Hellfest 2022 : chaleur infernale au paradis du métal [Reportage]

Après 2 ans de privation pour de fallacieux prétextes sanitaires, le Hellfest, le plus grand festival de musiques extrêmes de France peut enfin souffler sa 15ème bougie et pour l’occasion, les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands.

En effet, il faudra cette année deux week-ends (au lieu d’un sur les précédentes éditions) afin d’accueillir les 360 groupes programmés sur 6 scènes différentes et les 420 000 festivaliers attendus (60 000 par jour) ! Un budget conséquent d’environ 50 millions d’euros (consacré principalement aux énormes cachets réclamés par certaines têtes d’affiche), 450 000 L de bière et plus de 7 000 bénévoles répartis sur un site d’une centaine d’hectares situé dans la petite commune de Clisson (44), les chiffres de cette édition 2022 donnent le tournis.

Il fallait pourtant bien ça pour célébrer les retrouvailles entre les dieux du métal et leurs fidèles et ce n’est pas la canicule apocalyptique annoncée qui allait faire reculer les festivaliers.



Dès le jeudi soir, les hostilités commencent pour rejoindre son camping ou son campement sauvage au fond d’un champ en évitant les routes barrées et les voitures de gendarmes qui sillonnent la zone. Le site est très sécurisé et tout est mis en œuvre pour assurer la sérénité des locaux. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs mis leur maison ou leur champ en location. Le camping du Hellfest est gigantesque et certains festivaliers plantent un drapeau devant leur tente pour s’assurer de la retrouver en fin de soirée. L’ambiance est encore calme, mais on sort déjà quelques bouteilles de la glacière en guise d’échauffement pour le marathon à venir.


Au petit matin, bien avant l’ouverture des portes et les premiers concerts, le monde se presse à l’entrée pour obtenir son bracelet connecté, indispensable sésame qui permettra de régler tous ses achats en sans contact à l’intérieur du site. Il fait déjà très chaud, mais la foule est disciplinée et l’absence notable de “supporters anglais” rend l’entrée du festival assez fluide et rapide.

Une fois à l’intérieur, c’est Disneyland version métal rouillé. Entre les sculptures et installations artistiques diverses qui vous plongent directement dans l’ambiance, on découvre les 6 énormes scènes qui verront défiler d’abord les groupes moins connus en journée, puis les noms plus prestigieux en soirée.

Les 2 scènes principales (Mainstage 1 et 2) collées l’une à l’autre, accueillent en alternance les groupes les plus connus (pour ne pas dire commerciaux) et sont en plein air. Le Temple et l’Altar, sous d’immenses chapiteaux, sont consacrés aux musiques plus extrêmes (death et black metal). La Valley, couverte elle aussi, accueille quant à elle les groupes évoluant dans un style plutôt rock stoner. 

Enfin la bien nommée War Zone, où trône une statue monumentale de Lemmy Kilmister, défunt chanteur du groupe Motörhead, est dédiée au punk-hardcore bien énervé.

Bref, il y en a pour tous les goûts et toutes les chapelles de la grande famille du métal sont représentées. Le plus dur à présent est de choisir à quel concert se rendre quand 2 groupes qu’on aime ont le malheur de jouer en même temps. On déambule alors d’une scène à l’autre sous un soleil de plomb nécessitant de fréquentes pauses à l’ombre des arbres ou sous un brumisateur. Là encore, la logistique et l’organisation impressionnent. L’absence de cash réduit considérablement l’attente aux dizaines de stands de restauration rapide et de bars en tous genres permettant de recharger un peu les batteries entre deux concerts. Certains font la sieste quand d’autres cuvent leur trop-plein d’alcool avant de retourner “pogoter” dans le pit.

Le soir tombant, la chaleur se fait moins pesante et les festivaliers reprennent du poil de la bête. On se presse alors vers le mainstage pour acclamer les Dropkick Murphys, Deftones ou Volbeat. La foule devient vraiment impressionnante, mais jamais étouffante. Et si la musique jouée est parfois violente, l’ambiance reste bon enfant et on sent la joie communicative des groupes à retrouver leur public après deux ans de pandémie. On danse, on boit, on slamme dans une sorte d’euphorie collective sous la surveillance des équipes de secouristes et des “watchers”, brigade spéciale chargée de prévenir les comportements déplacés ou les éventuelles bagarres.

Quand vers 2h30 la musique s’arrête, certains rentrent dans leur campement (ou du moins essaient) pour y prendre un repos bien mérité, tandis que d’autres poursuivent un peu la fête au Metal corner où s’organisent scènes ouvertes et sets de DJ. Ce n’est que le premier jour, mais on a l’impression d’avoir vécu trois journées en une.



Les deux jours suivants seront au diapason du premier avec une petite averse bienvenue dans la soirée de samedi et des températures plus clémentes le dimanche, mais ni la fatigue, ni les excès de boisson ne semblent entamer le moral des festivaliers.

Quelques mots d’ailleurs à leur sujet pour essayer d’établir un profil-type.

