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Sergey Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, est arrivé en Inde ce lundi pour discuter de plusieurs questions géopolitiques, notamment d’accords importants, tels que le projet de sous-marin P-75i et la production locale du fusil AK-203 à Amethi, dans l’Uttar Pradesh.
La position de l’Inde sur les pourparlers de paix avec les talibans en Afghanistan et le prochain sommet des BRICS ont également été abordés. Le prochain sommet annuel Inde-Russie a également été discuté – les liens croissants de l’Inde avec le QUAD sont une source d’inquiétude pour Moscou. On s’attendait à ce que l’achat du système de missiles de défense aérienne S-400 soit discuté, mais le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a déclaré que cette question serait abordée lors d’une réunion des ministres de la Défense dans le courant de l’année.
Le secrétaire américain à la défense, Lloyd Austin, a récemment soulevé la question des systèmes S-400 lors de sa première visite en Inde, au cours d’une réunion avec le ministre indien de la défense, Rajnath Singh.
Les États-Unis ont menacé New Delhi de sanctions. Fin mars, l’idéologue indien Subramanian Swamy, du parti Bharatiya Janata (BJP), a tweeté que l’achat du système S400 entraînerait l' »expulsion » de l’Inde du QUAD par les États-Unis. C’était une déclaration étonnante. Pourrait-il en être ainsi ?
L’année dernière, en novembre, l’Inde et les États-Unis ont signé un accord de défense qui a changé la donne. Cependant, les relations indo-russes sont bien plus profondes. L’alignement russo-indien a commencé dans les années 1950 et s’est considérablement accru au cours des deux dernières décennies. Les deux pays sont d’accord sur la multipolarité et le multilatéralisme qui prévalent dans le monde global.
Washington a menacé New Delhi de sanctions plus d’une fois – en invoquant son Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA) – une loi fédérale qui a imposé des sanctions à la Russie, à l’Iran et à la Corée du Nord. Ce texte de loi a été promulgué par le président Trump de l’époque en 2017. Trump lui-même a affirmé qu’il pensait que la loi comportait de graves lacunes, mais l’a néanmoins signée. Elle prévoit des sanctions pour les activités relatives à toute transaction avec les secteurs du renseignement et de la défense russes. Il s’agit d’une loi fédérale qui peut se retourner contre elle et décourager en fait certaines puissances moyennes de renforcer leur relation de défense avec les États-Unis (pour éviter de compromettre leur autonomie).
Le gouvernement Modi a souligné qu’il disposait d’un portefeuille diversifié. En fait, New Delhi utilise des systèmes russes depuis des années. De plus, l’Inde a entamé le processus d’achat du système russe avant l’introduction du CAATSA. Néanmoins, les États-Unis continuent de menacer leur allié. En janvier, les États-Unis ont imposé des sanctions à la Turquie pour l’achat du même système de missiles à la Russie. Cela démontre apparemment que les États-Unis sont prêts à mettre en œuvre et à renforcer le CAATSA, estiment certains analystes.
Pour l’Inde, une telle mise à jour du système de défense sera la bienvenue. Les rivaux et voisins de l’Inde – la Chine et le Pakistan – disposent d’avions de chasse avancés équipés de missiles à longue portée. Le S-400 est le système de défense antimissile surface-air le plus avancé au monde : il peut suivre et détruire des avions espions, des drones, des missiles et pourrait même intercepter les missiles balistiques hypersoniques chinois. En outre, le passage à un autre système entraînerait certainement une sorte de vide opérationnel, ce qui n’est pas envisageable (même pour quelques années seulement). Un tel « vide » dans l’espace aérien indien mettrait en péril un domaine de guerre stratégique, ce qui ne serait même pas dans l’intérêt des États-Unis dans la région indo-pacifique.
En outre, de nombreux autres équipements de défense que l’Inde se procure auprès de la Russie pourraient entraîner des sanctions américaines. Et nous parlons d’un niveau très élevé de coopération indo-russe qui comprend des exercices militaires conjoints et la signature de certains accords clés.
Qu’il s’agisse de sous-marins nucléaires, d’avions de quatrième génération ou de missiles de croisière, New Delhi a compté sur Moscou au fil des ans pour armer son armée. Selon Daniel Kliman (membre senior du programme de sécurité Asie-Pacifique du Center for a New American Security), la Russie est un partenaire essentiel pour l’Inde car elle s’est montrée disposée à partager des technologies sensibles et a proposé des normes de transfert un peu plus souples que les directives américaines sur les droits d’auteur et les technologies classifiées. La vérité est que l’Inde a besoin de la Russie et que cela ne changera pas au cours des prochaines décennies.
En résumé, New Delhi ne peut pas cesser d’acheter des systèmes et des équipements de défense à Moscou pour se conformer à un texte de loi américain assez obscur. Si les États-Unis appliquent de telles sanctions, ils auraient beaucoup à perdre : Le commerce de défense entre l’Inde et les États-Unis représente aujourd’hui plus de 20 milliards de dollars.
Les États-Unis ont effectivement « puni » la Turquie (un allié de l’OTAN), mais l’Inde n’est pas la Turquie. Son importance est bien plus grande. Sa position géographique dans l’Himalaya en fait une sorte de pivot géopolitique, voire un « pivot de la paix mondiale », comme le décrit Anil Kumar Lal, analyste de la défense et officier retraité de l’armée indienne.
Les menaces américaines à l’encontre de l’Inde ne sont, selon toute vraisemblance, qu’un exemple de rhétorique et de mauvaise diplomatie. Il est donc probable que l’Inde se joigne à la Chine et à la Turquie pour acheter le système russe S-400.
Source : Infobrics, traduction breizh-info.com
Crédit photo : DR
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