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Langue bretonne : l’Etat ne respecte pas ses engagements

Rude métier que celui de vice-président du conseil régional de Bretagne, chargé des langues de Bretagne. Surtout lorsqu’on est maire de Carhaix. Christian Troadec  jongle donc avec les dossiers locaux et les dossiers régionaux

A la rentrée de septembre 2023, la progression de l’enseignement du breton n’a été que de 197 élèves dans les trois filières. Soit un total de 19 961 élèves (4 014 chez Diwan, 10 552 dans le public, et 5 935 dans le catholique). Aujourd’hui, l’enseignement bilingue bretonnant est proposé dans 209 communes de Bretagne. « Depuis l’ouverture de la première classe bilingue publique en Bretagne en 1982, la progression des effectifs a toujours été freinée par l’insuffisance du nombre d’enseignants. En 41 ans, l’Education nationale, qui a la responsabilité de recruter les enseignants pour l’enseignement public, n’a pas réussi à résoudre le problème. » (Le Peuple breton, novembre 2023).

Une situation que dénonce Christian Troadec : « Sur les langues, une convention spécifique avait été signée il y a un peu plus d’un an, au plus haut niveau de l’Etat, puisque c’était Jean Castex, qui était alors Premier ministre, qui l’avait engagée, avec Loïg Chesnais-Girard et les présidents d’universités de Bretagne. Cette convention, c’est un plan ambitieux de réappropriation de la langue bretonne, qui a pour but de lui donner des moyens dans le domaine de l’enseignement, des médias, de la vie sociale en général… Mais, pour ce qui est la clé de voûte de la réappropriation de la langue, c’est-à-dire l’enseignement, l’engagement pris par l’Etat n’est de nouveau pas respecté. »

Qu’indiquait la Convention spécifique pour la transmission des langues de Bretagne et le développement de leur usage dans la vie quotidienne ?  Quel était l’engagement de l’Etat ? « Il était, arrivé au terme de la convention dans cinq ans, de passer de 20 000 élèves scolarisés  en langue bretonne à 30 000. Au rythme auquel on est, et au vu de cette rentrée catastrophique, on n’atteindra pas cet objectif. Il faut changer de braquet ! Il faudrait former 150 à 200 nouveaux enseignants bilingues par an. On en est à 20-30, maximum 50 par an. »

Mais on assiste à d’autre anomalies : « De plus, on a aussi aujourd’hui des enseignants bilingues qui sont affectés dans d’autres académies, à qui on refuse le retour en Bretagne. On a même des enseignants bilingues, qui sont déjà sur place en Bretagne, mais à qui on refuse le droit d’enseigner en breton, qui sont affectés à des postes monolingues ! » Christian Troadec ne voit qu’une solution pour remédier à cette situation : « Là aussi, on devrait passer par l’autonomie pour avoir des résultats, pour gérer au mieux nos propres affaires. Quand on voit le poids de l’Etat français et les difficultés de mise en œuvre de ses politiques, je pense que l’autonomie est, dans le domaine de la santé, des langues et de la culture en général, totalement indispensable » (Bretons, novembre 2023)

L’Académie de Nantes méprise le breton

Il y aurait également beaucoup à dire en ce qui concerne la situation en Loire-Atlantique. A tel point qu’en octobre 2022, « le Comité pour l’enseignement en breton dans les écoles publiques de Loire-Atlantique (Cepeb 44) a décidé de saisir le tribunal administratif de Nantes pour « enjoindre sous astreinte l’Académie de Nantes à se soumettre aux lois et aux exigences de la Constitution ». « L’Académie de Nantes ne respecte pas les textes de loi qui indiquent que l’enseignement bilingue doit être assuré de la maternelle au lycée et qu’elle doit prendre les mesures pour le favoriser, par la formation des enseignants notamment », explique Guillaume Pichard, syndicaliste FSU-SNUipp (Presse Océan, jeudi 20 octobre 2022)

Mais la question ne semble pas intéresser Katia Béguin, rectrice de l’Académie de Nantes, puisque lorsque le collectif Naoned e Brezhoneg (Nantes en langue bretonne) l’interpelle à propos de l’application de la loi de Refondation de l’école qui dispose que l’enseignement bilingue français/langue régionale doit être favorisé, elle ne répond pas.  « Malgré la demande écrite de plus de 50 élus, ainsi que le soutien de Johanna Rolland pour la création d’une convention académie de Nantes-collectivité, le rectorat n’a pas donné de réponse. » (Presse Océan, vendredi 7 avril 2023). Notons qu’à Nantes, le breton est enseigné dans les écoles publiques (Marsauderies, Batignolles, Camille-Claudel), dans les écoles Diwan et dans les écoles catholiques (Sainte-Madeleine).

Pour montrer que la réunification n’est pas un vain mot, Christian Troadec gagnerait à organiser une conférence de presse à Nantes ; il est le mieux placé pour expliquer que pour rattraper le retard sur les objectifs fixés par la Convention, « il faudrait une progression de 4 300 élèves en 2024 et le recrutement de 215 enseignants – sans compter le nombre nécessaire pour compenser les départs à la retraite ou les démissions -, ou une progression de 2 750 élèves par an chaque année de 2024 à 2027 » (Le Peuple breton, novembre 2023). Ce serait une occasion de montrer que les conseillers régionaux de Bretagne qui défendent la langue bretonne ne perdent pas de vue la Loire-Atlantique ; en effet on les voit trop peu, ou pas du tout, venir soutenir toutes celles et tous ceux qui dans ce département œuvrent en faveur du breton et du gallo.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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