On notera tout d’abord qu’une très large majorité du public du Hellfest est composée d’hommes blancs entre 25 et 50 ans. Une étude menée en 2011 estimait la proportion à 80% d’hommes. Cette même étude relevait que les CSP+ étaient sur-représentées au festival, ce qui explique sans doute la bonne tenue générale et l’ambiance courtoise évoquée plus haut. On croise aussi plus rarement des familles avec de jeunes enfants et quelques séniors venus écouter les groupes de leur jeunesse (certaines têtes d’affiche ont plus de 40 ans de carrière au compteur).

Au niveau du style vestimentaire, outre les quelques déguisements plus ou moins loufoques croisés au hasard des allées, le look global du “metalleux” n’a pas vraiment évolué depuis les années 80 : veste à patches, t-shirt de son groupe fétiche et plus ou moins de tatouages ou de piercings. Sans aller jusqu’à parler d’uniforme, il y a tout de même une certaine constance vestimentaire à relever.

Côté féminin, c’est un peu plus varié avec des tenues parfois très légères, voire provocantes, mais si il y a bien un endroit où elles peuvent s’habiller comme bon leur semble sans crainte d’être jugées ou agressées, c’est ici.

Il y a fort à parier qu’une grande majorité du public présent ce week-end fasse partie des 54% d’abstentionnistes du second tour des législatives. Ce qui s’explique en bonne partie par le rejet du système et des conventions, thématiques récurrentes de l’univers métal.

En somme, on peut parler d’une communauté plutôt homogène, dépeinte de manière souvent caricaturale par les médias généralistes qui ne la comprennent pas ou mal. Et si il y a parfois quelques querelles de clocher entre les adeptes des différents styles, le Hellfest ressemble à une grande réunion de famille, unie par l’amour des décibels et des riffs gras. C’est également une sorte de rite initiatique ou de pèlerinage pour tout amateur de métal qui se respecte. On en repart des étoiles plein les yeux et un léger mal de cheveux, mais avec l’envie certaine d’y retourner l’année prochaine !


En attendant, l’édition 2022 se poursuit en fin de semaine avec un nombre conséquent de groupes mythiques à l’affiche : Metallica, Guns n’ Roses ou encore Nine Inch Nails devraient enflammer la scène pour le plus grand bonheur des festivaliers !

GL.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

14 réponses

  1. Je déteste ce royaume de satan pour sa laideur, son vide intellectuel et artistique, l’exhibition indécente de sa domination anglo saxone en ce qui concerne les mots, son étalage indécent de tout ce que la mondialisation nous apporte de pire, etc…….Alors que notre culture c’est, à cette saison, la Fête-Dieu!

    1. Heureusement que ces suppôts de Satan, dans l’ensemble, sont bien plus tolérants et ouverts que vous… Désolé de vous l’apprendre mais ce qui a plombé votre religion, que je respecte dans son approche spirituel du monde et de la vie, c’est justement l’intolérance de nombre de ses fidèles.

      1. le christianisme a été intolérant car les croyants pensaient qu’il fallait imposer sa vision alors qu’il dois être compris et assimilé, seulement on ne peux pas faire comprendre quelque chose a quelqu’un qui ne s’y intéresse pas, il y a donc eu un temps de force puis de laxisme, laxisme qui a révélé la nature humaine de se laisser séduire facilement par les bassesses plutôt que ce qui a de la grandeur. Quand des humains se rassemblent par milliers pour écouter un son agressif imprégné de sexe, alcool, drogue, tatouages, piercing, en un mot :hébétude… nous sommes tombés tellement bas ….

      2. Mériel fait le constat mais ne se revendique pas catholique.Au reste, je ne trouve pas que les catholiques sont intolérants. Que dire alors des mahométans !!. Non, aujourd’hui, persécutée,il faut bien que la religion historique de ce pays se défende
        Et se protège

      1. Vous y allez fort les amis. Il n’est pas question d’offenser Dieu, mais de communier sur quelque chose qui rassemble et qui unit. Ces gens recherchent simplement ailleurs ce que l’église semble incapable de leur apporter aujourd’hui. Remettez-vous un peu en question avant de les accuser de satanisme.

  2. Décevant de trouver ici un article mettant en valeur ce véritable festival de l’enfer, produit de la sous-culture contemporaine française et dérivé du plus douteux de la sous-culture anglo-saxonne…

    1. ce qui est drôle c’est de voir des super cathos super offensés par une bande de metalleux qui se réunit par milliers pour faire la fête et profiter de la musique, en les traitants de satanistes presque, alors que sincèrement ces metalleux sont bien plus tolérants et bien plus sympathiques qu’eux :-D

  3. Super Hellfest ! Très bien organisé ! Ça faisait du bien de ne pas voir de « Chances pour la Bretagne » là-bas 😌
    Et les grenouilles de bénitier, dites vous que c’est comme une grande catharsis. Les metaleux sont doux comme des agneaux après avoir pogoté toute la soirée. En outre, tout le monde sait que ça nique encore plus à Taizé ou aux JMJ 🤷

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