Arnaud Guyot-Jeannin : « Le nationalisme conduit à l’éradication des enracinements ethnopopulaires et des identités collectives » [Interview]

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Arnaud Guyot-Jeannin vient de rédiger une Critique du nationalisme, Plaidoyer pour l’enracinement et l’identité des peuples, éditée chez Via Romana, ouvrage d’une centaine de pages vivifiantes, que nous vous conseillons. Un ouvrage préfacé par Alain de Benoist.

Voici le 4ème de couverture ci-dessous :

Le nationalisme est une idéologie moderne. A l’échelle de l’histoire, il représente un phénomène récent qui trouve son paroxysme dans l’exaltation nationale au moment de la Révolution française.

Bien qu’amorcé par la monarchie capétienne, le processus de centralisation s’est effectué au détriment de l’identité des peuples de France.

Historiquement, le nationalisme est d’abord une idéologie de gauche qui s’est progressivement déplacée vers la droite. Mais, elle a été le plus souvent réactive si bien qu’aujourd’hui la gauche et la droite s’en réclament. La patrie traditionnelle (la terre des pères) qu’il ne faut pas confondre avec la patrie moderne (jacobine et contractuelle) renvoie parfaitement aux Deux patries décrites par Jean de Viguerie. D’un côté la patrie traditionnelle et enracinée, de l’autre la patrie moderne et révolutionnaire.

Au moment où la mondialisation libérale s’étend un peu partout sur la surface du globe, le nationalisme (sous des variantes différentes) revient en force. S’il peut opérer des critiques pertinentes à l’égard de la première, ses réponses ne permettent pas de la pousser dans ses derniers retranchements et proposer une alternative à l’hypermodernité narcissique et hétérophobe qui caractérise également le nationalisme.

Pour commander ce livre, c’est ici

Nous avons interviewé Arnaud Guyot-Jeannin pour évoquer l’ouvrage.

Breizh-info.com : Quelles sont les différentes définitions du nationalisme ?

Arnaud Guyot-Jeannin : Le nationalisme recouvre plusieurs acceptations. On peut néanmoins s’entendre sur deux d’entre-elles. La première définit le nationalisme comme l’aspiration plus ou moins volontaire, entée sur des éléments objectifs ou subjectifs, d’un peuple à se constituer ou se reconstituer en tant que nation, celle-ci étant le cadre le plus adapté à l’affirmation de l’identité collective. Il s’agit là d’un mouvement perpétuel de construction historique. La seconde acceptation définit plus simplement le nationalisme comme la doctrine politique qui affirme que le gouvernement doit se préoccuper d’abord, voire exclusivement, de l’intérêt national. Fondamentalement réactif, le nationalisme est d’abord contre. Il est rarement pour. Il suscite les guerres ou est suscité par elles.

En effet, il se désigne un ennemi. Mais cet ennemi peut être différent selon les circonstances. C’est ainsi qu’historiquement on peut constater que le nationalisme a pu être aussi bien moderne qu’antimoderne, élitiste que populaire, monarchiste que républicain, de droite que de gauche, libéral que socialiste, catholique qu’athée. Malgré la pluralité du nationalisme, celui-ci demeure partisan de   l’ethnocentrisme et du subjectivisme national/tribal. Il incarne une idéologie au Moi exacerbé. Et ne reconnaît par l’identité en soi, mais l’identité pour soi. Le préfacier Alain de Benoist a raison d’affirmer : « La leçon est claire : se battre au nom d’une appartenance (subjective), c’est bien, se battre au nom d’une conception (objective), c’est mieux ». En effet, l’appartenance est un fait objectif. La défense de la nation est un jugement subjectif. Or, mon identité n’est pas obligatoirement une menace pour celle des autres. De même, l’identité des autres n’est pas plus une menace pour la mienne propre. Il faut donc opposer l’appartenance comme principe (avoir un principe surplombant l’appartenance, défendre les peuples, tous les peuples, et par conséquent aussi le sien) à l’appartenance comme subjectivité (donner raison aux siens, défendre son peuple, en n’importe quelles circonstances). 

Breizh-info.com :En quoi est-il indispensable, selon vous, de dépasser, au 21ème siècle, le nationalisme ? Croyez-vous en l’hypothèse d’une troisième voie émergente, entre nationalisme et mondialisation libérale ?

AGJ : L’Etat-nation centralisé et administratif français est trop grand pour régler les petits problèmes (revendications identitaires, tribales et communautaristes) et trop petits pour s’occuper des grands (construction européenne, mondialisation). Quant aux problématiques écologiques, elles renvoient au local comme au global. En son temps, Denis de Rougemont a pu proclamer avec lucidité : « Parce qu’ils sont trop petits, les Etats-Nations devraient se fédérer à l’échelle continentale ; et parce qu’ils sont trop grands, ils devraient se fédéraliser à l’intérieur ».Et Rougemont d’ajouter : « Nous ne voulons pas la disparition de l’Etat ; au contraire, nous en voulons à chaque étage ». 

Il est évident qu’avec l’Union européenne, qui est une anti-Europe, il faudra attendre un moment pour édifier cette nécessaire Europe fédérale basée sur le principe de subsidiarité, dit de souveraineté conjuguée et de compétence suffisante, qui veut que chaque décision soit prise à l’échelon le plus bas possible. Mais elle est pourtant nécessaire, voire indispensable, parce que nous vivons dans un monde interdépendant, multipolaire et globalisé, traversé par des grands ensembles civilisationnels et continentaux (L’Inde, la Chine, la Russie, les Etats-Unis) auxquels la France seule ne peut pas faire face. C’est pourquoi il n’est pas interdit d’entrevoir, à moyen terme, la mise en place d’un Empire européen. Mais, pour cela, il faut que cet Empire Européen tire sa légitimité d’un sacré qui fait défaut.  

