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  • Paul Molac vide son sac – Dans un entretien accordé au magazine Bretons (août-septembre 2022), Paul Molac (régionaliste), député de Ploërmel, ne se gêne pas pour dire tout le bien qu’il pense du président de la République : « Macron, lui, est l’archétype du conservatisme français : un libéral au niveau économique, un autoritaire et un centralisateur étatique (…) Dès 2017, il a mené une politique libérale. Il s’est servi du Rassemblement national comme d‘un repoussoir, mais demain le repoussoir pourrait prendre sa place. » Les partis politiques en prennent également pour leur grade : « Les partis français n’ont aucune proposition pour la Bretagne. Les gens ont la sensation de ne pas être écoutés et que leurs problématiques s’aggravent. Le Rassemblement national comme La France insoumise veulent être élus à Paris, mais ne s’occupent pas des territoires. » Ses collègues du Palais-Bourbon ne l’inspirent pas davantage : « En 2017, je pensais que les nouveaux élus se mettraient au service de leur circonscription. J’ai découvert des parlementaires dociles qui n’ont pas cherché à assumer leur pouvoir. Ils attendaient les ordres du gouvernement et ne servaient pas de contre-pouvoir. Certains ont commencé à agir lors des deux dernières années du mandat. Je ne connais pas leur vision de la Bretagne. A ce jour, seul Loïg Chesnais-Girard, le président de Région, a pris l’initiative de rassembler les députés bretons. Ceux-ci s’émanciperont-il de leur groupe politique pour défendre les intérêts de la Bretagne ? J’attends de voir. » Le prochain combat de Paul Molac : « Vous allez m’entendre rapidement sur la question du logement. »
  • « Libération » cherche 14 millions d’euros – La situation n’est pas bonne pour l’ancien quotidien de Serge July : une perte d’exploitation de 7,9 millions d’euros en 2021, contre 12 millions en 2020. Le groupe Altice – le milliardaire Patrick Drahi – s’est désengagé du journal afin de le placer dans un fonds de dotation ; son propriétaire avait alors assuré qu’il accompagnerait Libération le temps nécessaire à son rétablissement financier ; mais l’homme d’affaires tarde à remettre au pot car il a perdu 100 millions depuis 2014. On cherche donc un autre « investisseur ». Mais ce qui pourrait rebuter d’éventuels partenaires, c’est « d’investir sans avoir son mot à dire » sur la marche et la ligne éditoriale du journal en raison de sa structure juridique ;  car il paraît que le quotidien serait « trop mélenchoniste » (Le Monde, dimanche 10-lundi 11 juillet 2022). On ne va pas pleurer sur les pertes enregistrées par Patrick Drahi avec Libération car sa fortune professionnelle est évaluée à 11 milliards d’euros en 2022 (Challenges, 7 juillet 2022) ; notons que ce milliardaire est résident fiscal en Suisse ce qui lui permet d’échapper à l’impôt. Si Libération devait réduire la voilure ou bien fermer boutique, ce serait une mauvaise nouvelle pour sa correspondante en Bretagne, Elodie Auffray, journaliste qui a le sens du terrain et qui est capable d’évoquer des sujets que les quotidiens régionaux ignorent.
  • Erreur d’aiguillage – Sophie Broustaut aime travailler en famille. Candidate aux élections législatives dans la circonscription de Carhaix avec l’enseigne « Reconquête ! », elle joua la proximité puisqu’elle prit comme suppléant son fils Roland Broustaut. A coup sûr, nous avons affaire à une femme courageuse puisqu’elle est commerçante dans la cité de Christian Troadec – candidate zemmouriste, ce n’est bon ni pour le commerce ni pour les relations avec la municipalité… Evidemment, le résultat fut mauvais : 1 387 voix, soit 2,82 %. Cela dit, les propos de Mme Broustaut sortent de l’ordinaire dans la galaxie Zemmour ; elle n’est pas « dans la ligne » si on se souvient que la question sociale n’intéressait pas le candidat de la droite conservatrice. L’axe fort de la commerçante de Carhaix : « En premier lieu, le pouvoir d’achat. Je suis concernée comme tout le monde » (Le Télégramme, Brest, samedi 21 mai 2022). Le politologue Jérôme Sainte-Marie souligne le handicap de l’ancien journaliste : « Zemmour s’est adressé davantage à la sociologie de ses partisans qu’à celle de son électorat potentiel, bien plus composite. Il a parlé pouvoir d’achat à ceux qui ont du pouvoir d’achat. Quand on parle de la suppression des droits de succession ou de la réduction de l’écart entre le salaire net et le salaire brut, on parle de pouvoir d’achat. Il existe un raisonnement étrange mais fréquent dans l’univers de la bourgeoisie conservatrice, drapée dans une posture idéaliste : s’imaginer que les catégories populaires voteront pour celui qui parle d’immigration et qu’importe la question financière. C’est ne rien comprendre : quand les gens n’ont pas d’argent, ils y pensent tout le temps. » (Eléments, juin-juillet 2022).
