Route du Rhum. Deux choses à savoir sur Isabel de Saint-Malo et la Nouvelle Grenade

La Route du Rhum ne s’arrête pas qu’à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Car Saint-Malo cultive bien d’autres routes et secrets transatlantiques avec les fortes traditions sucrières et rhumières : de la Guyane française à la Nouvelle-Grenade.

L’invitation faite au président de la république a de quoi surprendre. Ces déplacements lourds et improductifs coûtent très chers au contribuable. Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) juge «peu ambitieuse» la trajectoire fixée par le gouvernement pour réduire le déficit public d’ici à 2027.

De même, la visite d’Emmanuel Macron au départ de la Route du Rhum pour donner à Saint-Malo une puissance d’attractivité est une mauvaise pioche qui vise à parfaire l’illusion.

Le véritable enjeu pour ces festivités est que Saint-Malo devienne une capitale du financement de l’innovation car la filière du nautisme a besoin en permanence d’attirer de nouveaux sponsors, partenaires et preneurs de risques. Après tout, où commence l’attractivité ?

Elle commence près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. Si dans ces lieux, les stratégies de rayonnement sont dénuées de sens, elles n’en auront guère davantage ailleurs. Saint-Malo offre à tous ses visiteurs et habitants un héritage architectural d’une grande dimension constructive et sociale. Les diverses identités de la ville sont présentes et très bien reflétées dans nos monuments, qu’il s’agisse d’œuvres civiles, maritimes ou religieuses.

Dans le même temps, nous devons faire en sorte de consolider cet héritage, de l’augmenter et de le compléter. Sur ce point, Saint-Malo oublie de grands prescripteurs à inviter pour sa Route du Rhum. Ceux-ci peuvent apporter de véritables opportunités d’investissement et de partenariat, à la différence d’un président qui mêle théâtre, flou artistique et mauvaise gouvernance avec des opérateurs de l’Etat déliquescents ou mal réformés dans les territoires.

Une des audaces à entreprendre pour cette prochaine Route du Rhum est de regarder plus loin que la simple ligne d’arrivée. Cette course transatlantique nourrit un grand défi de prospective, celle d’y voir une : « troisième voie de navigation ».

Peu d’habitants de la cité corsaire connaissent Isabel de Saint-Malo et pourtant ils seraient ravis de faire sa connaissance. Cette diplomate fut vice-présidente de la République du Panama et ministre des Affaires étrangères de 2014 à 2019, sous la présidence de Juan Carlos Varela. En 2017, elle a accueilli à bras ouverts un livre blanc remis par l’association des cadres bretons. « Une troisième voie de navigation pour le troisième millénaire » est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de l’Autorité du Canal de Panama.

Ce partage d’expérience autour de l’économie bleue est allé beaucoup plus loin, pour nourrir des sources d’inspiration à propos de l’économie orange dédiée au développement des nouvelles industries créatives et culturelles en Amérique latine et dans les Caraïbes. Carrefour historique de communautés négociantes d’Asie (chinois) et du Proche-Orient (juifs et libanais), l’Isthme de Panama a longtemps été une plateforme de brassage culturel et mémoriel d’aventuriers issus de lignées bretonnes, irlandaises, galloises et écossaises.

On retrouve parmi ces celtes du Nouveau monde de grandes personnalités : Thomas Lynch, gouverneur irlandais de la Jamaïque, le corsaire Aury ayant soutenu aux côtés de Lafitte, le révolutionnaire Simon Bolivar dans son combat pour libérer les colonies espagnoles, sans oublier les péripéties du clan écossais Mc Gregor au Venezuela, ou encore le flibustier gallois Henry Morgan et bien d’autres aventuriers ayant choisi la Mer des Caraïbes comme terre d’exil après la révolution de Cromwell et d’autres crises européennes.

Malgré sa taille réduite, le Panama capte 5% du commerce maritime mondial, avec sa zone franche de Colón, en référence à l’explorateur Christophe Colomb. Bien entendu, on peut y parler de traditions rhumières et sucrières car les distilleries ont développé une grande histoire multiculturelle. Un environnement riche et complexe où se mêlent des apports insulaires extérieurs comme les contributions de centaines de juifs hollandais chassés du Brésil en 1654, où ils excellaient dans la filière. La route du Rhum dépasse la simple arrivée à Pointe-à-Pitre.

C’est une «troisième voie de navigation» que l’écho des vagues indisciplinées de Saint-Malo doit permettre de balayer entre France équinoxiale (Guyane française) et Nouvelle Grenade, cet ancien royaume qui associait la Colombie, le Panamá, le Venezuela et l’Équateur.

Kevin Lognoné

Crédit photo : DR

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