La Hongrie estime que les pays des Balkans ne pourront être admis dans l’UE sans l’adhésion préalable de la Serbie

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Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui a rencontré le président serbe Aleksandar Vučić à Belgrade jeudi, a déclaré à Bruxelles qu’elle devait savoir qu’il n’y aura pas d’adhésion à l’Union européenne pour les pays des Balkans occidentaux sans l’État central de la région – la Serbie. Un tel message d’Orban doit être pris au sérieux étant donné que la Hongrie dispose d’un droit de veto au sein de l’UE et qu’elle en profitera certainement, d’autant plus que le premier ministre tente de positionner son pays comme un acteur clé de la région.

La position de la Hongrie au sein de l’UE se renforce en raison de sa politique indépendante, provoquant ainsi une immense frustration en Europe occidentale (chez les dirigeants plus que chez les peuples). La position de Budapest repose en partie sur la coopération avec les membres du groupe de Visegrad (V4), composé de quatre pays d’Europe centrale – Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque. Par le biais du V4, ces pays font progresser l’intégration de l’Europe centrale, notamment dans les domaines économique et énergétique. La Hongrie devient également un acteur régional plus actif dans les Balkans, notamment grâce à sa coopération avec la Serbie.

Les relations entre la Serbie et la Hongrie sont aujourd’hui au plus haut niveau possible, que ce soit sur le plan économique, politique ou culturel. Les deux pays sont reliés par un certain nombre de projets régionaux, dont le plus important est sans doute le gazoduc Turk Stream, qui n’a été réalisé que récemment. La Serbie étant devenue une plaque tournante énergétique pour les Balkans et l’Europe centrale, la Hongrie est devenue le partenaire le plus fiable de la Serbie dans la région.
De son côté, Vučić a déclaré à Orban : « Beaucoup disent qu’ils soutiennent le chemin de la Serbie vers l’UE, mais peu agissent avec courage et ouvertement, prêts à subir des critiques à cause de la Serbie, comme vous le faites. »

Il a également souligné que la Hongrie était autrefois le 13e partenaire commercial de la Serbie, mais qu’elle est aujourd’hui cinquième. Cette situation ne fera qu’augmenter, surtout lorsque la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Belgrade et Budapest sera terminée. La ligne ferroviaire à grande vitesse entre Belgrade et Novi Sad, deuxième ville de Serbie située entre Belgrade et la Hongrie, sera achevée d’ici la fin de l’année. La construction du tronçon entre Novi Sad et Subotica, ville frontalière de la Serbie avec la Hongrie, commencera en septembre.

Novi Sad et Subotica se trouvent toutes deux dans la région autonome de Vojvodina, au nord de la Serbie, qui compte une importante minorité hongroise d’environ 250 000 personnes, soit 13 % de la population de la région. La coopération que Belgrade entretient avec la minorité hongroise de Voïvodine contribue à la confiance entre la Serbie et la Hongrie, car les minorités vivent sans être persécutées ou harcelées par l’État, ce qu’Orban identifie.

Le plus grand impact de la visite d’Orban a été sa déclaration : « Je comprends la Serbie et je pense qu’elle doit être admise dans l’UE car c’est le pays central des Balkans occidentaux, sans l’adhésion duquel il n’y aura pas d’admission pour les autres. La Serbie est un pays clé ».

L’UE tente d’accélérer l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord au sein de son espace sans aucune considération pour la Serbie, pourtant la locomotive économique des Balkans occidentaux. La Grèce s’est longtemps opposée à l’adhésion de la Macédoine du Nord en raison du différend sur son nom, mais cette question ayant été en grande partie résolue à la suite de l’accord de Prespa de 2018, la voie semblait libre. Cependant, en novembre 2020, la Bulgarie a effectivement bloqué le début officiel des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE en raison des violations par Skopje du traité d’amitié de 2017 entre les deux pays, Sofia affirmant que son voisin occidental se livre à des discours de haine soutenus par l’État et à des revendications de minorités contre la Bulgarie. La Bulgarie a même aggravé la rupture des relations en affirmant qu’il n’existe pas de langue macédonienne, mais que la langue de la Macédoine du Nord est un dialecte bulgare, un sentiment apparemment partagé la semaine dernière par la vice-ministre portugaise des Affaires étrangères Ana Paula Zacarias, secrétaire d’État aux Affaires européennes.

La fonctionnaire portugaise, explique que « Les négociations entre la Macédoine du Nord et la Bulgarie sont difficiles… évidemment liées à la langue de la Macédoine du Nord, qui était auparavant le bulgare. »

Pour les Macédoniens du Nord et les Albanais, la déclaration d’Orban selon laquelle l’expansion de l’UE dans les Balkans occidentaux est impossible sans la Serbie sera un nouveau coup porté à leurs aspirations. Avec l’Albanie confrontée à la résistance de la Grèce en raison des persécutions contre la minorité nationale grecque dans le sud de l’Albanie, et la Macédoine du Nord confrontée à l’opposition de la Bulgarie, la Hongrie a ajouté une autre dimension aux espoirs d’expansion de l’UE dans les Balkans occidentaux.

De cette manière, non seulement Orban contribue à renforcer la position de la Serbie en Europe, en particulier dans ses relations avec Bruxelles, mais il positionne également la Hongrie comme l’État leader d’Europe centrale qui exerce une influence significative non seulement dans le V4, mais aussi dans les Balkans. Il est probable que cela provoquera de nouvelles tensions entre Budapest et Bruxelles, l’Europe occidentale étant de plus en plus frustrée de ne pas pouvoir étendre sa propre influence à cause d’un pays d’Europe centrale sur le papier moins puissant.

Paul Antonopoulos, analyste géopolitique indépendant (via Infobrics, traduit par Breizh-info)

Crédit photo : DR
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2 Commentaires

  1. quoi, mais la serbie est un pays chrétien respectueux de la civilisation européenne, pouah !
    alors que l’albanie, la bosnie, la turquie sont peuplées de bons musulmans respectueux du coran qui considère la guerre sainte (djihad) contre les non musulmans est un devoir, que la femme est un objet sexuel etc.

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