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Chronique littéraire. L’ami arménien d’André Makine

Ce fut un peu au hasard de mes pérégrinations dans la librairie de mon village que je découvris ce livre autobiographique d’Andreï Makine.  Pour tout avouer, je ne connaissais pas cet auteur franco-russe, mais dès la lecture des premiers mots, des premières lignes, je comprends aisément qu’il les manie à la perfection.

Captivé, je me retrouve transporté dans un village de Sibérie à la fin de l’ère soviétique. Le narrateur qui vit dans un orphelinat une enfance spartiate se lie d’amitié avec le jeune Vardan, étrange adolescent, tantôt malade, tantôt fragile mais si mûr dans ses réflexions et qui n’est autre que le souffre-douleur de l’école. Indifférents aux railleries et agressions, il semble détenir une maturité, une sagesse et une force qui en fait un être en marge. Mais qu’importe, ils vont s’apprivoiser dans une relation amicale aussi inoubliable que fugace. Makine, plein de justesse dans cette ode à l’amitié et à la mémoire, nous laisse entrevoir cette part d’intime qui laisse une marque indélébile.

Le bout du Monde

Vardan vit avec sa mère Chamiram et sa soeur Gulizar, jeune femme à la beauté hypnotique qui ne laisse pas l’auteur indifférent, dans la pauvreté et le dénuement de ce quartier que l’on nomme  « le bout du monde ». Nous entrons donc dans cet éphémère petit royaume d’Arménie situé à plus de 5000 kilomètres de la mère patrie. Le narrateur y croise toute une galerie de personnages forts, parfois taiseux et taciturnes mais tellement attachants, venus essentiellement dans cette toundra afin de soutenir leurs pères, frères, maris détenus par le régime communiste pour des motifs allant de « propagande nationaliste » à « complot antisoviétique ». Cette communauté en marge, survivant loin de leur Caucase natale, nous démontre leurs liens de solidarité indéfectibles, leur sens de l’honneur et de résilience face à l’adversité, sublimé par la beauté des mots employés page après page.

Une résonance particulière

J’ai refermé cet ouvrage mais déjà la tentation de me replonger dans ce « bout du monde » se fait ressentir. Au-delà de la simple histoire d’amitié, de rencontres, d’hospitalité ou de bonté, Makine aborde d’autres thématiques comme les premiers émois, l’amour, l’adoption, l’injustice ou la mort avec une infinie justesse. Discrètement et décemment, il retrace aussi un pan de l’histoire méconnue de ce peuple martyr. Forcément, cela résonne avec un écho particulier à l’heure où une nouvelle fois, des arméniens souffrent dans l’indifférence de la guerre et des persécutions religieuses dans la région du Haut-Karabakh.

En tout cas, si Chamiram transforma  la mort en nouvelle vie et la haine, en amour, Makine transforma la temporalité de cette amitié née d’une rencontre fugitive. Car à travers sa plume, elle gagne tout bonnement l’éternité.

Merci Andreï Makine.

Julien Ruzé (auteur du livre rock’n’ball)

Crédit photo : DR
[cc] 
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