Alejandro Peña Esclusa : « L’art classique est une façon d’évangéliser par la beauté » [Interview]

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Entretien avec Alejandro Peña Esclusa, ingénieur, écrivain, analyste et consultant politique. Pionnier des premières manifestations dans son pays contre le régime chaviste, il a été emprisonné pendant un an à El Helicoide (prison réputée pour ses tortures) et est aujourd’hui en exil politique. Spécialiste du Forum de Sao Paulo et de l’influence du marxisme culturel, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces sujets. Notre confrère Alvaro Peñas évoque avec lui son dernier livre : « Art classique et marxisme culturel ». Traduction par nos soins.

Alvaro Peñas : Vous venez de publier un nouveau livre. Ce n’est pas le premier sur le marxisme culturel, mais dans ce livre vous partez d’une approche différente.

Alejandro Peña Esclusa : Alejandro Peña Esclusa : C’est exact, et je suis ravi de ce travail, qui a déjà été publié en espagnol, en anglais, qui le sera bientôt en portugais, et que je présenterai la semaine prochaine en Hongrie. Il existe de nombreuses dénonciations du progressisme, également connu sous le nom de marxisme culturel ou de wokisme, mais ma contribution vise non seulement à le combattre, mais aussi à offrir une alternative. Il ne suffit pas de dire ce qu’est le marxisme culturel et de dire non à l’idéologie du genre, au multiculturalisme ou à l’indigénisme, mais quelle est l’offre culturelle de la droite ? C’est ce qu’il a mis en avant dans ce livre, tout en proposant des politiques pour mettre en œuvre cette proposition culturelle. Dès que la gauche arrive au pouvoir, elle inonde tout de son marxisme culturel, de livres et de programmes d’études. Mais pas la droite, parce qu’elle n’a pas de projet culturel et qu’elle se préoccupe uniquement d’économie et d’infrastructures. Il est temps que cela change.

Pour cela, vous proposez un retour à l’art et à la musique classiques, à ce que l’Occident a produit de meilleur.

Alejandro Peña Esclusa : Oui, car avant qu’un étudiant ne termine ses études, il est nécessaire d’apprendre ce qui s’est passé dans le passé, de connaître les maîtres et les fondateurs du sujet. Les nouveaux artistes doivent fonder leur avenir sur une bonne étude des auteurs classiques et créer, avec les mêmes valeurs, de nouvelles pièces de théâtre, sculptures, peintures, bâtiments, etc. La culture classique a des valeurs. La culture classique a des valeurs : premièrement, Dieu existe ; deuxièmement, l’homme est fait à son image et à sa ressemblance et n’est donc pas un animal intelligent, mais un être doté d’une âme immortelle ; troisièmement, il existe des vérités universelles immuables et éternelles, c’est-à-dire des vérités qui s’appliquent à toutes les époques et à toutes les sociétés, et qui ne changent pas. Des vérités qui, comme le disait Cicéron, sont inscrites dans l’âme humaine.

Ces valeurs sont imprégnées dans l’art classique, et il faut le souligner car le progressisme part d’anti-valeurs qui sont exactement le contraire : Dieu n’existe pas, les êtres humains sont des animaux intelligents sans âme immortelle, les vérités n’existent pas mais sont relatives. Sur la base de ces anti-valeurs, qui sont également fausses, on construit un édifice idéologique dont les étages supérieurs sont l’idéologie du genre et d’autres aberrations actuelles. Les dégâts et la confusion causés par ces anti-valeurs sont si importants qu’ils ont inondé la société de pessimisme et nous voyons comment les gens ne veulent plus avoir d’enfants ou comment les jeunes craignent la catastrophe climatique et ne vivent que dans le présent. Nous avons perdu la joie de l’optimisme, de la beauté et de l’espoir en l’avenir qui existaient auparavant. Ma proposition est que toute cette confusion et beaucoup des problèmes dont souffre l’humanité sont le produit du marxisme culturel, et que pour le contrer, nous devons revenir aux artistes classiques.

On dit que l’art d’une civilisation est la preuve de ses réalisations. Tout est désormais considéré comme une œuvre d’art, à condition que quelqu’un le perçoive comme tel. C’est du wokisme pur et simple.

Alejandro Peña Esclusa : Bien sûr, et il faut le souligner, tout ceci est un projet délibéré de la gauche. Bien qu’il y ait eu différentes initiatives pour démolir les valeurs chrétiennes et occidentales, à commencer par Gramsci, l’école de pensée la plus puissante a été l’école de Francfort. Walter Benjamin et Theodore Adorno ont compris que l’art est un outil fondamental pour détruire les valeurs occidentales, parce que l’art, comme le dit Frederick Schiller, atteint plus facilement le cœur des gens par l’émotion, ce qui en fait un outil d’endoctrinement pour le bien ou pour le mal.

