Venezuela : le raid de Trump et la tentation du « fait accompli » dans un monde qui bascule

Dans un long texte publié le 3 janvier 2026, l’essayiste Thomas Fazi estime que l’opération militaire américaine contre le Venezuela marque un tournant : l’entrée assumée dans un monde où la force prime sur le droit, et où l’Occident, en particulier, perd le peu de crédibilité normative qu’il lui restait. Son propos s’inscrit dans la foulée d’un événement spectaculaire : une attaque américaine de grande ampleur, menée de nuit, visant plusieurs sites dont Caracas, et qui se serait soldée par la capture – que l’auteur qualifie de « kidnapping » – du président Nicolás Maduro.

Une escalade préparée de longue date, selon l’auteur

Fazi décrit une montée en puissance progressive. Il évoque, dans les mois précédents, un renforcement militaire américain dans la zone caraïbe, des épisodes violents autour de bateaux de pêche vénézuéliens, ainsi que la saisie de pétroliers. Dans sa lecture, l’administration Trump a posé les jalons d’une opération finale en multipliant les justifications.

Parmi celles-ci, l’auteur cite l’accusation centrale : Caracas serait un « État narco-terroriste » au cœur du trafic de fentanyl responsable de la crise des overdoses aux États-Unis. Il affirme que cette thèse aurait été démontée par d’autres analyses. Il mentionne aussi l’argument, selon lui non étayé, de la présence de « terroristes soutenus par l’Iran » sur le sol vénézuélien. Et, comme souvent dans les opérations de changement de régime, la rhétorique de la « démocratie » et de la « liberté » est convoquée pour habiller une décision stratégique.

Dans le texte, une idée revient : dépouillée de ses couches de communication, l’action américaine relèverait d’une agression illégale contre un pays ne représentant pas une menace directe pour les États-Unis. C’est l’axe moral et juridique du propos, même si Fazi insiste surtout sur la logique de puissance.

Le pétrole et l’affrontement des blocs en toile de fond

L’auteur avance deux objectifs « transparents ». Le premier serait l’accès aux ressources énergétiques : il souligne l’importance des réserves pétrolières vénézuéliennes. Le second serait la dimension géopolitique : le Venezuela est présenté comme un allié d’un bloc non occidental, avec des relations étroites avec Moscou et Pékin. Dans cette perspective, l’opération n’aurait pas seulement une dimension latino-américaine : elle viserait aussi à affaiblir un point d’appui du camp adverse dans la compétition globale.

Fazi insiste sur l’ironie politique : Donald Trump a longtemps été élu et réélu en promettant de mettre fin aux « guerres sans fin ». Pourtant, cette offensive, dans sa lecture, ressemble à un nouvel épisode de « regime change », sous une forme plus brutale et moins couverte.

Une stratégie américaine réorientée : frapper les “maillons faibles”

Le cœur analytique du texte se situe ici. L’auteur discute l’idée selon laquelle Washington reconnaîtrait l’émergence d’un monde multipolaire et chercherait à éviter une confrontation frontale avec la Chine ou la Russie. Il cite, dans ce cadre, la publication récente d’une stratégie de sécurité nationale, les efforts de Trump pour négocier sur l’Ukraine, et une volonté affichée de réduire certaines charges militaires en Europe.

Mais l’attaque contre le Venezuela viendrait contredire, selon lui, une lecture trop optimiste. Au lieu d’accepter la multipolarité, les États-Unis chercheraient à la ralentir par une tactique indirecte : multiplier les conflits périphériques, cibler des États jugés vulnérables, installer une pression permanente et exporter le chaos vers des théâtres secondaires. Le Venezuela s’inscrirait parfaitement dans ce schéma : pas une guerre contre un “grand”, mais une opération de domination contre un pays placé dans la zone d’influence américaine.

Le retour de la doctrine Monroe, version militarisée

Fazi va plus loin en décrivant une résurgence de la doctrine Monroe, cette vision historique selon laquelle l’Amérique latine relève d’une sphère d’influence des États-Unis. Dans sa version moderne, elle ne s’afficherait plus seulement en discours : elle prendrait un tour explicitement militarisé. La logique serait simple : tout État du continent américain qui refuse l’alignement devient une cible potentielle.

