Fête de la musique 2019 à Nantes : vers une mise en examen de Johanna Rolland

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« Le jeune homme est bien tombé dans la Loire pendant l’intervention policière » : depuis hier soir, des titres de ce genre fleurissent dans toute la presse française sur la foi d’une dépêche AFP citant le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc. Elle concerne la disparition de Steve Maia Caniço à Nantes au cours de la fête de la musique 2019. Son corps avait été retrouvé dans la Loire cinq semaines plus tard. Il serait tombé à l’eau exactement à 4 h 33, soit au début des incidents entre fêtards et policiers.

Cette « information » n’en est pas une. Du moins, elle était déjà connue depuis près de deux ans. L’heure indiquée est celle à laquelle le téléphone de la victime a émis un dernier signal. Pour l’obtenir, il avait suffi à la P.J. d’interroger les opérateurs téléphoniques dès ouverture de l’enquête judiciaire au mois d’août 2019(1).

Rien sur le lieu de la chute

Si l’AFP titre sur cette non-information, c’est sans doute faute de mieux. On note en particulier son silence quant à une autre information capitale : le lieu de la chute de Steve Maia Caniço. S’agit-il du quai Wilson, lieu des incidents ? Un témoin atteste de sa présence à cet endroit une heure plus tôt. Mais son corps a été retrouvé face au quai des Antilles, c’est-à-dire dans un autre bras de la Loire, et quelque 300 m. en amont.

Ce n’est pas 100 % incompatible avec une chute depuis le quai Wilson, car les courants de Loire sont complexes et influencés par les marées. Mais cette mince possibilité n’est évidemment pas une preuve. D’autant que, la même nuit, des personnes sont aussi tombées à l’eau depuis le quai des Antilles.

Mise en danger

Si près de deux ans d’enquête n’ont permis de déterminer que l’heure de la noyade, on peut penser que les conditions de la mort de Steve Maia Caniço demeureront à jamais inconnues. Pourtant, le procureur de Rennes a annoncé de probables mises en examen. Celles du préfet et d’un responsable policier de l’époque. Et aussi celle de Johanna Rolland, convoquée devant le juge d’instruction au mois de juillet. Là est la véritable information !

En tant que maire de Nantes, elle est responsable de la sécurité dans sa ville. Or les incidents de la nuit du 21 au 22 juin 2019 révèlent une carence de sa part. Que Steve Maia Caniço soit tombé du quai Wilson ou pas, jamais une fête susceptible de réunir des milliers de personnes – parfois dans un état « avancé » – n’aurait dû être tolérée sur ce quai non protégé.

(1) Presse Océan (l’un des rares journaux, il faut le signaler, à ne pas titrer sur l’horaire de la chute mais sur les convocations chez le juge) rapporte des propos de Me Cécile de Oliveira affirmant que l’expertise a pour effet de « complètement mettre à mal le rapport de l’IGPN » qui faisait état d’un « dernier relais téléphonique » à 3 h 16. Me de Oliveira, avocate de la famille de Steve Maia Caniço est dans son rôle en tentant de décrédibiliser ce rapport. Mais elle endosse ainsi un rôle de nunuche technologique trop étriqué pour elle. Le dernier appel téléphonique a été passé depuis l’appareil de Steve à 3 h 16. Le dernier signal capté par une antenne téléphonique a eu lieu à 4 h 33. Dans le cadre d’une enquête administrative, l’IGPN n’avait accès qu’à la première information. Il a fallu l’ouverture d’une enquête judiciaire pour que la PJ ait accès à la seconde. L’avocate mélange sciemment des pommes et des oranges !

Crédit photo – En haut : Les lieux du drame vus depuis l’aval, au confluent des deux bras de la Loire qui se rejoignent à la pointe de l’île Sainte-Anne, marquée par la grue grise. Le quai Wilson s’étend à droite de cette grue. Le corps de Steve a été retrouvé près de la grue jaune du quai des Antilles, à gauche. En bas : Sur le quai Wilson, fresque en mémoire de Steve. Photos B.I., droits réservés
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2 Commentaires

  1. Les conditions de la mort « demeureront inconnues » ? Vous plaisantez ! Des tas de gens à Nantes les connaissent sans éprouver le moindre doute depuis le 22 juin 2019. Pas besoin d’enquête de la PJ, pas besoin de procureur, pas besoin d’avoir été témoin de quoi que ce soit, pas besoin de réfléchir, même. Il y avait Steve, il y avait des policiers, donc la police a tué Steve, un point c’est tout : c’est une nécessité ontologique, c’est un acte de foi.

  2. Les tirs de grenades lacrymogènes faisaient suite à des violences contre les policiers, dont trois ou quatre ont été sérieusement blessés. Le procureur ne fait pas état de convocation des auteurs de violences. L’enquête n’a-t-elle pas permis d’en retrouver ?

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