Après les élections régionales. Fabien Pedezert (Bretagne en Héritage) : « Ce n’est que le début d’une nouvelle dynamique !»

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0,22% pour 1844 voix, le score de « Bretagne en Héritage » aux dernières élections régionales en Bretagne aura été des plus modestes. Mais le plus difficile dans ce genre d’exercice n’est-il pas justement de monter une liste complète ? Quoi qu’il en soit, l’équipe composée principalement de dissidents RN et de transfuges d’autres formations (DLF, PS) compte poursuivre l’aventure. Une formation autonomiste et souverainiste de Droite, voilà qui pourrait faire bouger une galaxie militante bretonne fortement orientée à Gauche depuis la fin du MRB, d’Adsav et des Identitaires…

Entretien avec Fabien Pedezert, tête de liste de Bretagne en Héritage en Ille-et-Vilaine.

Breizh-info.com : Comptez vous enclencher une dynamique de formation d’un mouvement local autour des valeurs portées par votre liste ?

Fabien Pedezert : La liste de « la Bretagne en héritage » a été créée à une vitesse folle en réussissant à réunir des personnes aux compétences et aux horizons divers, animés par un seul but :

« une gestion réellement autonome pour une Bretagne unifiée dans une seule assemblée territoriale ! »

Pris dans le maelstrom de la campagne, nous n’avons pu exploiter toutes ces compétences, mais ce n’est effectivement que le début d’une nouvelle dynamique où elles seront toutes utiles. Nous apprenons vite et nous voulons être une plate-forme programmatique et logistique pour de futures candidatures aux diverses élections. L’idée est de mettre sur pied un nouveau courant politique breton, souverainiste de droite, portant une vision équilibrée sur l’aménagement des territoires bretons dans le respect d’une économie productive et verte, porteuse d’emplois et de pouvoir d’achat, et non émanent d’une idéologie moraliste et punitive.

Nous avons déjà dépassé le stade de l’étude. Plusieurs réunions ont déjà rassemblé des femmes et des hommes venant d’horizons politiques différents ou y venant pour la première fois, dont certains ont pris, avec satisfaction, conscience qu’il fallait définitivement refuser le jacobinisme et tourner le dos au centralisme extrême des partis politiques français. Il s’agit donc d’élaborer un projet sérieux consistant dans une « alliance », dans une « convergence » d’idées avec une proposition phare et originale :

« Une souveraineté bretonne ! »

Concrètement un statut de large autonomie politique comme cela s’applique déjà chez nous à des degrés divers, comme en Alsace, en Corse ou en Nouvelle-Calédonie … une notion originale entre simple autonomie de gestion et indépendance, ce que l’on pourrait appeler de la co-souveraineté. Une assemblée de Bretagne avec les pouvoirs de prélever directement un impôt régional correspondant à son budget de fonctionnement et d’investissement, sans passer par Bercy, d’établir ses relations économiques extérieures …, l’État gardant ses compétences strictement régaliennes nécessaires à la réalité sociétale d’aujourd’hui.

Nous avions déjà développé ces thèmes lors de notre campagne régionale, voilà les bases de travail d’une future alliance souverainiste bretonne.

Breizh-info.com : Il n’y a plus de mouvement autonomiste de droite en Bretagne depuis la fin du MRB et des Identitaires -voir d’Adsav pour les indépendantistes-, pensez-vous qu’il y a une place à prendre dans un « emsav » dominé par la Gauche ?

Fabien Pedezert : Nous avons laissé la gauche s’accaparer des sujets comme le sociétal et l’écologie, cela ne doit plus être le cas.

C’est en 2000 que pour la première fois la notion de droite, mais surtout l’emploi de façon officielle du terme droite apparaît dans le mouvement national breton (Emsav). C’est en effet lors de la création d’ADSAV (parti indépendantiste) que le terme droite s’affiche en lettres d’or et cause un certain malaise dans un milieu fidèle aux idées dites progressistes et de gauche. La tradition politique du mouvement breton s’est longtemps résumée à ce célèbre slogan : « Na ruz na gwenn, Breizhad hepken » (Ni rouge, ni blanc, Breton seulement). Puis la gauche est arrivée et a contaminé la société bretonne. Aujourd’hui, on commence à enregistrer un léger changement avec un nouveau courant centriste. Une légère évolution !

Alors pour répondre à votre question, oui nous pensons qu’une option de droite à toute sa place dans le mouvement politique breton et c’est ce que nous étudions pour un futur très proche …

Breizh-info.com : Quels seraient, selon vous, les 5 premiers points à mettre en œuvre en Bretagne pour retrouver une certaine prospérité et connaître une véritable renaissance identitaire ?

Fabien Pedezert : Ce n’est pas 5 points qu’il faut définir mais les 2 essentiels, le reste viendra naturellement :

– Le tout premier point qu’il faut absolument mettre à l’ordre du jour, c’est la réunification de la Bretagne. Mettre fin à cette amputation absurde d’une partie de notre territoire régional et ainsi retrouver une dimension réelle, une dimension économique équilibrée entre les régions avoisinantes et des pays de même dimension d’habitants en Europe. Une communauté humaine vit sur ce territoire historique de la Bretagne et les limites de ce dernier ne sont pas le fait du hasard ou d’une quelconque décision administrative. Elles résultent de l’existence d’un tissu sociétal, culturel et économique qu’il constitue, que l’Histoire et les siècles ont forgé et qui ne peut être nié par idéologie ou ignorance.