Adorno, dans son livre sur les théories de la nouvelle musique, dit que la musique atonale d’Arnold Schoenberg est comparable à celle de Beethoven. Il suffit d’écouter Schoenberg pour constater qu’il n’y a ni rythme, ni harmonie, ni beauté, ni comparaison avec Beethoven. Schoenberg a créé une école d’où sont sortis des musiciens et des architectes qui ont développé un art irrationnel. L’un des exemples les plus clairs de cet art est l' »urinoir » de Marcel Duchamp. Il s’agit d’un urinoir, ni plus ni moins, qui est considéré par 500 artistes comme l’œuvre la plus importante du siècle dernier. Cette laideur est un outil pour dégrader les valeurs et instiller le pessimisme et l’irrationalité dans la société, car si l’on peut convaincre une personne qu’un urinoir est une œuvre d’art, on peut aussi la convaincre qu’il existe cent genres. Si l’art perd sa cohérence et devient irrationnel, il en va de même pour la pensée philosophique.

Si tout est art, l’art n’a plus de sens.

Alejandro Peña Esclusa : Certes, mais à l’époque classique, ce n’était pas le cas. Les hommes de la Renaissance étaient des scientifiques et des artistes, et un homme comme Brunelleschi a mis 16 ans à construire le dôme de la cathédrale de Florence, ou les œuvres de Michel-Ange ont également pris des années. Il y avait une cohérence, un but, un plan, et tout cela était lié à des valeurs. La littérature de Cervantès ou de Dante exprimait que Dieu existe, que l’homme est fait à son image et à sa ressemblance, qu’il y a le bien et le mal. Nous devons reprendre les classiques, qu’il s’agisse du classicisme, de l’âge d’or espagnol ou du Cinquecento italien, les étudier, les enseigner aux jeunes et, à partir de là, élaborer des politiques visant à promouvoir cette expression artistique porteuse de valeurs.

En Hongrie, mais aussi en Pologne, les bâtiments ont été réhabilités, passant d’un style tristement soviétique à un style classique. Cela crée des villes beaucoup plus agréables à vivre, est-ce que c’est ce que vous proposez dans votre livre dans tous les domaines artistiques ?

Alejandro Peña Esclusa : Il fut un temps où la beauté, la bonté et la vérité étaient des manifestations de la même chose. La beauté est un outil pour exalter l’homme et a certains paramètres, comme l’harmonie ou le rythme. Elle doit être notre outil de lutte contre le marxisme culturel, car la beauté permet à l’homme de faire l’expérience du sublime, du divin. Face aux antivaleurs, il faut opposer la beauté, l’amour, la bonté et la vérité, et l’art classique réunit ces quatre facteurs. Dans mon livre, je passe en revue les différentes manifestations de l’art classique, en commençant par la définition de Schiller de ce qu’est la beauté, en poursuivant avec la Divine Comédie de Dante, qui est un programme moral pour les êtres humains, puis je traite de la littérature et du théâtre, de Shakespeare et de Cervantès. La musique aussi, le Requiem de Mozart, l’opéra « Nabucco » de Verdi et le seul opéra que Beethoven ait écrit, « Fidelio ». Et, bien sûr, la peinture, « L’école d’Athènes » de Raphaël Sanzio, avec un dernier chapitre consacré à Brunelleschi et à la plus grande coupole en maçonnerie du monde. Après cette visite, je résume que chacune de ces œuvres porte les valeurs citées plus haut, et dont toutes les autres découlent, comme la valeur de la vie ou de la liberté. Face au progressisme, nous offrons ce trésor que nous avons oublié dans notre civilisation occidentale.

Au point d’avoir oublié la différence entre le bien et le mal. L’art peut-il mettre fin à la pourriture morale qui ronge l’Occident ?

Alejandro Peña Esclusa : Oui, j’en suis convaincu, car l’art classique est une aide à la morale, un outil pour que la morale chrétienne reste intacte. L’art classique est un moyen d’évangéliser par la beauté.

J’espère que les gouvernements de droite relèveront le gant et commenceront à faire des politiques culturelles, et qu’au lieu d’endoctriner les jeunes avec le sexe comme le fait la gauche, ils enseigneront la beauté, la différence entre le bien et le mal, et que lorsqu’ils deviendront adultes, ils ne pourront pas être manipulés par la corruption du marxisme culturel.

Illustrations : DR
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