Georges Cadiou : « Marcel Cachin a tenté cette synthèse entre l’espérance universelle, sorte de messianisme laïc, et la défense d’une identité bretonne qu’il a toujours revendiquée » [Interview]

A LA UNE

Les éditons Yoran Embanner ont publié Marcel Cachin, un Breton émancipé 1869-1958, signé Georges Cadiou.

A cette époque, son parti, le PCF Parti Communiste Français, et le journal dont il est le directeur depuis 1918, L’Humanité, créé par Jean Jaurès dont il fut l’un des compagnons, ont été interdits à la suite du Pacte germano-soviétique en août 1939. La France est en guerre. Marcel Cachin la traversera avec quelques remous avant de réapparaître au grand jour avec la Libération.

Marcel Cachin est surtout connu pour avoir été l’un des principaux créateurs du Parti Communiste Français, à la fin du mois de décembre 1920, au Congrès de Tours. Il vient alors de passer une trentaine d’années au parti socialiste SFIO. Il va en passer à peu près autant dans le nouveau parti suscité par  l’Internationale communiste à Moscou.

Marcel Cachin, député, sénateur, va jouer un rôle important, pour le meilleur, son anticolonialisme, mais aussi pour le pire, son stalinisme. Mais, il n’oubliera jamais sa Bretagne natale, se faisant un ferme défenseur de la langue bretonne. Cachin savait que la Bretagne était plus qu’une province. Cela n’en fait pas un nationaliste breton, ce serait exagéré, mais un défenseur conscient de la cause bretonne oui. Dans les années 30, il fonda l’Association les Bretons Émancipés et son journal War Sao ! (Debout !).
C’est cette histoire de colère, de passions et de tragédies que conte ici l’auteur, Georges Cadiou

Le livre est à commander sur le site yoran-embanner.com

Pour l’évoquer, nous avons interviewé Georges Cadiou.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaitraient pas ? 

Georges Cadiou : Je suis né à Brest en 1951. Ma famille est originaire du Huelgoat. Mes parents travaillaient à la SNCF. J’ai longtemps été journaliste de presse écrite puis à la radio, notamment dans le domaine sportif, à RBO, aujourd’hui France-Bleu Breizh Izel à Quimper. A ce titre, j’ai suivi de nombreuses compétitions internationales, 1300 commentaires de matches de foot en direct, 15 Tours de France, les grandes courses de voile … J’ai écrit plus de 25 livres sur le sport et sur l’histoire de la Bretagne et participé à plusieurs documentaires télévisés.

Breizh-info.com : Ecrire une biographie de Marcel Cachin, cela sonnait finalement presque normal pour vous qui avez été militant communiste, et régionaliste breton, non ? Comment se fait-il que le PCF, souvent prompt à écrire ou à réécrire l’histoire, n’ait jamais consacré un ouvrage dédié à ce personnage politique majeur du communisme français ?

Georges Cadiou : Après une dizaine d’années de militantisme, y compris lors de mon service militaire au PC Martiniquais de manière clandestine, j’ai quitté le PCF en 1979. J’étais en désaccord avec l’invasion de l’Afghanistan, le « bilan globalement positif » de Georges Marchais sur les pays de l’est et la volte-face des communistes bretons sur la centrale nucléaire de Plogoff. Plus tard, j’ai rejoint pendant quelques années l’UDB. J’ai même été maire-adjoint de Quimper sous cette étiquette. Aujourd’hui, je ne suis encarté nulle part. J’ai constaté un manque : Cachin qui a joué un rôle éminent n’a pas de biographie à la différence de certains de ses contemporains comme Jean Jaurès, Léon Blum, Aristide Briand, Georges Clémenceau … J’ai voulu combler le vide, d’autant plus qu’à la fin des années 1970, j’ai été secrétaire général de l’Union des Bretons de l’Ile de France, une association issue de l’association des Bretons Emancipés qu’avait créée Cachin à Paris dans les années 30. 

Breizh-info.com : Si vous deviez, en quelques lignes, résumer quel genre d’homme était Marcel Cachin, que diriez-vous ? 

Georges Cadiou : Cachin était un Breton bretonnant de Paimpol. Il émaillait souvent ses discours, en Bretagne et à Paris, d’expressions bretonnes. Né dans un milieu catholique, il en gardera toujours la marque, y compris en rejoignant une autre « religion » ! Il a passé une trentaine d’années au Parti socialiste SFIO puis une trentaine d’années au Parti communiste dont il est l’un des créateurs au Congrès de Tours en décembre 1920. Journaliste (il a été 40 ans directeur de L’Humanité), député, sénateur, son rôle, aujourd’hui méconnu, a été déterminant dans le mouvement ouvrier français.