Dans le texte, l’auteur y voit une manière de gérer la rivalité entre grandes puissances sans affronter directement la Chine ou la Russie : frapper des alliés, imposer des changements de régime, et envoyer un signal à ceux qui s’écartent du camp occidental.

L’opinion de Fazi s’inscrit dans un constat déjà répandu, mais qu’il estime désormais aggravé : l’Occident parle d’un « ordre international fondé sur des règles », tout en appliquant ces règles de manière sélective. Il rappelle que les violations du droit international ne datent pas d’hier, citant des précédents historiques, depuis les coups d’État clandestins jusqu’aux invasions ou campagnes de bombardement.

La différence, selon lui, est qualitative : auparavant, Washington prenait soin de construire un récit juridique et moral, de fabriquer une forme de consentement, au moins en apparence. Aujourd’hui, cette retenue serait tombée. La justification deviendrait minimale, parfois purement formelle, et la décision serait assumée comme un acte de force.

L’opinion publique mise de côté

Autre point soulevé : l’administration agirait, selon l’auteur, en dépit de l’opinion intérieure. Il affirme que des sondages montreraient une opposition majoritaire des Américains à une action militaire contre le Venezuela, et rappelle que d’autres dossiers récents ont suscité une hostilité populaire notable. Dans cette logique, l’écart entre gouvernants et gouvernés s’élargit, et la politique étrangère devient un domaine où la décision s’impose d’en haut, sans véritable contrôle démocratique.

Fazi insiste sur un effet international immédiat : si l’Occident reste silencieux ou ambigu sur ce type d’opération, il fragilise son propre discours sur l’Ukraine. L’auteur estime que le contraste – indignation sélective d’un côté, tolérance de l’autre – alimente la défiance d’une partie du monde non occidental.

Il pose aussi une question rhétorique : sur quelle base morale ou juridique l’Occident pourrait-il s’opposer à une action chinoise contre Taïwan, si Washington justifie de fait une violence préventive dans une sphère d’influence autoproclamée ? L’auteur considère que ce type de précédent accélère la pente vers une forme d’anarchie internationale, où « la force fait le droit ».

Vers un éloignement accéléré du “système occidental”

Conclusion politique du texte : ces méthodes pousseraient davantage de pays à s’éloigner de l’orbite occidentale. À mesure que les contraintes juridiques et morales sont piétinées à l’extérieur, l’auteur estime que la tentation sera forte de les relativiser aussi à l’intérieur. Il évoque un risque de dégradation des libertés publiques et des garde-fous constitutionnels, par contagion : ce qu’on justifie loin de chez soi finit souvent par être justifiable chez soi.

Au fond, le propos de Fazi est moins une défense du régime vénézuélien qu’une mise en accusation d’un basculement : un Occident qui, au nom de sa puissance, renonce à la cohérence. Et un monde qui, voyant cette incohérence, se prépare à jouer selon les mêmes règles : celles du rapport de force.

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2 réponses à “Venezuela : le raid de Trump et la tentation du « fait accompli » dans un monde qui bascule”

  1. creoff dit :

    Oui le droit international est mort. Il était déjà en état de mort cérébrale.. Le raid Vénézuélien en est l’acte de décès UBI et ORBI. Et il n’y a plus aucune raison que les dirigeants des pays, communément achetés par les mêmes- respectent une constitution quelconque, un droit quelconque. Zelinsky est Président non élu et tue son peuple. Pas de problème Le nouveau dirigeant Syrien avait sa tête mise à prix comme djihadiste il y a peu. Pas de problème. La différence, c’est que les dirigeants se moquent désormais du peuple, et font à peine un effort d’habillage et de communication avec des grands mots qui ont perdu tout impact dans la population. Trump dit ouvertement avoir été acheté par la communauté J*e. Pas de problème. Ils n’ont plus besoin de population, seulement des richesses. Et ils pourront les prendre quand ils voudront. Objectif mondial: un demi milliard d’êtres humains.

  2. Brunrouge dit :

    Merci Creoff. Autant de vérités en quelques phrases quand certains ont besoin d’une heure d’émission pour faire des commentaires de commentaires. Bravo.

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