Dominique Lormier dévoile quelques vérités cachées de la France sous l’Occupation [Interview]

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Pétain a-t-il joué un double jeu ou a-t-il trahi ? Est-il devenu un bouc émissaire idéal, permettant à d’autres de se couvrir ? L’armée d’armistice a-t-elle secrètement résisté ? Quel rôle les Britanniques ont-ils joué dans l’affaire Grandclément ? Et les Américains dans l’affaire Jean Moulin ? Pourquoi autant de Français ont-ils travaillé pour la Gestapo ? Quels sont ces Français qui ont combattu dans la Waffen SS ? Et ces écrivains, journalistes et artistes qui ont cherché à dissimuler leur passé douteux durant l’Occupation ? Les Britanniques ont-ils cherché à soulager Staline et son armée par des raids commandos sur les côtes maritimes de France et de Norvège ? Pour quelles raisons autant de Français, d’Italiens et de Danois ont-ils sauvé de nombreux juifs de la déportation  Jacques Chaban-Delmas a-t-il été un grand résistant ?

Autant de questions que le nouvel ouvrage de Dominique Lormier intitulé « Les vérités cachées de la France sous l’occupation » (Editions du Rocher) (à paraitre début Mai et à commander ici) aborde en profondeur, en y apportant des réponses argumentées et des preuves irréfutables.

Le livre écrit à la fois par un infatigable écrivain, se lit bien et permet de faire des découvertes parfois très surprenantes.

Historien et écrivain, Dominique Lormier est l’auteur de nombreux ouvrages notamment sur la Seconde guerre mondiale dont il est un spécialiste. Lieutenant-colonel de réserve, il est également membre de l’Institut Jean-Moulin, prix de la Légion d’honneur et chevalier de la Légion d’honneur. Il a publié dans la même série Les Vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale (2019), et Les Vérités cachées de la défaite de 1940 (2020) aux éditions du Rocher.

Breizh-info.com : Un nouveau livre sur la Seconde guerre mondiale. Est-ce que vous ne feriez pas une fixation sur cette période (rires) ?

Dominique Lormier : Etant devenu un spécialiste reconnu de la Seconde Guerre mondiale, mes éditeurs me commandent des livres sur ce sujet qui intéresse encore beaucoup de personnes. Je dirai même que cette période fascine de plus en plus. Les archives s’ouvrent enfin, permettant de ne plus s’enfermer dans la propagande des vainqueurs, mais d’avoir un regard panoramique sur cette période, en évitant aussi bien l’apologie béate que le dénigrement systématique. Il convient également d’éviter l’anachronisme, hélas si présent de nos jours chez certains esprits sectaires, peu soucieux de faits mais emportés par un discours idéologique moralisateur et accusateur.

Breizh-info.com : Vous avez utilisé pour votre ouvrage de nombreuses archives. Etaient-elles jusqu’ici inaccessibles, ou bien simplement n’ont elles pas été exploitées ?

Dominique Lormier : Beaucoup des archives étaient inaccessibles et sont désormais en grande partie disponibles. Durant des décennies nous avions la version des vainqueurs et désormais il est possible d’avoir un regard plus nuancé, sans tomber bien entendu dans la propagande des vaincus. Il est indéniable que l’historiographie anglo-américaine a propagé durant des décennies une véritable propagande mettant surtout en avant leurs victoires et faisant tomber aux oubliettes les rôles pourtant réels des autres pays, dont la France notamment. Mais ils ne sont pas les seuls dans cette approche historique réductrice. Après la guerre, le général de Gaulle a voulu nous faire croire qu’il n’y avait eu que des résistants en France, puis après mai 1968, certains auteurs gauchistes n’ont vu que des collabos et des lâches en France. La réalité historique est beaucoup plus nuancée…

Breizh-info.com : Sous l’occupation, le monde de la Culture en France était en effervescence…vous y consacrez un chapitre. Expliquez-nous ?

Dominique Lormier : Le monde de la Culture, tout comme aujourd’hui, est toujours majoritairement du côté du pouvoir qui tient les « cordons de la bourse ». C’est un monde souvent égocentrique, du moins en ce qui concerne ces pseudos élites parisiennes souvent de gauche, souvent haineuses à l’encontre de ceux qui ne pensent pas comme eux et souvent du côté de l’argent… Dans mon livre, je démontre comment des gens comme Jean-Paul Sarte, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras et bien d’autres se sont découverts antifascistes à la fin de la guerre et surtout après, alors que durant l’occupation ils étaient si peu résistants, pour ne pas dire plus… Allant même jusqu’à traiter de fascistes après la guerre d’authentiques résistants nationalistes de droite. Un paradoxe bien français… Cependant, la Résistance et la collaboration ont compté dans leurs rangs des personnes venant de tous les horizons politiques.

Breizh-info.com : Sur Jean Moulin, vous faites quelques révélations, au sujet du rôle joué par les Américains. Pouvez vous nous en dire un peu plus ?

