Corse : les paradoxes d’une île nationaliste qui vote Le Pen/Zemmour

Comment expliquer que la Corse a placé Marine Le Pen en tête des suffrages ce dimanche soir (25,58%) tout en réservant un score élevé à Eric Zemmour (12,80%) alors même que les nationalistes sont désormais hégémoniques aux élections locales ?

1/ La Corse est historiquement séparée en deux entités humaines et politiques : Cismonte et Pumonti. Le « Deçà des monts » et « Dela des monts ». « Terre des communs » au nord, « Terre des Seigneurs » au sud. Radicaux de Gauche au nord. RPR/UMP/LR au sud.

2/ La surprise n’est que pour les Français, les Corses, eux, savaient que la chef du RN serait à son maximum à l’issue de ce premier tour. Notons qu’en additionnant les scores Le Pen/Zemmour, la droite nationale française fait 41% en Corse !

La seule véritable surprise vient du score de Jean Lassalle en fait : 10,42% des suffrages. Dans certaines communes, il est même en tête. Le discours ruraliste et anti-système de Lassalle aura séduit les Corses !

3/ Les indépendantistes de Core in Fronte et Corsica Libera avaient appelé à l’abstention et la consigne de non-vote a été globalement respectée, notamment chez les jeunes. Les autonomistes de Femu a Corsica et du PNC n’avaient, eux, donné aucune consigne. Or, pour les Corses, c’est un appel à rester chez soit ! Le taux d’abstention de ce dimanche est tout de même supérieur de 10 points à la moyenne française ! « L’abstention Colonna » n’explique pas tout mais elle est prépondérante et fausse quelque peu la « photographie politique » de la Corse. A noter qu’à Cargèse, fief de la famille Colonna, l’abstention est à 40% Dans un village proche, les assesseurs ont déclaré Yvan Colonna vainqueur de l’élection de ce dimanche car une majorité avait glissé des bulletins marqué au nom du martyr nationaliste dans l’urne !

4/ Marine Le Pen est en tête dans quasiment toutes les villes, villages et hameaux de Corse ! 28,51% en Corse-du-Sud et 28,02% en Haute-Corse. La présidente du RN fait ainsi des scores très importants dans l’urbain et le péri-urbain. A Ajaccio, par exemple, les 30,56% de Marine Le Pen laissent le président sortant à 12 points derrière, alors même que le maire, Laurent Marcangeli, avait officiellement apporté son soutien à Emmanuel Macron ! Dans les quartiers populaires de l’est de la capitale administrative de l’île sont stratosphériques. Vote identitaire anti-immigrés ? Chuuuuut, il ne faut pas le dire aux leaders nationalistes…

5/ Zemmour fait des très bons scores dans l’île. Avec 12,80% des suffrages, il y atteint même son meilleur score de l’Etat français. Dans le Sud de l’île, terre traditionnellement de Droite, Zemmour est à son maximum.

6/ La Droite traditionnelle s’est effondrée, Macron est détesté. Comme en France, la Droite traditionnelle qui a dominé le Sud de l’île pendant des siècles, s’est effondrée, le duo Le Pen/Zemmour prenant la place (Le Pen mordant aussi sur l’électorat de gauche, notamment l’ancien électorat communiste). Quant à Emmanuel Macron, l’affaire Colonna et les multiples petites médiocrités de la part du pouvoir en place qui ont bien chauffé les esprits depuis cinq ans, ont achevé de détruire son image. Macron n’est définitivement pas le président des Corses !

7/ Les Nationalistes ont pris la place de la Gauche traditionnelle. Paul Giaccobi, ancien président de la Collectivité Territoriale, condamné dans certaines affaires et relaxé dans d’autres, le disait déjà en octobre dernier : la Gauche (française) n’existe plus dans l’île. Elle n’a plus d’élus, plus de mairies, plus de militants. Le « Clan PRG » est mort et enterré.

Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, a toujours bataillé contre l’autonomie et l’autonomisme tout en changeant brusquement son fusil d’épaule quelques temps avant le scrutin. Son score de 13,37% est cependant largement inférieur à ce qu’il réalise en France (22%). Traditionnellement, la France Insoumise n’est pas très implantée en Corse et, nous le répétons, le flambeau de la Gauche a été repris par les Nationalistes. Pas ou peu de place pour quelqu’un d’autres, surtout un jacobin comme Mélenchon ! Yannick Jadot, pour sa part, aurait pu compter sur l’appui des Verts locaux, mais traditionnellement I Verdi Corsi est ultra-nationaliste (plusieurs de leurs cadres auraient été des cadres du FLNC) et allié aux indépendantistes ou aux autonomistes suivant les circonstances. Leur leader historique fraîchement décédé Norbert Laredo, considérait même la Corse comme « un pays ». Difficile, par conséquent, de faire passer le discours déconstructiviste et parisien d’une Sandrine Rousseau par exemple…

8/ Les Corses et les immigrés ce n’est pas le grand amour. Il fallait bien répondre à la question de départ : pourquoi la Corse nationaliste vote-t-elle à ce point pour une jacobine française ? La réponse est simple et ne fait pas plaisir aux mouvements nationalistes, tout emplis de compassion fraternelles à l’égard de « leurs frères méditerranéens » : les Corses voient d’un très mauvais œil l’immigration française mais aussi extra-européenne. Même si les responsables natios essayent de cacher la chose, le nationaliste de base n’est pas forcément un immigrationniste convaincu. De riches français et des fonctionnaires continentaux s’installent chaque année en Corse mais des immigrés plus exotiques s’installent également et dans certains quartiers notamment populaires, la cohabitation ne se passe pas bien. Lors des récentes émeutes, des tags « Arabi Fora » ont également fait leur apparition, dénoncés immédiatement par Gilles Siméoni ou Jean-Guy Talamoni qui surjouent les leaders « progressistes » et « éclairés », loin de ces basses considérations « racistes ». Pas sûr que le Corse de base des Salines à Ajaccio ou de Lupinu à Bastia soit aussi fraternel… Rappelons-nous les émeutes anti-immigrés (suite à l’attaque d’un camion de pompiers par des jeunes maghrébins) aux Jardins de l’Empereur à Ajaccio il y a 6 ans, sans parler d’incidents récurrents entre jeunes Immigrés et jeunes Corses ou des affaires de femmes voilées dans les écoles réglées par l’association des parents d’élèves proche des nationalistes « I Parenti Corsi ». Le vote Le Pen/Zemmour est aussi en Corse, un vote anti-système et anti-immigration, quelles que soient les prises de position des deux leaders français de la Droite nationale sur d’autres sujets.

Car si les Corses votent nationalistes parce qu’ils sont nationalistes, ils n’épousent, pour autant, pas les prises de position bisounours des leaders et s’inquiètent légitimement de l’arrivée de l’islam et d’immigrés inassimilables parmi le flot d’arrivées annuelles. Le fait qu’Yvan Colonna ait été assassiné par un musulman djihadiste n’a pas non plus arrangé la chose…Pierre Poggioli, ancien leader du FLNC, le dit depuis dimanche sur son blog : « Les nationalistes auront beau le crier à tout bout de champ en dénonçant le racisme anti-arabe récurrent, et en réaffirmant que l’intégration au peuple corse ne dépendent ni de la couleur, ni de la religion, ni de l’origine, beaucoup de Corses, même qui votent nationaliste aux échéances locales, ne les suivent pas sur ce plan. » Nous ne saurions dire mieux !

Anne-Sophie Hamon

Crédit photo : DR

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8 réponses

  1. Premièrement il faudrait toujours annoncer les résultats selon le % d’inscrits… Et cela devient tout de suite moins impressionnant.
    Abstention 37,24%
    Marine Le Pen 28,58% des voix exprimées, 17,40% des inscrits…

    1. Macron est l’ennemi No1 en Corse. D’ailleurs il n’est pas venu faire son bain de foule sur l’île. Comme c’est bizarre.

  2. Sur un article de 75 lignes, « rester chez soit, avec un « t » est pardonnable. Bravo à nos frères Corses!

  3. Des corses et continentaux ont fait un vote sanction RN par un refus total de Macron, en sachant pertinemment que cette élection n’est qu’une parodie en nous refaisant le coup de la mère Lepen au 2è tour avec des chances d’être élue. Résultats, ça déclenche une gastro chez un max de Français qui voteront Macron au 2è tour.

  4. les assesseurs ont déclaré Yvan Colonna vainqueur de l’élection de ce dimanche car une majorité avait glissé des bulletins marqué au nom du martyr nationaliste dans l’urne ! J’adooore! Evviva u populu corsu

  5. En Corse nous pouvons être nationaliste mais on as aveugle. Hors de questions de subir une immigration comme sur le continent .Soyons franc quand nous voyons ce que la France est devenu … Alors oui le vote a la extrême droite est important. Amis bretons vous par contre vous ne avez rien compris et pourtant la racaille immigrés est déjà chez vous!!!!

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