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Surprise ! Alors qu’on attendait cette semaine le rapport de l’inspection générale de l’administration (IGA) sur la mort de Steve Maia Caniço à Nantes dans la nuit du 21 au 22 juin 2019, c’est une fuite en provenance de la police judiciaire de Rennes, via Le Canard enchaîné, qui fait les titres de la presse ce 11 septembre. Cette coïncidence qui brouille les pistes serait-elle trop belle pour être fortuite ? Elle a en tout cas un petit relent de guerre des polices : pour différents commentateurs, à commencer par Le Canard enchaîné, « l’enquête judiciaire contredit l’IGPN ».
Quelle est cette contradiction ? Selon le rapport de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) rendu public le 30 juillet, le téléphone de Steve Caniço a déclenché « un dernier relais téléphonique à 3h16 le 22 juin ». La P.J., via Le Canard enchaîné, fait savoir que « le portable de Steve a continué d’émettre jusqu’à 4h33 ». Un écart de 77 minutes, donc, qui fait dire à certains que « l’IGPN a menti » :
Ils n’ont pas compris (ou font mine de ne pas comprendre, ce qui serait plus grave) qu’ils comparent des pommes et des oranges. L’IGPN, chargée d’enquêtes administratives, ne peut obtenir des opérateurs téléphoniques qu’un relevé des appels ou messages envoyés ou reçus par leurs abonnés. Et de fait, Steve Caniço a envoyé son dernier message à 3h16. Pour obtenir des données de localisation, protection de la vie privée oblige, il faut une enquête judiciaire. La P.J. dispose ainsi d’informations que l’IGPN ne pouvait obtenir. Et elles révèlent que le dernier « ping » du portable de Steve Caniço sur une antenne de téléphonie a été enregistré à 4h33. On ne parle pas de la même chose !
Une localisation imprécise
Et ça prouve quoi ? Pas grand chose. Le SMS de 3h16 prouve que Steve Caniço était encore en vie à cette heure-là. Le ping de 4h33 prouve que son téléphone était encore allumé à cette heure-là. Rien de plus. A-t-il été éteint ensuite par Steve, par l’effet de l’eau, par épuisement de la batterie ? On n’en sait rien.
On ignore même où il se trouvait. « Le ping de 4h33 localise le jeune homme sur le quai Wilson », écrit Le Canard enchaîné. Une affirmation qui, ainsi formulée, est doublement erronée. D’abord, le bornage ne localise pas « le jeune homme » mais son téléphone : on ne sait même pas s’il se trouvait encore entre ses mains. Ensuite, un ping permet seulement de détecter la présence d’un téléphone à proximité d’une antenne-relais, en l’occurrence le pylône multi-opérateurs de la rue du Tonkin, qui couvre tout l’ouest de l’île de Nantes et pas seulement le quai Wilson (n° 3 sur le plan ci-dessous). Pour une géolocalisation plus précise du téléphone, il faut pratiquer une triangulation avec les données des antennes voisines. Il est probable que le résultat de celle-ci est déjà entre les mains des juges rennais, mais il n’a pas été dévoilé à ce jour.
En soi, donc, la violation du secret de l’enquête n’apprend rien de concluant. Certains avaient souligné, à juste titre, que le SMS de 3h16 ne prouvait pas que Steve Caniço était tombé en Loire à cette heure-là. Ils ne semblent pas pressés de souligner que le ping de 4h33 ne prouve pas non plus qu’il soit tombé à 4h33 ! Et certains cherchent à donner à ce détail horaire une signification qu’il n’a pas et ne peut avoir. L’avocate Cécile de Oliveira est dans son rôle quand elle évoque une « concomitance » entre le dernier signal du portable et l’intervention de la police, mais elle fait aussitôt mine de confondre « concomitance » et « causalité ».
La relance d’une polémique partisane
Bien entendu, l’extrême-gauche tente aussi de relancer son exploitation du drame. On lit par exemple ceci sur Facebook :
Goulven Boudic a le fondement fragile. Notre article du 20 juillet disait seulement ceci : « parmi les contributeurs qui s’activent le plus sur les réseaux sociaux pour orienter les esprits vers une présomption de culpabilité de la police figurent… un professeur de la fac de droit de Nantes et un collaborateur du quotidien Presse Océan ». M. Boudic, qui est effectivement maître de conférence à la faculté de droit de Nantes (!), s’est donc reconnu dans ce passage. Dont on comparera le style avec celui de l’extrait ci-dessus…
Reste que le Premier ministre a commis une erreur de débutant en déclarant sur le perron de l’hôtel Matignon, à propos du rapport de l’IGPN : « à la lumière des faits connus à la date de sa rédaction, je cite, il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de M. Steve Maia Caniço ». Il aurait dû se douter que sa déclaration serait déformée en « il n’y a pas de lien entre l’intervention et la disparition », le constat de carence (pas de lien établi) étant recyclé en dénégation (pas de lien). Ce qui n’a pas manqué :
Cela dit, au-delà de l’émotion légitime des premiers jours, l’opinion nantaise semble considérer aujourd’hui cette affaire avec davantage de recul. Elle sait que l’enquête des magistrats et de la police se déroule indépendamment des imprécations proférées sur Facebook.
E.F.
Crédit photo : Breizh-info.com
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