Dominique Lormier : Il est évident que Roosevelt, qui voulait placer la France sous administration anglo-américaine comme pays vaincu, cherchait à empêcher par tous les moyens le ralliement de l’ensemble de la Résistance derrière le général de Gaulle. Jean Moulin envoyé en France pour unifier la Résistance derrière le chef de la France libre devenait la cible à abattre pour les adversaires de la France. Son arrestation a rendu service non seulement à l’Occupant mais également à Roosevelt et son entourage proche. Comme par « hasard », le gestapiste Klaus Barbie a bénéficié de la protection américaine après la guerre et a même travaillé pour les service secrets de cette puissance impériale… C’est curieux… On trouve dans mon livre des documents et des faits inédits prouvant l’implication américaine dans l’affaire Jean Moulin. Je peux également en dire tout autant des Anglais dans l’autre grande affaire de la Résistance, celle du résistant André Grandclément, manipulé et abattu par les services spéciaux de Churchill. Durant des décennies les historiens se sont limités, au sujet de ces deux affaires, à une vision purement franco-française, alors qu’il faut aller plus loin pour comprendre la totalité de l’ensemble des faits. J’ai consulté les archives d’autres pays à ce sujet afin d’apporter un regard panoramique.

Breizh-info.com : Vous consacrez une large partie du livre à ces Français engagés dans la Waffen SS. Qu’avez vous souhaité apporter au débat au sujet de ces « soldats maudits » du fait de leur engagement dans le camp des vaincus ?

Dominique Lormier : Ces combattants maudits étaient des êtres humains. Ils est intéressant de connaître en détails leurs parcours et les motivations de leur engagement. Ils venaient de tous les bords politiques. Ils ont combattu dans les pires conditions contre l’armée soviétique. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la justice française a été plus clémente à leur égard, car beaucoup d’entre eux n’ont pas versé de sang français, alors que les collabos les plus engagés contre la Résistance française ont payé le prix fort lors de l’épuration.

Assez curieusement, les collabos impliqués dans la déportation des Juifs ont souvent bénéficié d’étranges protections, je pense notamment à Bousquet et à Papon, mais également à d’autres. Il est vrai qu’avant la guerre, ces deux personnes affichaient des idées plutôt de gauche. Bousquet, radical socialiste proche de Mitterrand, a pu poursuivre une brillante carrière de notable, idem pour Papon, radical socialiste avant l’Occupation, devenu gaulliste après la guerre…

Breizh-info.com : 300 000 « collaborateurs », 1,5 millions de « résistants ». Finalement, ne peut-on pas conclure ce chapitre sur la Seconde guerre mondiale en disant que la vérité peu rappelée par les autorités et les historiens, c’est qu’une large majorité des Français s’est largement accommodée, adaptée, durant la Seconde guerre mondiale et que le sort de la guerre n’aurait finalement pas changé grand chose à cette amorphisme de la majorité ?

Dominique Lormier : La majorité de la population, assommée par la défaite de 1940 et préoccupée par les problèmes de ravitaillement, a surtout été attentiste et maréchaliste, sans pour cela approuver certaines mesures vichystes. Elle pense surtout à survivre en attendant des jours meilleurs, tout en espérant une fin rapide de l’occupation allemande. L’amorphisme de la majorité est une constante dans l’histoire, c’est souvent une minorité qui s’engage dans l’un ou l’autre camp.

Cependant, avec environ 300 000 collabos engagés politiquement et 1,5 millions de résistants issus des réseaux et des mouvements clandestins, des maquis, de la France libre et de l’armée d’Afrique, devenue armée de Libération (terre, air, marine), la France a tout de même pris une part non négligeable, voir importante, dans la victoire des Alliés.

De plus, si 75 % des Juifs se trouvant en France ont été sauvés de la déportation, c’est la preuve que la majorité de la population française n’était pas antisémite.

A partir de 1942, on assiste à un basculement de l’opinion publique en faveur des Alliés, surtout après l’occupation germano-italienne de la zone dite « libre ». Enfin, le maréchal Pétain, accusé de tous les maux à la Libération, après avoir été porté au pinacle par un pouvoir politique issu en majorité du Front populaire (on l’oublie trop souvent), a joué sur les deux tableaux. Il est devenu le bouc émissaire idéal de la défaite et de la collaboration, alors que sa responsabilité dans cette défaite de 1940 (je le démontre amplement) est fort réduite et son implication dans la la collaboration fut surtout économique, en rejetant toute alliance militaire avec Hitler, malgré l’action de Laval (homme de gauche) pour y parvenir. Cependant, on ne peut nier le rôle de Pétain dans l’établissement d’un régime ouvertement antisémite. Mais là encore, La France, après le Danemark avec 99 % des Juifs sauvés et l’Italie de Mussolini avec 85 % des Juifs sauvés, occupe la troisième place des pays ayant sauvé le plus de Juifs en Europe. Les pays occupés et gouvernés uniquement par une administration allemande ont vu la majorité des Juifs déportés.

On oublie également trop souvent que le gros de la troupe, ayant amené la France dans le camps des quatre grandes puissances victorieuses, est issue de l’armée d’armistice et de l’armée d’Afrique plutôt maréchaliste. Mais cela dérange encore beaucoup de gens de nos jours…

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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