L’élection de 2023 en Turquie : un choix entre l’eurasisme et l’atlantisme ?

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Le président turc refuse de s’entretenir plus longuement avec l’ambassadeur américain à Ankara. La raison : une rencontre récente entre le diplomate et le chef de l’opposition turque, un mois et demi seulement avant l’élection présidentielle. Il est important de noter que cette élection déterminera la route géopolitique que poursuivra la Turquie.

À l’approche de l’élection présidentielle, Recep Tayyip Erdoğan a réagi vivement à la suite de la rencontre entre l’ambassadeur américain Jeffry Flake et le chef du Parti républicain du peuple (CHP), Kemal Kılıçdaroğlu, un parti d’opposition pro-américain.

« Joe Biden a parlé, et maintenant vous voyez ce que fait son ambassadeur ici. Il a rendu visite à (Kılıçdaroğlu). C’est une honte. Vous êtes un ambassadeur et vous devez savoir comment agir. Vous devriez vous engager avec le président (et non avec Kılıçdaroğlu) », a déclaré Erdoğan à Istanbul le 2 avril.

« Je me demande s’il aura honte de demander un rendez-vous dans mon bureau. Mais je le lui dis dès maintenant. Nos portes lui sont désormais fermées parce qu’il ne connaît pas sa place. Vous devriez savoir comment un ambassadeur doit agir », a-t-il ajouté.

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La colère d’Erdoğan a été provoquée par le fait qu’il est évident que M. Flake, en tant que chef de la mission diplomatique américaine en Turquie, soutient Kemal Kılıçdaroğlu et la coalition de l’Alliance de la nation, qui est composée de sept partis politiques.

« L’ambassadeur Flake a rencontré aujourd’hui le président du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu, dans le cadre de conversations continues avec les partis politiques turcs sur des questions d’intérêt mutuel entre nos deux pays. Il a exprimé la solidarité américaine et ses condoléances pour les pertes causées par le tremblement de terre en Turquie« , a écrit l’ambassade américaine dans un tweet le 2 avril.

Le président actuel, Kılıçdaroğlu, et deux autres candidats, Sinan Oğan et Muharrem İnce, s’affronteront le 14 mai. En apparence, le vote déterminera qui sera le président de la Turquie pour un mandat de cinq ans, tandis que les élections législatives auront lieu au même moment.

Cependant, à un niveau plus profond, Erdoğan représente le lent pivot de la Turquie vers l’eurasisme, où il pense qu’un monde pan-turc a sa place, tandis que Kılıçdaroğlu représente les liens traditionnellement étroits d’Ankara avec Washington et l’OTAN. En fait, les citoyens turcs doivent prendre une décision idéologique très profonde.

Le centre de recherche sur l’opinion publique turque MetroPOLL a mené une enquête avec la participation de 2 046 personnes dans 28 provinces turques entre le 13 janvier et le 14 mars. L’enquête a montré que 44,6 % des personnes interrogées voteraient pour Kılıçdaroğlu, tandis qu’Erdoğan recevrait 42 % des voix. Cela fait des prochaines élections l’un des plus grands défis pour le long règne du président turc.

Comme cette élection sera serrée, les États-Unis espèrent pouvoir contribuer à la victoire de Kılıçdaroğlu. Bien que les États-Unis et la Turquie soient des alliés de l’OTAN, ils ont de nombreux problèmes en suspens, notamment en ce qui concerne le refus de Washington de vendre des avions de combat F-35, le soutien américain à la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan et l’achat par la Turquie du système de défense antimissile S-400 de fabrication russe.

Les tensions se sont considérablement aggravées avant même que le président Joe Biden n’entre à la Maison Blanche en 2020. « Ce que je pense, c’est que nous devrions adopter une approche très différente vis-à-vis de lui [Erdoğan] maintenant, en indiquant clairement que nous soutenons les dirigeants de l’opposition », a déclaré Joe Biden dans une interview au New York Times, ajoutant qu’Erdoğan devait en payer le prix.

Le bloc d’opposition dirigé par Kılıçdaroğlu est devenu récemment l’enfant chéri des médias occidentaux, avec une couverture plus anti-Erdoğan apparaissant dans des publications telles que The Economist. Le Wall Street Journal, pour sa part, a récemment publié un article de l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale et belliciste notoire John Bolton, qui a appelé les États-Unis à soutenir l’opposition ou à forcer la Turquie à sortir de l’OTAN si Erdoğan remportait les élections.

On se souvient que M. Flake avait déjà irrité les autorités turques après avoir fermé l’ambassade américaine l’année dernière en raison de prétendues « préoccupations en matière de sécurité », ce que la Turquie a démenti. Bien que les États-Unis n’aient pas fermé leur consulat à Istanbul, il convient de noter que le maire de la plus grande ville de Turquie est l’immensément populaire Ekrem İmamoğlu du CHP. Il s’agit là encore d’un signal supplémentaire indiquant que les États-Unis soutiennent le CHP lors des élections.

Mais comme l’a souligné le ministre de l’intérieur Süleyman Soylu à propos de Flake en février dernier : « La Turquie a la malchance d’avoir des ambassadeurs américains qui cherchent à fomenter des coups d’État dans notre pays. Chaque ambassadeur américain s’est engagé dans des efforts visant à nuire à la Turquie. Ils essaient également de dispenser les mêmes conseils aux ambassadeurs d’autres pays ».

Ainsi, les citoyens turcs ont un choix générationnel à faire : poursuivre la quête de souveraineté d’Erdoğan et équilibrer les relations avec les grandes puissances, ou se soumettre complètement à Washington et revenir sur les nombreuses années d’efforts déployés par le président turc pour parvenir à la souveraineté.

Ahmed Adel (Infobrics, traduction breizh-info.com)

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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2 réponses à “L’élection de 2023 en Turquie : un choix entre l’eurasisme et l’atlantisme ?”

  1. Hadrien Lemur dit :

    Kemal Kılıçdaroğlu ? Mince je commençais à peine à prononcer correctement Recep Tayyip Erdoğan. Blague à part Washington gratifie la Turquie d’une ingérence qui est son secret de fabrique. Laissons le soin aux Turcs d’apprécier cette tentative de vassalisation.

  2. NOEL dit :

    Il est à espérer qu’Erdogan malgré tout ce qu’il représente de négatif soit réélu au moins pour maintenir les relations avec la Russie .

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