Mafioso, au coeur des ténèbres

Trois « repentis » de Cosa Nostra retracent, à visage couvert, leur parcours au sein de la mafia sicilienne. Face à la caméra de Mosco Levi Boucault (« Corleone, le parrain des parrains« ), des témoignages sans détour, stupéfiants d’horreur mais aussi d’humanité.

« Nous étions vraiment des bouchers. J’ai la chair de poule quand j’y repense », confesse un homme à contre-jour, le visage dissimulé pour protéger sa nouvelle identité. Comme Giovanni Brusca et Giuseppe Marchese, deux autres tueurs de Cosa Nostra, Paolo Francesco Anzelmo a trahi l’organisation : arrêté dans les années 1990, condamné à la perpétuité, il a choisi de collaborer avec la justice afin d’obtenir une réduction de peine. Introduit dans Cosa Nostra par ses oncles (« Je voyais qu’ils étaient respectés, que les portes s’ouvraient partout où ils allaient »), malgré les efforts de sa mère pour le soustraire à leur emprise, Anzelmo a connu une trajectoire similaire à celle de ses anciens complices, issus de lignées de mafieux : un premier homicide suivi d’une cérémonie d’intronisation, puis une vie « sans luxe et sans chichis », partagée entre un travail licite de façade et le quotidien impitoyable de l’organisation, qui « passe avant la famille de sang ». Sur ordre de Totò Riina (« Dieu sur Terre à Palerme »), les trois « hommes d’honneur » ont commis (ou commandité) les pires exactions, éliminant tous ceux qui se dressaient devant eux, représentants de l’État, incorruptibles ou mafieux tombés en disgrâce (dont deux des oncles d’Anzelmo, qu’il a tués lui-même). Impliqué dans l’attentat contre le juge Falcone et l’assassinat, par strangulation, du petit Giuseppe Di Matteo, le fils d’un repenti, dont le corps a été dissous dans l’acide, Giovanni Brusca s’interroge encore : « J’ai fait tout ce pandémonium pour qui ? Pourquoi ? Aujourd’hui, je n’en sais rien. »

Réalité crue 

Après les avoir rencontrés pour Corleone, le parrain des parrains, qui retraçait le règne et la chute de Totò Riina, Mosco Levi Boucault (Ils étaient les Brigades rouges) s’intéresse aux parcours de trois « repentis » pour tenter de saisir la réalité ordinaire, démythifiée, d’une vie de mafieux. Du rite d’initiation au reniement de leur serment en passant par la litanie de crimes dont ils se sont rendus coupables – et délestés dans les confessionnaux des églises –, Paolo Francesco Anzelmo, Giovanni Brusca et Giuseppe Marchese témoignent à la fois sobrement et sans filtre de leur quotidien au sein de l’organisation, dont ils détaillent les rouages. Sidérants d’horreur, leurs récits – entre lesquels s’intercalent des vues nocturnes de Palerme et des images d’archives de cadavres dont ils ont jonché la ville – dégagent pourtant une troublante humanité, ces hommes apparaissant autant comme des bourreaux sanguinaires que comme des victimes embrigadées dans une redoutable organisation criminelle.

Photo : DR
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2 réponses

  1. Ah, la mafia sicilienne, avec ses reportages-enquêtes, ses films hollywoodiens, ses séries à la Soprano. Par contre, je constate un silence quasi total sur la mafia jxxve ou russo-jxxve, pourtant plus puissante. On ne nous parle pas très souvent de Semion Mogilevich, il faut bien l’admettre. Il a fallu que je lise « La mafia jxxve » de Ryssen pour apprendre ce que les médiats ne disent jamais.

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