Yvette Pochat, veuve d’Olier Mordrel, chef historique du nationalisme breton, vient de décéder à la veille de son centenaire.

La veuve d’Olier Mordrel, une des personnalités bretonnes majeures du siècle passé, est décédée paisiblement à l’hôpital de Pont-l’Abbé, capitale du Pays bigouden, le lundi 23 janvier.

Née en 1923 à Lechiagat, un des ports pionniers de la pêche à la sardine, aujourd’hui fusionné avec celui du Guilvinec, elle est fille d’un patron pêcheur et d’une maîtresse femme qui dirige le foyer d’une main de fer en l’absence de son mari parti en mer dans la tradition du matriarcat des familles de marins si particulier au Pays bigouden.

Durant la guerre, elle s’installe à Rennes où elle travaille pour la radio en langue bretonne et fait la connaissance des milieux nationalistes dont elle épouse la cause.

Les Américains remplaçant les Allemands, elle part à l’aventure avec d’autres jeunes bigoudènes qui partagent son esprit d’entreprise pour vendre aux nouveaux occupants les fines dentelles au point d’Irlande produites par ses voisines. N’hésitant pas, à faire du camion-stop, elles arrivent avec leurs valises lourdement chargées à Cherbourg où elles sont très appréciées des GI’s désireux d’adresser un cadeau à leur mère ou à leur petite amie qui puisse passer par la poste militaire.

Au fil des avancées américaines, les jeunes Bretonnes traversent la France et se retrouvent à la fin de 1945 à Strasbourg, accompagnant leurs clients toujours nombreux. Cette belle aventure commerciale est pour elle un tremplin économique et elle devient une des premières de sa commune à décrocher son permis et à acquérir une voiture.

Au début des années cinquante, Yvette est une jeune femme prospère qui vend des tissus et des dentelles sur les marchés. Puis, elle croise un des fils d’Olier Mordrel ayant réussi à revenir en Bretagne qui l’informe que son père, qu’elle avait connu à Rennes, est en exil en Argentine.

Une longue correspondance commence entre la jeune bigoudène et le chef breton arrivé sur les bords du Rio de la Plata. Finalement, elle décide en 1954 de liquider ses affaires en Bretagne et de le rejoindre à Buenos Aires où elle l’épouse dans l’enceinte de l’hôtel des immigrants pour être autorisée à entrer dans le pays.

Durant les quinze années passées en Argentine, Yvette sera le principal gagne-pain de la famille, devenant gérante d’établissements hôteliers afin que son mari puisse consacrer un temps important aux relations avec l’Europe en général et la Bretagne en particulier qui est reflété par plus de cinq mille lettres cataloguées par le CRBC de Brest.

Les lois d’amnistie faisant leur effet, la famille rentre en Europe en 1969 et arrive finalement en Bretagne en 1971 pour s’installer dans le village natal d’Yvette. Épouse et mère, elle devient artisan et durant une dizaine d’années dirige une crêperie industrielle qui fait vivre les siens tandis que son mari poursuit ses activités intellectuelles, notamment en publiant des ouvrages importants comme la Voie bretonne, le Mythe de l’hexagone ou Breiz Atao, histoire et actualité du nationalisme breton.

À la mort d’Olier Mordrel en 1985, elle entreprend une nouvelle page de son existence, dévouée à la mémoire de son époux et défendant les causes qui furent les siennes. À la veille de son centième anniversaire, elle s’est libérée de son corps physique pour prendre la route de Tir na nog.

Un hommage lui sera rendu par sa famille et ses amis, le samedi 28 janvier à 11h30 au cimetière de Treffiagat.

Crédit photo : DR

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8 réponses

  1. Quelle vie exemplaire de courage et d’engagement. N’oublions pas ceux et celles qui ont tout donné à la cause bretonne.
    Doue d’he fardono.
    Pedomp eviti.

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