Gastronomie italienne. La Ragù, un plat du dimanche

Dans cette chronique hebdomadaire, je vous proposerai des recettes originales et historiques, réconciliant ainsi deux aspects de ma personne, celle d’historien et celle patron de bistrot. Elles seront faciles à réaliser mais surtout liées à l’histoire d’un territoire ou de grands hommes. La gastronomie traditionnelle raconte une terre, des traditions, elle s’inscrit donc dans l’idée d’un combat identitaire, soulignant les diversités qui nous sont chères d’une région à une autre, écologique, travaillant des produits locaux et de saison, et éthique, réduisant au maximum le gaspillage et s’opposant au modèle uniformisé du fast food.

La Ragù, un peu d’histoire

Les pates à la bolognaise étaient probablement le plat qui me plaisait le moins avant d’habiter ici. Du Canada à la France, c’était en général un peu de viande hachée rapidement passée à la poêle à laquelle on ajoutait, au mieux, de la sauce tomate déjà prête ou, au pire, une abondante dose de ketchup et une montagne de gruyère ou d’emmental. Ici, on ne parle en général pas de pates à la bolognaise mais vient utilisé le terme « ragù » qui se prononce exactement comme notre « ragoût » dont il est dérivé. Ce « ragù » se régionalise ensuite, il peut être à la Bolognaise, à la Napolitaine, de Toscane (qui sont les trois principaux) où les ingrédients varient légèrement. Il peut être aussi « rosso » contenant de la tomate ou « bianco ».

Le terme « ragù » vient donc de notre terme de ragoût et du verbe ragouter, littéralement « réveiller » l’appétit. Les ragoûts en France sont des plats de viandes longuement mijotés accompagnés de légumes, la version italienne accompagne des pates de différentes formes, sur lesquelles nous reviendrons bientôt. C’est d’ailleurs bien le terme français qui était utilisé jusqu’aux années 30 pour décrire ces sauces longuement mijotées. Dans un effort d’italianisation, le régime de Mussolini imposera pour un temps le terme de « Ragutto » pourtant la version qui s’imposera et qui demeure aujourd’hui sera « Ragù » alliant l’italianisation du mot tout en conservant une prononciation similaire à la version française.

La Ragù est un plat du dimanche. D’une part car sa cuisson est lente et, d’autre part, étant un plat de viande, il était réservé aux jours de fête. Comme toutes les recettes issues des cuisines populaires, il n’est pas question d’utiliser des morceaux précieux, au contraire, la tendresse du résultat dépendant du temps de cuisson comme c’est le cas pour nos célèbres ragoûts hexagonaux. Afin de mieux se mélanger avec les pâtes, la viande est le plus souvent hachée avant la cuisson ou effilochée à la fin. Les Ragù sont en général fait avec un mélange de viande de bœuf et de porc, parfois avec du gibier comme le lièvre, le cerf ou plus fréquemment le sanglier. La version toscane contient des foies de volaille et de lapin en plus du bœuf, ce qui lui confère un gout plus sauvage. Un fois prêt, dépendant d’où vous vous trouvez en Italie, le ragù vous sera servi avec des tagliatelles, les lasagnes ou des tortellini si vous êtes à Bologne, des raviolis al plin si vous êtes à Turin, sur de la polenta à Verone, avec des ziti si vous êtes à Naples, des orechiete si vous êtes à Bari ou dans des boules de riz frit si vous êtes à Palerme ou à Catane ou des gnocchi si vous êtes à Rome. Aujourd’hui nous vous présenterons la plus classique des recettes de ragù, celle qui s’est exportée le plus, la version Bolognaise, dont la recette officielle est déposée auprès de la chambre de commerce de la ville depuis 1982. La sauce est épaisse, la tomate ne doit pas dominer contrairement à ce que l’on mange souvent en dehors de l’Italie.

La Ragù, la recette

Ingrédients : 300gr de bœuf haché, 300gr de porc haché, 100gr de pancetta taillée finement, 350gr de coulis de tomate, 200gr de bouillon de légume, un verre de vin rouge, un demi verre de lait entier, un oignon, une carotte, une branche de céleri, 30gr de beurre, 3 cuillères d’huile d’olive, sel et poivre.

Commencez par taillez en petits dés la carotte, l’oignon et le céleri à part égale et faire le dorer à feu vif dans un mélange d’huile et de beurre. Une fois un peu caramélisés, ajoutez la pancetta et les viandes, mélangez fréquemment afin de bien amalgamer les différents ingrédients. Un fois dorés, déglacez avec le vin rouge et, toujours à feu vif attendez qu’il s’évapore. Ajoutez ensuite le coulis de tomates, la moitié de votre bouillon, le sel et le poivre, baissez le feu et laissez mijoter deux heures ajoutant, si nécessaire un peu de bouillon si les liquides sont trop évaporés. Au bout de deux heures, ajoutez le lait, mélangez et continuez la cuisson pour 30 minutes environ. Votre « ragù alla bolognese » est alors prêt, il sera très dense. Vous pouvez le manger avec des pates ou l’utiliser pour faire des lasagnes en y ajoutant de la béchamel. Pour ce qui est du fromage, pas de gruyère ou d’emmental, à Bologne le parmesan râpé sur le moment est bien sûr le roi.

Pour les allergiques à la tomate, je vous conseille une variante, dites « in bianco », utilisez la même recette en ajoutant un beau bouquet garni de thym et de romarin, déglacez au vin blanc et, à la place du coulis de tomate, mettez uniquement le bouillon. Un régal notamment avec des gnocchis de pomme de terre.

Pierre d’Her

Crédit photo : DR

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