombre de l’Armistice, ont pu agir à une échelle plus vaste que les exilés gaullistes. De façon ironique, De Gaulle récupère en 1943 « l’instrument agencé par Weygand », refaisant le coup de Foch en 1918.

L’Armistice du 22 Juin 1940 a plus généralement constitué un des tournants stratégiques de la guerre mondiale 1914-1945. Il a dissuadé Hitler de faire porter son effort prioritaire sur la Méditerranée, centre névralgique de l’Empire britannique et porte d’entrée en Europe pour les USA. Il a conforté le Führer dans ce qui était sa priorité, annoncée dans Mein Kampf : la Russie. Les richesses agricoles et industrielles de la France remplaçant celles que lui fournissait le pacte germano-soviétique, il pouvait attaquer son compère Staline. A partir de 1941, l’Armée Rouge, tout en subissant 70 % de l’effort allemand, inverse les plateaux de la balance militaire. Chapeau Weygand !

Lieux de mémoire Général Weygand et Maréchal Foch à Morlaix et environs

  • Manoir Coat Amour, résidence du Général Weygand

Au coeur d’un parc en bordure de la Route de Paris, le manoir du « Bois d’Amour » est situé sur une colline encore boisée surplombant le centre historique de Morlaix. Il ne se visite pas, mais ses dépendances ont été transformées en gîte.

En 1900, le jeune capitaine sans fortune épouse Renée de Forsanz, issue de la petite noblesse et possessionnée dans le pays de Morlaix (en réalité quelques carrés de choux-fleurs mis en fermage). C’est en 1920 que le couple acquiert ce manoir entièrement à rénover pour y venir le week-end et durant les permissions d’été. Weygand a ainsi 53 ans quand il devient propriétaire pour la première fois. La prospérité vient vraiment au couple après 1935, quand Weygand, 68 ans, « pantoufle » à la Compagnie du Canal de Suez (17 000 euros par mois). De quoi finir de retaper cette belle demeure idéalement située.

  • Manoir de Traon Feunteuniou, résidence du Maréchal Foch, à Ploujean

Originaire de Gascogne, mais marié avec une Bretonne, Foch achète en 1885 le manoir du « Val des Fontaines », qui se trouve à 5 km du centre de Morlaix.

Selon leur disponibilité, les 8 sœurs franciscaines qui occupent aujourd’hui le domaine permettent la visite du bureau de Foch, inchangé depuis 1929. La chapelle abrite une ancienne et étonnante statue de l’Enfant Jésus s’agrippant au cou de la Vierge Marie. Selon la sœur historienne, son souvenir a accompagné le Maréchal dans les pires heures de la guerre, comme en témoigne cette citation de Foch : « Maintes fois je me suis vu pris. Alors je m’accrochais à Elle, comme un enfant de deux ans s’accroche à sa mère. Je lui demandais l’inspiration. Elle nous a toujours sauvés. » Telle était en mars 1918 l’arme secrète du chef des armées alliées

  • Monument aux morts du Ploujean, où figurent les noms de Germain Foch, seul garçon du Maréchal, et de Paul Bécourt, son gendre, tués tous deux au front le 22 août 1914. Le fils de ce dernier, Paul Bécourt-Foch figure sur la face gauche du monument : ayant refusé l’Armistice de 1940, il rejoint De Gaulle et tombe en 1944 en Algérie.

Les relations entre Weygand et Foch, qui se fréquentaient en voisins, ont été plus que professionnelles. Foch semble avoir joué le rôle de père que Weygand n’a pas connu et lui a un peu remplacé le fils perdu.

  • Tombe du Général Weygand au cimetière Saint Nicolas de Morlaix.

Sobre et sans phrase, dans le style Art Déco typique de la guerre 14, la tombe est en bout de cimetière, plein Est.

A son décès en 1965, le président De Gaulle lui refuse les honneurs aux Invalides. Après avoir été saluée par les anciens combattants et par une délégation de la Pologne communiste, sa dépouille est rapatriée en Bretagne et fait escale à Dinan, où elle est exposée face au cœur de Du Guesclin. A Morlaix, 2000 personnes lui rendent un dernier hommage.

Florilège de citations autour du Général Weygand

« Si un jour la France est en péril, appelez Weygand ! » (Maréchal Foch, 1929, sur son lit de mort)

« Je n’aime pas beaucoup ce petit homme jaune, mais avec lui au moins, vous préparerez la guerre » (Clemenceau à De Lattre de Tassigny)

« Il faut bannir l’idée d’un état militaire défensif, terme auquel je ne vois d’équivalent que celui d’impuissance, conception qui peut séduire parce qu’elle favorise un moindre effort, mais qui postule la défaite et l’éloignement de nos amis » (Weygand, La France est-elle défendue ?, 1937)

« Weygand ? Je ne l’aime pas. » (Réaction de Pétain, 18 mai 1940, quand Dominique Léca, directeur de cabinet de Paul Reynaud lui annonce la nomination de Weygand)

« C’est très grave, mais il ne faut jamais désespérer. Il n’y a pas une minute à perdre » (Weygand après sa nomination, 18 mai)

« La nomination du général Weygand a fait une impression considérable » (Reynaud, chef du gouvernement, futur ennemi mortel de Weygand)

« Du jour au lendemain, le ton des ordres change. Le commandement devient exportateur d’énergie » (Capitaine Beaufre, membre de l’état-major Gamelin puis Weygand en 1940, futur résistant gaulliste).

