Immigration. Que se passe-t-il avec la Biélorussie, aux frontières de l’Union Européenne ? La réponse avec Olivier Bault [Interview]

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Olivier Bault est un journaliste français vivant en Pologne depuis les années 1990, qui travaille notamment pour Do Rzeczy, Présent, le Visegrád Post et Remix News. Lionel Baland l’a interrogé pour Breizh-Info à propos de la situation sur les frontières occidentales du Belarus, pays qui envoie des migrants non-Européens vers la Lettonie, la Lituanie et la Pologne.

Breizh-info.com : Quelle est la situation aux confins orientaux de l’Union Européenne ? Comment réagissent les gouvernements de Lettonie, de Lituanie et de Pologne face à l’afflux de migrants non-européens depuis le Belarus ? Pourquoi ce pays se comporte-t-il ainsi par rapport à ses voisins membres de l’UE ? 

Olivier Bault : Quand l’Union européenne a imposé des sanctions contre le régime biélorusse en réaction aux répressions qui ont suivi l’élection présidentielle de l’année dernière, Alexandre Loukachenko a annoncé en mai que, puisque c’était comme ça, désormais il n’arrêterait plus les migrants qui traversent son territoire et que ce serait à ses voisins occidentaux de les attraper. Mais en fait, la Biélorussie a activement cherché à faire venir un maximum de gens du Moyen-Orient pour les déverser sur ses frontières occidentales. Depuis cette année, il y a beaucoup plus de vols entre l’Irak et Minsk, la capitale biélorusse, et la frontière entre la Biélorussie et l’Union européenne a été présentée comme étant devenue librement accessible. D’après plusieurs médias qui ont diffusé les offres correspondantes, en collaboration avec les agences de voyage irakiennes, une société biélorusse propose des voyages qui comprennent le billet d’avion, la nuit d’hôtel à Minsk et le voyage en autocar jusqu’à la frontière.

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Les Lituaniens et l’agence européenne Frontex ont aussi accusé l’armée et la police de Loukachenko d’accompagner ces migrants jusqu’à la frontière et même de l’avoir traversée avec eux dans certains cas. Première touchée, la Lituanie a d’abord cherché à accueillir ces migrants, mais cela a posé des problèmes, et rapidement Vilnius a compris que cela ne faisait que les encourager à venir. Les Lituaniens ont donc commencé à traiter les demandes d’asile de manière ultra-rapide en délivrant des refus et en même temps à refouler à chaud les migrants à la frontière, et ils mettent aujourd’hui en place une clôture sur le modèle de celle érigée par la Hongrie en 2015. Comme les migrants étaient refoulés par la Lituanie, le flux a été dévié vers la Lettonie et la Pologne, qui réagissent comme désormais la Lituanie, c’est-à-dire en refoulant ces migrants à chaud sans même accepter les demandes d’asile et en mettant en place des clôtures pour rendre le passage plus difficile, car il est évident que si on nous dit que plus de 4000 tentatives de passage ont été enregistrées depuis le début de l’année à la frontière entre la Biélorussie et la Lituanie et à peu près autant entre la Biélorussie et la Pologne, on ne sait pas combien ont réussi à passer.

Breizh-info.com : Ces trois pays ont-ils décidé de coordonner leurs actions de lutte contre ces flux migratoires illégaux ? D’autres pays leur envoient-ils une aide ? Comment réagit l’UE ?

Olivier Bault : Les gouvernements des deux républiques baltes concernés et de la Pologne se sont rencontrés plusieurs fois pour discuter de ce problème et ils suivent la même stratégie. On peut donc penser qu’il existe une forme de coordination entre eux, même si chacun agit seul sur sa partie de la frontière extérieure de l’UE. Frontex n’a qu’un rôle d’observateur en ce qui concerne la Lituanie, tandis qu’en Pologne l’agence européenne n’est même pas impliquée dans la surveillance de la frontière. La Tchéquie a annoncé le 7 septembre une petite participation financière à l’érection de la clôture lituanienne. C’était le premier pays à répondre à un appel en ce sens de Vilnius. Quant à l’UE, cette fois au moins la Commission apporte un soutien oral à l’action de protection de la frontière conduite par ces trois pays, à la différence de ce qui s’est passé en 2015 vis-à-vis de la Hongrie, qui ne faisait pourtant pas autre chose. La Commissaire aux Affaires intérieures, une sociale-démocrate suédoise à la sensibilité pourtant plutôt « immigrationiste », avait déjà été seulement modérément critique vis-à-vis de la Grèce au printemps 2020, quand la Turquie avait lancé un véritable assaut migratoire contre ce pays. La réaction de la Grèce avait déjà suivi le modèle hongrois et on voit maintenant que cela a été très efficace. Aujourd’hui Ylva Johansson assure carrément que ce qui se passe à la frontière polonaise n’est pas une crise migratoire mais une agression de la Biélorussie, et si la Commission attaque la Pologne sur tout et n’importe quoi, au moins elle semble la soutenir sur cette question.

Breizh-info.com : Que fait le Belarus face à la réponse mise en place par la Lettonie, la Lituanie et la Pologne ? 

