Judit Varga, ministre de la Justice : « Le peuple hongrois a prouvé qu’il est possible de croire aux valeurs de la famille, de la patrie, du christianisme » [Interview]

Entretien avec la ministre hongroise de la justice Judit Varga réalisé par notre confrère Álvaro Peñas (El Coreo de Espana) et traduite par nos soins.

« Pour nous, la démocratie signifie la volonté du peuple »

Personne ne s’attendait à une victoire aussi écrasante du Fidesz. Quelles sont les causes de ce soutien massif du peuple hongrois ?

Judit Varga : Le peuple hongrois a vu que le camp chrétien-conservateur avait une passion commune, et le nom de cette passion est la Hongrie. Au cours des 12 dernières années, nous avons prouvé que les intérêts du peuple hongrois passaient en premier pour nous. C’est pourquoi nous avons créé un million de nouveaux emplois, réduit les frais généraux, créé des emplois, tout en apportant un soutien financier aux familles et aux personnes âgées. Notre credo est que la Hongrie doit rester un pays chrétien souverain où des notions comme la foi, la patrie ou la famille ne sont pas simplement des mots obsolètes mais de véritables valeurs, qui constituent l’épine dorsale de notre identité hongroise millénaire. Nous nous sommes tenus par la main et avons envoyé un message clair au monde : quelles que soient les intrigues et les ruses de la gauche européenne pour mettre la Hongrie à genoux, nous résisterons et défendrons nos compatriotes et l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants, tout en restant de vrais partenaires honnêtes dans l’UE. Au bout du compte, c’est toujours le cœur qui l’emporte !

À Bruxelles, la victoire du Fidesz a fait mal. Dès le premier jour, on a parlé d’une « victoire légale mais injuste » et la Commission européenne a lancé le mécanisme de l’État de droit pour sanctionner la Hongrie. Y a-t-il un problème de démocratie à Bruxelles ? Ne pensez-vous pas que ces actions ne peuvent que conduire à un éclatement de l’UE ?

Judit Varga : Je parie que le résultat des élections a donné à réfléchir aux eurocrates de Bruxelles qui utilisent apparemment une autre définition de la démocratie. Pour nous, elle signifie la volonté du peuple. Et les citoyens hongrois ont clairement indiqué qu’ils ne veulent pas du retour de la gauche ratée. Le mécanisme de l’État de droit n’est qu’un simple outil politique pour se venger de la victoire du camp national conservateur. Permettez-moi de rappeler un article de Bloomberg, un média auquel on peut difficilement reprocher d’être conservateur, selon lequel ces mesures punitives seraient risquées en ces temps difficiles. Mais Bruxelles persiste, sans se soucier des conséquences. En fait, ces batailles politiques mesquines ne feraient que briser la confiance déjà fragile dans les institutions européennes. Néanmoins, nous résisterons et resterons ouverts au dialogue pour réaliser enfin le rêve de nos pères fondateurs : être unis dans la diversité.

Le mois dernier, je me suis rendu à Beregsurany, où j’ai pu constater les efforts considérables déployés par la Hongrie face à l’afflux de réfugiés en provenance d’Ukraine. L’UE offre-t-elle une aide dans cette crise ou se contente-t-elle de belles paroles ?

Judit Varga : Laissons les chiffres parler d’eux-mêmes. Jusqu’à la mi-avril, la Hongrie a consacré 1,6 milliard d’euros à la défense de ses frontières méridionales et plus de 105 millions d’euros à la gestion de la situation des réfugiés résultant de la guerre en Ukraine. L’Union européenne n’a jusqu’à présent couvert que 2 % de ces coûts, ce qui est ridicule. Il y a enfin des raisons d’être confiant, puisque la Commission européenne a récemment annoncé les premiers versements de fonds de cohésion aux États membres qui aident les réfugiés. En attendant, Bruxelles freine le FRR pour des raisons politiques.

Le président de Frontex, Fabrice Leggeri, a démissionné la semaine dernière à cause du rapport de l’OLAF, qui, selon Leggeri, défend les thèses des ONG les plus critiques. Que pensez-vous de ce qui se passe avec Frontex et de l’influence croissante des ONG dans l’UE ?

