Macron, Le Pen et l’euthanasie

La question de l’euthanasie constitue un choix de civilisation, puisqu’elle détermine la conception qu’une société a de la mort. Pourtant, elle ne fait pas partie des grands thèmes de la campagne présidentielle. Tandis que Marine Le Pen s’oppose à l’euthanasie, les dernières confidences d’Emmanuel Macron ne laissent aucun doute sur sa volonté de l’instaurer, en s’inspirant même du modèle belge.

Macron pour l’euthanasie sur le modèle belge 

Pendant le quinquennat de Macron, la loi sur la fin de vie n’a pas été modifiée. En 2018, dans le cadre des États Généraux de la bioéthique, le CCNE (Comité national consultatif d’éthique) avait conclu qu’il n’était pas nécessaire de modifier la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016. En avril 2021, en pleine crise sanitaire, l’article 1er d’une proposition de loi légalisant l’euthanasie avait été approuvé à l’Assemblée nationale par 240 voix contre 84. Son examen n’avait pas abouti alors que 3005 amendements avaient été déposés.

Emmanuel Macron reste pendant la campagne présidentielle discret sur la question de l’euthanasie. Il veut sans doute éviter de subir de grandes manifestations, comme cela avait été le cas lors de la loi instaurant le mariage pour tous, lesquelles avaient fait chuter la côte de popularité de François Hollande.

Lors de la conférence de presse de présentation de son programme, le président de la République était resté flou sur son opinion personnelle au sujet de l’euthanasie. Il avait juste énoncé qu’en cas de réélection, il mettrait en place une « une convention citoyenne pour qu’elle fasse accoucher un consensus », puis qu’il soumettrait « à la représentation nationale ou au peuple, le choix d’aller au bout du chemin qui sera préconisé ».

Mais en déplacement à Fouras, en Charente-Maritime, Emmanuel Macron a fait sur le thème de l’euthanasie une confidence passée inaperçue. Interrogé sur ce thème, il a répondu : « Je vous donne un avis personnel parce que je pense qu’il faut un débat dans la société sur un tel sujet. Je suis favorable à ce qu’on évolue vers le modèle belge ».

Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et soutien de Macron, a précisé sur France Info le 11 avril que « le droit de mourir dans la dignité » serait la grande réforme sociétale d’un second quinquennat d’Emmanuel Macron. Il faut savoir que la terminologie « droit de mourir dans la dignité » est fréquemment utilisée par les partisans de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

Emmanuel Macron se rapproche ainsi des propositions des candidats de la gauche. Pendant la campagne du premier tour, Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo, Nathalie Arthaud, Fabien Roussel, Philippe Poutou et Yannick Jadot s’étaient engagés, s’ils étaient élus, à autoriser en présence d’une maladie incurable l’euthanasie (le corps médical prend la décision et pratique l’injection létale) et même le suicide assisté (le patient s’injecte lui-même le produit).

Quel est ce « modèle belge » voulu par Macron ? C’est un modèle qui va très loin dans l’euthanasie. La loi belge n’exige pas que la personne soit en phase terminale d’une maladie grave et incurable, seul étant pris en compte le critère subjectif de la souffrance. La Belgique était même le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie des mineurs, sans limite d’âge. Les premières euthanasies de mineurs ont été réalisées en 2017, sur des enfants de 9, 11 et 17 ans.

Marine Le Pen contre l’euthanasie 

En revanche, à droite, on n’entend pas modifier la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, qui interdit l’« euthanasie active », favorise les soins palliatifs, mais encadre l’usage de la sédation profonde et continue, jusqu’au décès, pour les malades en phase terminale. Même si la frontière entre l’arrêt des soins et l’euthanasie est floue, on considère encore que donner la mort ne peut pas être un acte médical.

Dans cet esprit, Marine Le Pen affirme « je suis opposée à l’euthanasie et au suicide assisté ». Elle réclame « un grand plan pour développer les soins palliatifs ». Elle précise qu’« il faut vraiment qu’on fasse un bond qualitatif dans le domaine des soins palliatifs, dans le domaine de la lutte contre la douleur et notamment en fin de vie. Il y a encore un tiers des départements où il n’y a pas de structures de soins palliatifs ».

En effet, les soins palliatifs prennent en charge 100 000 personnes par an, alors que la Sécurité sociale estime les besoins annuels à plus de 300 000. Vingt-six départements de la métropole ne comptent toujours aucune unité de soins palliatifs.

Pascal Marie

Crédit photos : DR
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5 réponses

  1. Quand on voit l’état d’esprit, la hargne des héritiers envers le vieux assis sur son argent qui leur fait défaut et qui le dilapide par ses frasques ou ses séjours couteux en maison de retraite, ses caprices, ses plaisirs à manipuler la famille avec des promesses de dons ou de testament, ensemençant la haine entre les fratries.. on imagine que l’euthanasie hantera les familles… La démence sénile commence doucement mais efficacement. Elle détruit les familles.

  2. Attali qui a dit avoir « inventé » Macron a toujours fait de l’euthanasie son cheval de bataille, insistant lourdement sur le fait que dans les dernières années de sa vie on coute un pognon de dingue à la société. Avant de devenir un covidiste dur.
    Macron a dit qu’il n’y avait rien au dessus de la vie.

  3. Tout catholique cohérent doit voter MLP car macron n’a cessé de violer les « points non négociables » si bien définis par Benoît XVI, contrairement à MLP. Attali n’a pas la moindre autorité en la matière, je ne vois pas pourquoi on ne cesse de se référer à ce sinistre philosophe de salon. Il a comme tous les hommes reçu la vie en naissant et il devra la rendre en mourrant. Si ce n’est pas à Dieu alors il a un problème que n’ont pas ceux qui croient en Dieu.

    1. Très bien dit !
      D’ailleurs, les Chrétiens en général devraient s’habituer à jauger les politiques à la lumière du Décalogue…
      Et pour les élections, c’est avec cette grille de lecture qu’il faudrait analyser les professions de foi et programmes des candidats. C’est très instructif.
      En l’appliquant au quinquennat Macron, on voit très vite que tout va de travers.
      S’il est difficile de « juger » pour les 2 premiers commandements, on trouve par contre moult exemples pour illustrer comment il a réussi à bafouer voire piétiner à l’extrême les 8 autres….

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