Olivier Bault : Sous l’effet des sanctions et de son isolement à l’ouest, Alexandre Loukachenko semble être en train de procéder au rapprochement avec la Russie auquel il résistait jusqu’ici. Outre les manœuvres russo-biélorusses Zapad 2021 en cours, qui ne sont d’ailleurs pas une première, Minsk et Moscou viennent de signer plusieurs accords pour intégrer leurs marchés de l’énergie et leurs marchés financiers. En ce sens, on peut dire qu’imposer des sanctions et couper les liens avec Minsk n’était pas forcément une politique très intelligente de la part des Occidentaux, et encore moins de la part des Lituaniens et des Polonais, qui ont été très en pointe sur ce sujet. En ce qui concerne ces migrants, les Biélorusses affirment que les groupes bloqués à la frontière ont été ramenés par les gardes-frontières polonais après s’être fait prendre en territoire polonais. C’est ce qu’assurent aussi certaines ONG et certains représentants de l’opposition en Pologne-même, et on ne saurait d’ailleurs en vouloir au gouvernement polonais si c’est le cas, puisque c’est la Biélorussie qui les avait fait venir. Mais du coup, il y a depuis plusieurs semaines un groupe d’une trentaine de migrants qui dorment dans des tentes à la lisière d’une forêt juste devant la frontière polonaise et que les médias et certains politiciens d’opposition ont tenté d’utiliser pour faire céder le gouvernement polonais. Ils ont devant eux les gardes-frontières polonais et derrière eux les gardes-frontières biélorusses qui les empêchent de rebrousser chemin mais qui les ravitaillent. Pour mieux contrôler sa frontière, la Pologne vient de décréter l’état d’urgence sur toute sa bande frontalière avec la Biélorussie, et donc les ONG et les journalistes n’y ont plus librement accès. De toute façon, l’action de communication autour de ce groupe de migrants n’a pas fonctionné. Les sondages montrent que les Polonais soutiennent majoritairement l’action de leur gouvernement pour défendre la frontière contre l’immigration illégale et ce soutien dépasse largement l’électorat du PiS, qui est aujourd’hui au pouvoir.

Breizh-info.com : Les relations entre le Belarus et les trois autres pays concernés se sont-elles dégradées suite à cette situation ? L’immigration de citoyens belarus et ukrainiens vers la Pologne est-elle perturbée par ce changement ? 

Olivier Bault : En ce qui concerne la frontière avec l’Ukraine, rien n’a changé. C’est uniquement à la frontière avec la Biélorussie qu’il y a l’état d’urgence et des renforts de l’armée en soutien aux gardes-frontières. Les points de passage réguliers, en revanche, restent ouverts. L’immigration de Biélorusses a été renforcée par les répressions qui ont suivi les élections de 2020, mais l’Ukraine reste de loin le premier pays d’origine des immigrés en Pologne, et c’est principalement une immigration économique, comme dans le cas des Biélorusses d’ailleurs, même s’il y a maintenant un peu plus de réfugiés politiques. Les relations entre les pays baltes et la Pologne d’une part et la Biélorussie d’autre part ne sont pas bonnes et il est évident que l’assaut migratoire organisé par la Biélorussie contre ces trois pays n’arrange pas les choses. Cette attaque vise d’ailleurs en réalité l’UE toute entière car ces migrants n’ont pour la plupart aucunement l’intention de rester en Pologne ou dans un pays balte. Mais la réponse de ces trois pays est sans nul doute la bonne. Si Loukachenko se retrouve avec ces immigrants sur les bras, il n’aura plus envie d’en faire venir d’autres du Moyen-Orient.

Breizh-info.com : Comment réagit la population face à ce nouveau dilemme ? 

Olivier Bault : En réalité, la population ne s’en ressent pas, en tout cas en Pologne, parce que grâce à la fermeté de la réponse polonaise, peu de ces migrants ont pu passer, et ceux qui sont passés ont sans doute pu traverser le pays pour aller plus à l’ouest, probablement avec l’aide de passeurs. En Lituanie, il y a eu des protestations quand le gouvernement a voulu par exemple créer un centre abritant un millier de migrants dans une bourgade comptant seulement quelques centaines d’habitants, qui appartenaient en plus majoritairement à la minorité polonaise. Mais comme je l’ai déjà dit, le gouvernement lituanien a changé de stratégie et maintenant il repousse un maximum de ces migrants et c’est pourquoi ceux-ci tentent leur chance ailleurs, comme à la frontière polonaise.

Breizh-info.com :  Le gouvernement conservateur polonais bénéficie-t-il auprès de l’opinion publique de la nouvelle situation ? 

Olivier Bault : Globalement oui. Il bénéficie d’une petite remontée dans les sondages et l’attitude de ceux qui, parmi l’opposition, appellent à accueillir ces migrants, est plutôt impopulaire, y compris dans leur propre électorat. Du coup le PiS, qui n’était plus qu’autour de 30 % de soutien dans les sondages, à quelques points devant la Plateforme civique (PO) de Donald Tusk – qui n’a lui-même pas appelé à accueillir les migrants – se rapproche de la barre des 35 % tandis que la PO redescend légèrement. La politique du PiS contre le Covid et ses propositions de réformes économiques pour l’après-Covid sont loin de faire l’unanimité, tandis que la lutte contre l’immigration illégale d’origine extra-européenne, musulmane, est un sujet porteur dans cette partie de l’Europe qui observe avec inquiétude les effets de l’immigration de masse sur la partie occidentale du continent !

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Une réponse à “Immigration. Que se passe-t-il avec la Biélorussie, aux frontières de l’Union Européenne ? La réponse avec Olivier Bault [Interview]”

  1. patphil dit :

    quand la hongrie s’est barricadée, l’ue a crié au scandale
    quand aujourd’hui la Lettonie, la Lituanie et la Pologne font la même chose, l’ue hurle contre le belarus
    c’est le « en même temps » macronien qui est devenu européiste

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