Judit Varga : Certaines ONG sont capables d’exercer une influence importante sur la vie publique et le débat public. La Cour de justice de l’UE l’a même confirmé lorsqu’elle s’est prononcée sur notre loi relative aux organisations de la société civile en Hongrie. Dans l’arène européenne, cependant, certaines ONG de gauche sont devenues des acteurs dominants du processus décisionnel. Leur activité avant les élections hongroises en est un exemple frappant. Elles ont littéralement utilisé tous les moyens pour discréditer le gouvernement conservateur. L’une d’entre elles a publié un rapport dans lequel elle affirme que le parti Fidesz a truqué les élections de 2018, une autre organisation, de gauche, a littéralement qualifié le gouvernement de cancer tandis que sur le forum d’un institut libéral, des intervenants ont soutenu la pression politique comme outil pour influencer la politique hongroise. Et la liste pourrait se poursuivre. L’une des sept thèses que la Hongrie a formulées sur l’avenir de l’Europe est que les décisions doivent être prises par des dirigeants élus et non par des ONG internationales !

Dans de nombreux médias occidentaux, le groupe de Visegrad est considéré comme brisé en raison de l’invasion russe en Ukraine. Cette situation préoccupe également de nombreux Hongrois en raison de leur amitié séculaire avec les Polonais. Quelle est la situation au sein du V4 ? Y a-t-il un risque d’éclatement si la guerre en Ukraine s’intensifie ?

J’envie ces journalistes qui ont le temps et l’énergie de discréditer notre alliance, comme s’ils n’avaient pas d’autres problèmes. C’est pourquoi je le répète encore une fois : la coopération du V4 est vivante et se porte bien. Nous continuons à nous consulter avant les réunions des ministres de l’UE, nous partageons nos points de vue sur les différentes questions et nous respectons la position de l’autre. Il n’a jamais été un secret que pour la Pologne, la question de la Russie est une ligne rouge, ni notre dépendance pragmatique à l’énergie russe. Bien que les médias libéraux oublient systématiquement de le signaler, la Slovaquie obtient également 85 % de son gaz de la Russie. Nous sommes du même côté que nos alliés du V4 dans de nombreux aspects concernant la guerre. La paix est une priorité absolue pour nous tous, tandis que la Hongrie s’est toujours jointe aux sanctions qui ont été soutenues de manière égale par tous les États membres. L’idée d’un éclatement du V4 n’est donc qu’un conte de fées des libéraux qui ne peuvent accepter le résultat des élections hongroises.

« Le peuple hongrois a prouvé qu’il est possible de croire aux valeurs de la famille, de la patrie, du christianisme »

Comment la guerre affecte-t-elle la situation économique en Hongrie ? Malgré la crise, le gouvernement hongrois va augmenter les retraites de 8,9 %.

Judit Varga : Soyons clairs : les prix continueront à augmenter tant que la guerre durera. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous permettre de rester les bras croisés. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger le peuple hongrois des conséquences de ces hausses de prix. C’est pourquoi nous avons introduit des restrictions de prix et augmenté les pensions tout en conservant les mesures précédemment introduites, telles que l’aide aux familles ou l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les moins de 25 ans. L’économie hongroise reste forte et stable, notre PIB a augmenté de 7,1 % l’année dernière, soit la deuxième meilleure croissance de l’UE, notre taux de chômage est inférieur à 4 % et les entreprises hongroises continuent de se développer. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, le gouvernement défendra les intérêts des citoyens et des entreprises hongrois.

De nombreux conservateurs voient avec espoir l’exemple de Viktor Orbán, pensez-vous que cette nouvelle, permettez-moi d’utiliser le terme, « révolution hongroise » puisse s’exporter ?

Judit Varga : J’espère vraiment que notre victoire donnera un nouvel élan à tous les conservateurs d’Europe. Le peuple hongrois a prouvé qu’il est possible de croire aux valeurs de la famille, de la patrie, du christianisme, et que l’idée ancienne d’une union basée sur une alliance forte de nations fortes peut être ramenée. La clé de la renaissance du conservatisme européen réside dans la coopération entre les groupes de réflexion, les mouvements et les civils, afin de maintenir la flamme spirituelle de ceux qui ont été laissés sans représentation appropriée dans l’UE, en particulier après que le PPE a perdu son identité et rejoint les forces libérales. Une ère magnifique et pleine d’espoir s’ouvre devant nous, même si une patience stratégique est également nécessaire aujourd’hui. Car le plus important à l’heure actuelle est la paix et la sécurité.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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Une réponse

  1. quoi? pas de lgbt’isme, pas de migrants accueillis les bras ouverts (hormis les ukrainiens aujourd’hui) pas de respect des « valeurs » de l’ue, pas de dileurs de drogue laissés impunis, pas « d’incivilités » tolérées et excusées, quel drole de pays!

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