  • Le Drian ne lisait pas la presse australienne – Un ministre est un homme fort occupé qui n’a pas le temps de tout lire ; c’est ce qui devait arriver à Jean-Yves Le Drian lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères. Le coup fut rude pour lui fut rude lorsqu’il apprit que l’Australie enterrait le contrat d’achat des sous-marins. Un Suisse, Jacques Baud, colonel d’état-major, donne une explication qui sort de l’ordinaire : « Je suis frappé par le manque de réflexion stratégique de nos dirigeants. On a le sentiment qu’ils traitent les problèmes au jour le jour. Le Drian a été surpris de la décision australienne de renoncer aux sous-marins français alors que la presse spécialisée australienne indiquait ce changement depuis plus d’un an. Au Mali, c’est la même chose. Le problème réside dans l’arrogance de nos politiciens qui pensent être tellement supérieurs aux autres que rien ne peut leur résister. » (Eléments, août-septembre 2022)
  • Les six de Mélenchon – Les récentes élections législatives ont donné six sièges à LFI en Bretagne : Murielle Lepvraud à Guingamp, Frédéric Mathieu à Rennes-Bruz, Mathilde Hignet à Redon, Andy Kerbrat à Nantes centre, Ségolène Amiot à Nantes-Saint-Herblain et Matthias Tavel à Saint-Nazaire. S’ils restent dans les clous – c’est-à-dire dans la ligne impulsée par Jean-Luc Mélenchon, à savoir hostilité à la matière bretonne en général et à la langue bretonne en particulier -, la Bretagne sera perdante. A moins qu’ils ne se comportent véritablement en « insoumis ». Quelques jours après le second tour, Frédéric Mathieu déclarait : « Dimanche soir une ancienne députée rennaise m’a dit que les Bretons chassaient en meute » (Ouest-France, Rennes, mercredi 22 juin 2022). On verra si les députés bretons « insoumis » sont capables de « désobéir » aux ordres du « lider maximo » et de défendre les intérêts bretons en participant à la « meute ». Chez les trois députés bretons socialistes, on peut s’attendre à davantage de bons sentiments envers la Bretagne. Si Mathilde Thomin (Carhaix), Claudia Rouaux (Rennes-Montfort-sur-Meu) et Mickaël Bouloux (Rennes-Le Rheu) suivent la voie tracée par leurs prédécesseurs en Bretagne, on sait qu’ils n’oublieront pas la région. Rappelons que Claudia Rouaux, alors unique députée PS en Bretagne pendant le mandat précédent, avait voté en faveur de la loi Molac (jeudi 8 avril 2021). On veut bien croire Mickaël Bouloux lorsqu’il affirme : « Je pense qu’il y a un lien qui nous unit, une forme de pacte breton qui fait qu’une fois élu on travaille tous ensemble pour l’intérêt du territoire » (Ouest-France, Rennes, mercredi 22 juin 2022)
  • Normandie – Dans l’entourage de Hervé Morin, président de la Région Normandie, on cite volontiers une phrase de ce dernier : « Comme le dit toujours Hervé Morin : les Bretons savent chasser en meute quand il s’agit de défendre un sujet essentiel pour leur territoire. Il faut que les Normands apprennent à le faire aussi. Cela passe par des députés ancrés localement afin de porter la parole de la Normandie à l’Assemblée nationale… » (Le Figaro, samedi 28-dimanche 29 mai 2022). Pour ce faire, un « patron » est nécessaire ; c’était le cas à la grande époque de René Pleven (Célib) et dans une moindre mesure lorsque Jean-Yves Le Drian était à la fois président du conseil régional et ministre de la Défense nationale ; tous deux avaient la tripe bretonne. Aujourd’hui, il n’y a que trois secrétaires d’Etat sans envergure particulière : Bérangère Couillard, Hervé Berville (Rwanda) et Sarah El Haïry (Maroc). On ne compte pas sur eux pour mobiliser les foules et impressionner l’Elysée et Matignon.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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