Député, un CDD en or …

Nous vous proposons une nouvelle rubrique, pas forcément régulière, dans laquelle Bernard Morvan vous relève quelques perles recueillies ici ou là dans la presse…ou ailleurs.

  • Molac – En 2012, Paul Molac avait été élu député de Ploërmel par hasard. Présenté par l’UDB et représentant l’ensemble des partis de gauche, il avait battu au second tour le candidat de la droite François Guéant (UMP) – le fils de son père ; ce qui relevait de l’exploit dans une circonscription de droite. Mais il avait profité du « tout sauf Guéant ». Le combat opposait un candidat « du pays » (fils de paysan) à un parachuté (fils d’un ministre sarkozyste). Le résultat est net : 52,56 %/47,44 % (3 000 voix d’avance). En 2017, il se représente avec la bannière LREM. Succès total puisqu’il est réélu dès le premier tour avec 54 % des suffrages exprimés – c’est unique en Bretagne. La candidate LR Marie-Hélène Herry, maire de Saint-Malo-de-Beignon, n’obtient que 14,45 % des voix. Mais au bout d’une année, «l’autonomiste autonome » – dixit Richard Ferrand – quitte le groupe des marcheurs à l’Assemblée nationale et crée avec quelques autres (en particulier les trois députés nationalistes corses) le groupe « Libertés et territoires » en octobre 2018. « Non, je ne le suis pas toujours », répond-il lorsqu’on lui demande s’il est très à l’aise dans le groupe LREM (Le Point, samedi 4 août 2018). Son grand succès : le vote de la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion. Paul Molac est candidat pour un troisième mandat : « J’ai toujours veillé à ce que les intérêts de la circonscription et de la Bretagne ne soient pas oubliés. Je n’ai pas toujours été entendu mais j’ai eu aussi de belles victoires », déclare-t-il dans un journal électoral – il est rédigé en breton, en gallo et en français. Cette fois, le match sera plus difficile puisqu’un candidat « Renaissance-Ensemble » (ex-LREM) lui sera opposé ; donc pas question d’être élu dès le premier tour, à moins d’un miracle. « A droite comme à gauche, le pronostic est sensiblement le même : Paul Molac sera très difficile à battre » (Ouest-France, Morbihan, mercredi 12 janvier 2022). Même s’il se présente sans étiquette.
  • Déréglementation – Claudia Rouaux (PS), député de Rennes-Montfort-sur-Meu, repart. « J’ai toujours envie d’être utile », explique-t-elle. Elle ambitionne de « faire naître un nouvel espoir » et d’ « apporter des réponses concrètes aux attentes des préoccupations des citoyens et à la hauteur des défis de ce siècle : l’urgence sociale, écologique et démocratique » (Ouest-France, Rennes, mercredi 18 mai 2022). Puisqu’elle semble pleine de bonne volonté et décidée à faire de grandes choses, nous l’encourageons à s’attaquer à la déréglementation qui a bouleversé le paysage financier et bancaire pendant le premier mandat de François Mitterrand (1981-1988). A la manœuvre un socialiste pur jus : Pierre Bérégovoy, ministre de l’Economie, des finances et du budget. On lui doit la loi n° 84-46 du 24 janvier 1984 de déréglementation des activités de banque, dite « loi bancaire » ; la loi n° 85-1321 du 14 décembre 1985 sur « les valeurs mobilières, les titres et créances négociables, les sociétés et opérations de Bourse » ; et surtout la loi n° 85-695 du 11 juillet 1985, dite « loi Naouri » (nom du directeur de cabinet de Bérégovoy), qui, sous le libellé anodin de « portant diverses dispositions d’ordre économique et financier », créa les instruments du nouveau capitalisme financier qui émergea alors (MATIF, MONEP, Caisse de refinancement hypothécaire…). Mais une « socialiste » est-elle capable de s’attaquer au capitalisme ?
  • Gramsci – Florian Bachelier (LREM), député de Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande et premier questeur de l’Assemblée nationale, est candidat à sa réélection. Avocat de profession, donc intellectuel, il cite volontiers Gramsci : « Les crises sont ces moments où l’ancien se meurt et où le nouveau peine à naître » (Ouest-France, Rennes, mardi 10 mai 2022). Plutôt que d’infliger à ses électeurs de longs discours vaseux, il gagnerait à raconter ce qu’il a fait de concret pendant ce mandat qui se termine. Qu’a-t-il apporté à sa circonscription et à la Bretagne ? S’est-il occupé de ses électeurs ? Combien en a-t-il reçu ? Combien d’interventions a-t-il effectué à leur demande ? Etait-il présent lors des fêtes ? Serrait-il les paluches avec ardeur ? Travail indispensable pour un nouveau venu qui souhaite s’implanter dans une circonscription réputée « de gauche ». Certes, au second tour, il l’a emporté avec 60,96 % des suffrages exprimés, battant facilement Enora Le Pape (France insoumise). Mais il y avait les abstentions (53,29 %), les blancs (5,11 %) et les nuls (1,85 %). Evidemment, Florian Bachelier est un avocat spécialisé « dans les domaines du numérique, des biotechnologies, des énergies nouvelles et de l’économie sociale et solidaire » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, lundi 19 juin 2022), peu habitué à fréquenter le « peuple ». Compte tenu de la poussée actuelle de Jean-Luc Mélenchon, la réélection de l’avocat est loin d’être assurée.
  • Maroc – Hind Saoud (LREM) est candidate dans la circonscription de Rennes-Bruz. Elle explique simplement les choses : « Je suis Française et Bretonne mais je suis née au Maroc. Je suis arrivée en France à l’âge de 5 ans et demi dans le cadre du regroupement familial. » (Ouest-France, Rennes, mercredi 18 mai 2022). Elle doit tout à Jacques Chirac… En effet lorsque ce dernier était Premier ministre, il signa un décret « génial » : « Décret n° 76-383 du 29 avril 1976 relatif aux conditions d’entrée et de séjour en France des membres des familles des étrangers autorisés à résider en France ». C’est à Chirac que l’on doit le démarrage de l’immigration de masse, conséquence du regroupement familial. Nous espérons que Hind Saoud assistait aux obsèques de ce grand homme à qui la France doit tant. Une chose amusante : l’ancien député de la circonscription de Rennes-Bruz s’appelait Mustapha Laabid, lui aussi LREM et Marocain. Question pertinente : cette circonscription appartient-elle au Maroc ? Est-elle sous le contrôle du consul du Maroc à Rennes (bureaux boulevard de Sévigné) ?

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Une réponse

  1. c’est vrai qu’il a obtenu une belle victoire pour la langue bretonne, mais c’est son unique combat.
    allez consulter l’Argus des Députés et vous serez surpris de constater que Paul Molac brille surtout par ses absences.
    il est donc loin de mériter l’argent qu’il reçois pour nous défendre.

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