Breizh-info.com : En quoi, finalement, le nationalisme est-il l’antithèse de l’enracinement, de la défense de l’identité ?

AGJ : Le nationalisme conduit à l’éradication des enracinements ethnopopulaires et des identités collectives. Historiquement, l’Etat-nation jacobin issu de la Révolution française a centralisé la France – depuis Paris – au détriment de ses peuples constitutifs (Bretagne, Alsace etc…). Ce processus uniformisant était en germe sous la monarchie capétienne à partir de Philippe Le Bel où le roi a joué la bourgeoisie contre les féodaux. 

Il faut comprendre que le nationalisme est une idéologie moderne et de gauche. Il n’a rien de traditionnel. Il en est même l’antithèse ou la parodie. La volonté de puissance nationaliste, sous la monarchie absolue comme sous la Révolution française, se substitue à l’autorité spirituelle, à l’aristocratie traditionnelle et aux corps intermédiaires. Ainsi, à la légitimité sacrale du pouvoir succède la légitimité nationale. La centralité nationale se substitue à la centralité spirituelle. Les corporations, elles, sont abolies par la sinistre Loi le Chapelier (14 juin 1791). Ainsi la bourgeoisie et l’Etat-tout puissant vont déboucher sur un capitalisme industriel sans foi ni loi, niant toute protection sociale pour le peuple.  

L’Etat national représente la phrase rétractée de l’actuelle uniformisation à l’échelle mondiale. L’article 2 de la Constitution de 1958 s’inscrit dans la lignée du jacobinisme républicain. Il proclame que la France est une « République une et indivisible » qui fait fi de « toute distinction d’origine, de race ou de religion ». Cet article ordonne que la France soit une nation qui comprenne un seul et unique peuple. Les cultures traditionnelles sont balayées. Ce centralisme jacobin se conjugue aujourd’hui à la mondialisation capitaliste à l’échelle locale, nationale et continentale. C’est pourquoi, demain, seule une France et une Europe des peuples enracinés nous éviteront le pire !        

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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5 réponses à “Arnaud Guyot-Jeannin : « Le nationalisme conduit à l’éradication des enracinements ethnopopulaires et des identités collectives » [Interview]”

  1. Venard dit :

    Cette interview d’Arnaud Guyot Jeanin est particulièrement intéressante mais sa transcription à l’écrit est assez erratique. On perd en compréhension, quel dommage !

  2. patphil dit :

    entre les traditions du passé et le système woke, je choisis
    serais je devenu réac? et bien je l’assume

  3. Alan al louarn dit :

    Il est temps que la Bretagne se sépare de cette branche pourrie qu’est devenue la France.

  4. Louz dit :

    Article intéressant mais il est faux de dire que la constitution de la république française dans son article 2 mentionne que la France est une « République une et indivisible ». Il est écrit plutôt que la France est une « République indivisible »
    Cela change tout ! Il est vrai que par le passé ces termes de Une et Indivisible étaient mentionnés mais depuis la réécriture de la constitution en 1958, cela n’est plus le cas. Peut-être faut-il y voir un oubli fâcheux de nos statolâtres ou du début de la fin du jacobinisme français ?
    Betek an trec’h !!!

  5. Marc RICAUD dit :

    Être monarchiste ne consiste pas à cracher sur la république, qui a produit, à son tour, le maximum pour ce pays, et qui a enfanté tant d’illustres personnages. Seulement j’estime que la monarchie a le mieux préserver l’entité que représente la France et ses provinces, parce qu’elle a par sa nature, par son legs, et par son expérience, une vue, une idée plus précise et plus complète de ce qu’est une Nation.
    La monarchie n’a jamais nié l’identité des provinces, elle n’a pas cherché à les dissoudre en découpages administratifs fluctuants, qui n’ont ni fondements ni sens.
    Au contraire, pour elle, la magnificence des provinces étaient la fierté même de la couronne.
    Elle n’a pas cherché à détruire systématiquement l’âme des peuples en interdisant leurs us et coutumes ainsi que leurs langues et leurs dialectes, Cet héritage est de loin la richesse première (un trésor).
    L’école ne doit pas brader cet héritage. Car si les mathématiques sont un langage universel, c’est principalement par la langue que l’âme d’un peuple se transmet.
    Si la Monarchie a péché, c’est par orgueil, par un certain mépris d’un pouvoir devenu trop hautain, trop absolu et trop concentré sur l’île de France. cela a-t-il changé en République, de nos jours….?
    Non seulement cela n’a pas changé, mais a empiré, dans la mesure où nous subissons cette arrogance de part les directives européenne tombant du « cloud » » bruxellois.

    Il semble acquis, pour la très grande majorité des citoyens, que la république qui est une et indivisible, soit en plus irréversible.
    Alors pourquoi régulièrement, il faut en changer ? Nous en sommes à la 5è, sur une durée de 228 ans, et certains rêvent de la 6è, sans plus se poser de questions. la République douterait-elle d’elle même ?
    Je ne connais pas de cas semblables, dans le monde (à creuser).
    On n’hésite pas à changer de république, alors que des réajustements de la constitution suffiraient.

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