« C’est la vie de la France qui est en jeu dans cette bataille, toute la civilisation occidentale, le sort des petites puissances, la dignité de l’homme. Arrêter d’abord, battre ensuite » (journal intime de Weygand, 19 mai 1940)

« Le seul reproche que je pourrais vous faire, c’est que vous êtes trop jeune » (Winston Churchill, le 22 mai 1940)

« Vous voulez aller jusqu’au bout ? Mais vous y êtes au bout (…) Vous voulez que j’ordonne à ces malheureux soldats, dont vous savez l’épuisement et les souffrances, de se faire exterminer jusqu’au dernier. Rien n’est plus facile. Je suis comme vous, Messieurs les Ministres, j’habite dans un château et je prends mon bain tous les jours … » (Weygand au conseil des ministres le 12 juin 1940)

« Il n’est pas question et il ne sera jamais question de livrer à l’ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre. Je serai le premier à repousser l’armistice si une telle condition était posée par l’Allemagne. » (Weygand au conseil des ministres, 13 juin 1940)

« Un jour, pendant que j’étais en convalescence à Marrakech, en janvier 1944, le général Georges vint déjeuner avec moi. Au cours d’une conversation à bâtons rompus, je dis dans une réflexion en l’air que le refus du gouvernement français de partir pour l’Afrique du Nord en juin 1940 avait peut-être, en fin de compte, tourné pour le mieux. » Winston Churchill, Mémoires

Enora P.

Crédit photo : DR
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4 Commentaires

  1. trois éléments sur l’opposition de Gaulle – Weygand :

    1 ) Weygand a été plutôt condescendant sur les théories de De Gaulle évoquées dans « vers l’armée de métier ».
    2) il a été un des plus grands défenseurs de l’armistice de juin 1940.
    3) quand de Gaulle lui a proposé de rejoindre la France Libre et d’en prendre la direction, il a répondu au « colonel de Gaulle  » de revenir se constituer prisonnier.

    par ailleurs, concernant le « réarmement de l’armée d’Afrique », on en trouve guère de traces : au final, l’armement sera surtout américain. En revanche, on trouve trace des camions français fournis à Rommel en Tunisie pour l’Afrikakorps…

  2. Ouvrage intéressant qui donne une image de De Gaulle méconnue

    De Gaulle sous le casque
    Henri De Wailly (Auteur) Abbeville 1940 Paru le 18 juin 2020 Etude (broché)

    Dans cet ouvrage Henri De Wailly indique que le colonel De Gaulle fut un personnage cynique n’écoutant que lui-même.Lors des batailles de Moncornet,Crécy sur Serre et la bataille
    d’Abbeville,Henri de Wailly nous apprend que le Général De Gaulle a sacrifié un nombre incroyable de chars de combat.Lors de ces combats les allemands furent très réactifs malgré des pertes importantes.Les allemands disposaient de canons de 88 mm et surtout que leurs chars bien moins blindés que les chars français, furent plus mobiles car rapides et surtout qu’ils disposaient de moyens de ravitaillements,ce dont ne disposaient pas les chars français.

  3. Réponse à Breizh : 1) Condescendant envers De Gaulle, c’est vrai. Pas tellement pour ses théories sur les chars, mais plutôt sur la faisabilité technique et politique de l’armée professionnelle.
    3) Les lettres de De Gaulle à Weygand étaient volontairement provocatrices. Ils suivaient deux stratégies inconciliables.
    4) « Réarmement clandestin » : cette expression est en effet excessive. Dissimulation de stock d’armes et ateliers clandestins à la portée limitée est plus proche de la réalité.
    5) Camions pour l’Afrikakorps : à ma connaissance, Weygand n’était déjà plus là. En 41, il a bloqué avec succès les initiatives de Darlan en faveur de l’Axe en Méditerranée.

    On pourra trouver des choses à reprocher à Weygand (je ne les pas mentionnés dans l’article), parfois à juste titre, mais sa ligne de conduite générale est claire. Comme de la Rocque, c’est un patriote chrétien qui ne voit de salut que du côté des Anglo-Américains. L’antisémitisme par exemple ne joue pas de rôle dans sa vision du monde.

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