Des révolutions sud-américaines aux transgenres : jusqu’où descendra la Gauche ? [L’Agora]

Le 12 septembre 1992, Abimael Guzmán, dit « président Gonzalo » est arrêté à Lima au Pérou.

El Presidente Gonzalo est le leader du Sentier Lumineux au Pérou, une guérilla maoïste qui aura fait 38 000 morts et qui survit encore dans les montagnes péruviennes. Gonzalo est celui qui aura véritablement développé le concept de « guerre populaire prolongée » (GPP) théorisé par Mao Zedong comme stratégie de prise de pouvoir à partir des campagnes.

Ce que l’Histoire officielle ne dit pas c’est que lorsque Gonzalo se fait arrêter avec ses lieutenants, le Sentier Lumineux est proche de prendre le pouvoir au Pérou. La CIA américaine a d’ailleurs anticipé une arrivée des guérilleros à Lima et a préparé une stratégie en conséquence.

Avec l’arrivée au pouvoir de Chavez au Venezuela en 1999 et la montée en puissance des FARC en Colombie puis l’arrivée d’Evo Moralès en Bolivie, c’est une bonne partie de l’Amérique-du-Sud qui aurait pu tomber dans le camp socialiste à l’orée des années 2000. Pour le meilleur et pour le pire. L’arrestation de Guzman a fait que Moralès et Chavez se sont retrouvés un peu seuls.

Pour creuser le sillon de la politique-fiction, on peut aisément imaginer que cette Amérique-du-Sud communiste aurait pu influencer les mouvements frères en Europe. Tous ces acronymes que nous connaissons aujourd’hui : Podemos en Espagne, LFI en France, la CUP en Catalogne, SORTU au Pays Basque, etc…

A la place, l’Europe a connu la vague woke.

Sortie des petites angoisses de la bourgeoisie universitaire américaine, le Wokisme a déferlé sur la Gauche européenne comme la vérole sur le bas clergé. Là où le Sentier Lumineux péruvien mutilait les pénis des homosexuels et a liquidé jusqu’à 500 homosexuels pour crime de « pratiques dégradantes et de promiscuité » (bien souvent en accord avec les populations indiennes locales d’ailleurs), les wokistes européens les ont élevé au rang de nouveaux damnés de la terre, de nouvelle classe héroïque, de nouveau moteur de l’Histoire. Au côté des femmes bien entendu. Ironie de l’histoire : 50% des combattants sentiéristes et 40% des cadres étaient des femmes. Et ces femmes étaient les plus féroces dans la répression des homosexuels !

Alors que les gauchistes des années post-68 rêvaient de partir combattre au Nicaragua pour la Révolution mondiale forcément viriliste, la Gauche actuelle s’étripe pour des histoires de main au cul et d’hommes en jupe. Éric Coquerel est l’une des dernières victimes de cette descente en back-room. Il se rêvait Trotsky, il se réveille DSK ! Car il n’a pas anticipé la dinguerie dans laquelle est tombée la Gauche. Quand l’un des orateurs officiels de Podemos, barbu jusqu’aux oreilles, intervient, il y a quelques années, perché sur des talons hauts lors d’un meeting, tout le monde a rigolé. Aujourd’hui, il faudrait prendre cet individu au sérieux et lui décerner une médaille de dissidence révolutionnaire. Et que dire de « Leslie Mortreux » candidate NUPES aux dernières législatives dans le Nord, ancien bastion du prolétariat ?

Comment, mais comment est-ce que la Gauche a pu tomber là-dedans ? Phénoménal et sublime ! Dans les années 70, la 4è Internationale, dont faisait la LCR – ancêtre du NPA -, votait le déclenchement des foyers révolutionnaires en Amérique latine, c’est à dire les guérillas armées. Aujourd’hui, le NPA ne bruisse que des histoires de « masculinisme », de « travailleurs du sexe » et des interrogations sur les 3000 « genres » recensés à ce jour.

Et faut-il parler de la Bretagne et de nos pauvres mouvements de Gauche qui, à leur échelle, singent ce que font les mouvements de Gauche français qui, eux-mêmes, essaient, bon an mal an, de suivre les dernières évolutions venues d’Outre-Atlantique ? La dernière polémique autour du divorce UDB/EELV et de la personnalité de Claire Desmares-Poirrier, la chef de file des élus EELV, n’est que le début. Au sein du mouvement breton, tous les ingrédients sont prêts pour de futurs déchirements et de retentissants procès staliniens autour des questions de féminisme, de « genre » et de dingueries diverses. Même l’extrême-gauche « classique », aux manettes du mouvement breton depuis fort longtemps, est en train de se faire rattraper et dépasser par d’autres courants féministo-transgenres, beaucoup plus hauts en couleurs mais considérablement plus féroces.

Car le FLB a beau annoncer régulièrement son retour, les jeunes gauchistes d’aujourd’hui rêvent plus de « twerker » habillés en femme et de se déclarer « non-binaire » sur twitter, que de manier le plastic devant les perceptions. Même le 1er mai est ringard, aujourd’hui, l’épicentre de l’année révolutionnaire c’est la « Pride » !

Allez voir les comptes Facebook ou Twitter des nouvelles pousses du nationalisme breton. Le statut de résident ? La lutte pour la langue bretonne ? Diwan ? Pensez-vous ! Des détails ! Ce qui les intéresse réellement ce sont les « agressions sexuelles », l’écriture inclusive et surtout leur prochain « CO » (coming-out) queer, préalable à leur « transition ». Le tout dans un flot continuel de « selfies » où le narcissisme d’une génération confine à la pathologie mentale. Nous avions autrefois des petits soldats breizhous-révolutionnaires qui ressemblaient à Bobby Sands ou à la dernière mode issue de la Kale Borroka basque, aujourd’hui nous avons des « pépettes on fire » par wagons entiers ! Même le sacrifice de Kendal Breizh au Rojava n’aura pas inversé la tendance…

Descente aux enfers de la niaiserie bourgeoise !

En 1992, la Gauche aurait pu prendre une autre voie. Peut-être former des noyaux de lutte armée en Europe, reprenant ainsi le flambeau brigadiste des années 80. Au contraire, elle est tombée la tête la première dans les dérives bourgeoises des trotskistes américains et anglais (l’amour de l’islam à gauche est né dans le trotskisme anglais).

Et depuis, elle creuse…

Anne-Sophie Hamon

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2 réponses

  1. Même le 1er mai est ringard, aujourd’hui, l’épicentre de l’année révolutionnaire c’est la « Pride » !

    Tout est dit très , bon article bravo

  2. Aujourd’hui beaucoup de gens trouvent tout à fait normal de mutiler des gens pour soi-disant les faire changer de sexe ou d’utiliser l’écriture inclusive. La plupart ne sont pas ni n’ont jamais été trotskistes ou maoïstes khmers rouges.
    C’est un contexte historique et social, ce n’est pas propre à l’ultra gauche.

Les commentaires sont fermés.

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