« Comment bâtir et organiser une Bretagne nouvelle amputée de 20 % de ses citoyens ? »

– Ensuite, tout repose sur la future création d’une Assemblée de Bretagne ou Parlement breton, délibérant en priorité sur toutes les matières économiques, administratives, financières, culturelles … Sur toutes ces matières elle (il) devra avoir un pouvoir total de décision et avoir la possibilité de faire appliquer ces décisions. Elle (il) devra élaborer une réglementation adaptée à la Bretagne et conforme à ses intérêts. De plus, elle (il) devra également être consultée sur toutes les questions d’ordre général, qui ne seraient pas de sa compétence, mais qui seraient de nature à affecter gravement l’avenir économique de la Bretagne et la vie des bretons, comme le sujet de l’indépendance énergétique.

Nous avons déjà proposé dans notre programme régional un mécanisme expérimental créant dès maintenant cette nouvelle entité, qui réunira avant cette fin d’année les élus régionaux et départementaux le temps de cette nouvelle mandature actuelle. Ainsi de facto, disparaîtra déjà tous les doublons ou triplettes de compétences, facilitant ainsi la réorganisation des services publics utiles au bon fonctionnement de l’ensemble et du rééquilibrage des bassins de vie.

Enfin, pour les plus médisants ou les plus septiques, qui pensent que les bretons ayant perdu l‘expérience de la gestion de leurs propres affaires, la Bretagne prendra du retard, nous leur répondrons que la Bretagne n’est pas inexpérimentée et qu’elle possède des atouts considérables. Nous réfléchissons depuis longtemps aux problèmes du jour en les anticipant, donc nous ne seront pas pris au dépourvu comme les dirigeants actuels en cas de future gestion de crise.

La force de notre alliance est que nous n’avons aucun tabou à mettre sur la table des sujets entre nous, qui peuvent fâcher. Un exemple concret avec le statut de résident, que certains parmi nous voudraient adopter au plus vite. Ceci afin de contrer la flambée des prix et la spéculation foncière et immobilière, alors que de plus en plus logements et résidences sont désormais des résidences secondaires occupées quelques mois par an. D’autres, comme moi, pensent que cette solution n’est pas adéquate, mais que l’impératif est de favoriser et d’augmenter le pouvoir d’achats des bretons pour pouvoir être en capacité de se loger dans le marché actuel.

« De ces échangent et collaborations naissent des solutions pragmatiques et adoptés à l’unanimité ! »

En conclusion, si nous ne nous occupons pas au plus tôt nous-mêmes de nos propres affaires locales, ce n’est pas notre retard qui sera à craindre, c’est notre déclassement social et un retour à la pauvreté.

Nous venons de tracer les grandes lignes de notre conception d’une souveraineté bretonne. Nous avons dit ce que nous voulons, ce que les citoyens sont en droit d’exiger pour sa prospérité matérielle, pour son développement intellectuel et moral, au nom de la sagesse politique dont ils ont déjà fait preuve dans le passé.

Breizh-info.com : Le RN a fait un score aux Régionales largement en dessous des prévisions, comment analysez-vous ce revers ?

Fabien Pedezert : Il y a plusieurs raisons à cela : un affichage national avec des thématiques qui ne sont pas de la compétence de la région, la démission ou le licenciement de cadre locaux et départementaux très appréciés des militants et des sympathisants, donc dans l’impossibilité de mobiliser un électorat les appréciant … d’ailleurs je vous signale que les purges continuent et les démissions aussi.

Les deux seuls partis, dont le candidat régional s’est affiché avec son candidat à la Présidentielle 2022, sont le RN et DLF. Ils ont voulu faire de cette élection un combat national et il semblerait que leur jacobinisme n’ai pas séduit l’électorat breton à la hauteur de ce qu’ils ambitionnaient.

Breizh-info.com : Florent de Kersauzon dans le 56 est connu pour ses positions plutôt favorables à une certaine autonomie bretonne. N’y aurait-il pas moyen de trouver un accord avec ce dernier plutôt qu’avec Gilles Pennelle ?

Fabien Pedezert : Si Florent de Kersauzon est si favorable à l’autonomie de la Bretagne, pourquoi n’a-t’il pas rejoint un parti breton ? Il a toujours fréquenté les partis jacobins, hier le LR de Fillon, aujourd’hui le RN de Marine Le Pen. Pour nous le nom de De Kersauzon est celui d’un grand marin, pas d’un politicien, alors attendons qu’il fasse ses preuves à la région et s’ il veut ensuite parler et bien nous parlerons. Nous sommes des gens très ouverts, mais connaissant un peu le système RN, nous doutons fermement qu’il en ai la possibilité…sauf si son statut « d’ami d’enfance de la Présidente » lui en octroie un !

Propos recueillis par Anne-Sophie Colin

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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3 Commentaires

  1. du passé ils font table rase
    les calvaires, les églises doivent être détruites comme pendant la guerre de vendée
    l’abstention aux élections est la balle dans la nuque que les « progressistes » promettent aux souverainistes, traditionalistes, chrétiens etc.

  2. les souverainistes en france font tous 0 , et quelques% c’est dire le niveau de connerie qui plafonne dans ce pays de gogols ! le troupeau prefere l’abstention … c’est sans espoir !

  3. Pas étonnants du score de « Bretagne en Héritage » aux élections, même si on voulait voter pour eux, il n’y avait ni profession de foi dans l’enveloppe, ni bulletin de vote au bureau de vote. C’est de la censure pure et dure….
    En 2022 aurons-nous la même chose ??? Un seul bulletin « Manu » et nous n’aurons qu’à voter blanc si on n’en veut pas…. Et comme les blancs ne sont pas reconnus… Il sera sur d’être élu.

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