Breizh-info.com : Il fût l’un des principaux fondateurs du Parti Communiste Français. Stalinien convaincu, ne mouftant par lors des grandes procès de l’époque… avec tout ce que cela implique. Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui encore, des rues de Bretagne puissent porter son nom, malgré les dizaines de millions de morts ?

Georges Cadiou : Vaste débat que les noms de rues ! Si on aborde ce sujet, je crains qu’il n’y ait pas beaucoup de « noms sans tâches » ! Cachin fut, comme d’autres à son époque, un stalinien convaincu, mais il fut aussi un fervent anticolonialiste, antifasciste, défenseur de l’Espagne républicaine et partisan absolu de la Bretagne et de sa langue ! La vie d’un homme est souvent complexe et, dans cette biographie, j’aborde tous les sujets, y compris ceux qui fâchent !

Breizh-info.com : Parlez-nous à ce sujet de son engagement – ce qui peut paraitre étonnant pour un internationaliste, stalinien qui plus est – en marge du mouvement breton de l’époque, à travers War Sao notamment ? 

Georges Cadiou : Cachin a laissé des carnets intimes qui ont été publiés par le CNRS voici quelques années. On lit des choses assez étonnantes dans ces Carnets. Il parle beaucoup de la Bretagne qu’il appelait en public « sa petite patrie ». Mais, dans ses Carnets, il parle carrément et à plusieurs reprises de « Nation bretonne ». J’en donne quelques exemples dans mon livre.

Breizh-info.com : Anecdote, il était aux côtés de l’Abbé Perrot et d’Olier Mordrel à l’enterrement de Yann Sohier… Les tensions entre les différentes factions de l’Emsav étaient-elles moindres à l’époque ?

Georges Cadiou : Cachin était un ami intime de Yann Sohier, Yann Skolaer comme on l’appelait dans l’Emsav. Il fut aussi lié à d’autres militants bretons comme Fanch Eliès (Abeozenn) qui écrivit, en breton, dans War Sao, ou encore René-Yves Creston. Tous les militants à l’époque se connaissaient. C’était un petit milieu. La guerre, la collaboration et l’occupation ont fait voler tout cela en éclats. J’évoque cette période, tragique et difficile, dans un autre ouvrage publié voici une vingtaine d’années : « L’hermine et la croix gammée ».

Breizh-info.com : Marcel Cachin a traversé deux guerres mondiales. A-t-il évolué politiquement entre 1914 et 1945 ?

Georges Cadiou : Oui, il est passé du socialisme jauressien au communisme, la nouvelle foi du siècle à laquelle beaucoup ont cru ! Rappelons qu’en novembre 1946, le PCF faisait plus de 28% des voix au plan national. En Bretagne même, ses scores étaient importants, notamment dans le Finistère (27%) et dans ce que l’on appelait alors les Côtes-du-Nord (31%). Il y avait plusieurs députés communistes bretons (trois dans le Finistère !).

Breizh-info.com : Quel héritage Marcel Cachin a-t-il laissé au communisme français ? Et à la Bretagne ?

Georges Cadiou : Aujourd’hui, le communisme, du moins celui que l’on a connu, est quasiment mort. Il pèse quelques 2% dans les votes. Marcel Cachin a représenté un communisme populaire, celui du Front Populaire et celui de la Libération, un communisme qui s’est fracassé sur le stalinisme. Et surtout Cachin a été Breton de toute son âme. Il a tenté cette synthèse entre l’espérance universelle, sorte de messianisme laïc, et la défense d’une identité bretonne qu’il a toujours revendiquée ! A-t-il complètement échoué lorsque l’on voit le monde d’aujourd’hui et un avenir sinistre à bien des égards ? Peut-être, mais j’’espère que ma modeste biographie apportera quelques éléments d’espoir à ceux qui luttent encore pour la libération humaine !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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2 Commentaires

  1. Le ralliement de Cachin au PCF n’allait pas forcément de soi.
    Avec des fonds du Quai d’Orsay, il tentera de mettre sur pied une sorte d’Internationale deux et demi regroupant les partis socialistes des Etats de l’Entente (notamment l’Angleterre). Il sera en contact à l’époque avec Mussolini qu’il aidera à entrainer son pays dans la guerre. Il verra d’un mauvais œil la conférence de Zimmerwald (à ma connaissance, aucun « père fondateur » du PCF n’y était non plus) et se vantera d’avoir pleuré de joie en voyant le tri liv flotter sur Strassburg. Pas le profil type du révolutionnaire prolétarien internationaliste.
    Par dérogation, il aurait pu rester dans la Franc Maçonnerie tout en étant au PCF.

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