Pendant plus de sept siècles, il avait disparu. Effacé des récits canoniques, absent des grandes compilations médiévales, introuvable dans les versions anglaises les plus célèbres de la Table ronde. Et pourtant, Ségurant, le « chevalier au dragon », a bel et bien existé dans l’imaginaire médiéval européen. C’est cette résurrection patiente et savante que raconte le documentaire Le chevalier au dragon, le roman disparu de la Table ronde, réalisé par Marie Thiry et disponible en rediffusion jusqu’au 28 mai 2026.
Le film suit une double quête. Celle, intellectuelle et presque obsessionnelle, du médiéviste Emanuele Arioli, et celle, mythique, du chevalier Ségurant lui-même, condamné par la fée Morgane à poursuivre un dragon illusoire à travers forêts, tournois et royaumes.
Un manuscrit, une énigme, un chevalier inconnu
Tout commence en 2010, à la bibliothèque de l’Arsenal, à Paris. En feuilletant un manuscrit du XVe siècle consacré aux Prophéties de Merlin, Arioli tombe sur plusieurs épisodes inconnus de la légende arthurienne. Ils évoquent un chevalier nommé Ségurant, surnommé « le chevalier au dragon », défiant les plus grands héros de la Table ronde lors d’un tournoi à Winchester.
Cette découverte pose immédiatement question. Comment un chevalier présenté comme le plus valeureux de son temps a-t-il pu disparaître à ce point de la tradition littéraire ? Était-il le vestige d’un roman perdu, morcelé, oublié, ou volontairement effacé ?
Commence alors une enquête de dix ans, à travers bibliothèques, archives et collections européennes. Du pays de Galles à l’Italie du Nord, de la France à la Suède, Arioli traque les fragments épars de cette œuvre disparue, jusqu’à recomposer un roman de plus de 300 pages à partir de vingt-huit manuscrits médiévaux.
Une légende à la croisée des mondes
Le documentaire montre comment Ségurant n’est ni un héros strictement celtique, comme Arthur ou Merlin, ni un pur produit de la tradition française des romans courtois. Il apparaît plutôt comme un personnage de synthèse, né dans le nord de l’Italie au XIIIe siècle, sous la plume d’un auteur écrivant en français, alors langue littéraire de prestige.
Ségurant emprunte beaucoup aux grandes figures du chasseur de dragon issues des mondes germaniques et nordiques. Les parallèles avec Siegfried ou Sigurd sont nombreux : combat contre le dragon, mur de flammes, pierre précieuse, épreuve initiatique. Mais là où ces héros triomphent du monstre, Ségurant échoue. Le dragon qu’il poursuit est une illusion, un sortilège, une chimère imposée par Morgane.
Cette différence est centrale. Elle transforme la quête en obsession, et le héros en figure tragique, presque moderne, prisonnier d’un combat sans fin contre un ennemi irréel.
Quand l’Histoire efface la légende
Le film éclaire aussi les raisons de cette disparition. À la Renaissance, les Prophéties de Merlin sont condamnées par l’Église et inscrites à l’Index des livres interdits, Merlin étant perçu comme une figure de divination suspecte, voire diabolique. Les manuscrits sont détruits, brûlés, recyclés, parfois sauvés par hasard lors d’incendies de bibliothèques, comme à Turin en 1904.
Parallèlement, la chevalerie décline. Les armées nationales remplacent les chevaliers, les valeurs courtoises deviennent anachroniques, et la littérature arthurienne tombe en désuétude. Ségurant, héros marginal, disparaît avec elle.
C’est grâce aux outils modernes — paléographie, philologie, imagerie multispectrale — que le récit peut être reconstitué. Le documentaire montre avec précision ce travail scientifique, sans jamais le rendre aride, en alternant analyses savantes et séquences d’animation qui donnent chair aux épisodes retrouvés.
Une double épopée, savante et imaginaire
Porté par la voix de Féodor Atkine, et enrichi par les interventions de spécialistes comme Michel Zink, le film tisse un dialogue constant entre savoir académique et imaginaire médiéval.
Plus qu’un simple documentaire historique, Le chevalier au dragon est une réflexion sur la transmission, l’oubli, et la mémoire culturelle européenne. Il rappelle que les grandes légendes ne sont jamais figées, qu’elles circulent, se transforment, se perdent et parfois renaissent, au gré des siècles et des civilisations.
Ségurant, finalement, retrouve sa place. Non comme un héros secondaire, mais comme un chaînon manquant entre les mondes celte, germanique et latin, et comme un symbole d’une Europe médiévale profondément interconnectée.
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2 réponses à “Le chevalier au dragon : quand un héros oublié refait surface au cœur de la légende arthurienne”
J’ai lu le livre, ce n’est pas très passionnant ; le récit manque de dynamisme. Il y a beaucoup d’oeuvres qui ont « disparu » et qu’on peut retrouver dans les manuscrits. Ce n’est pas un exploit contrairement à ce que ces gens veulent nous faire croire. Et pour un résultat somme toute médiocre. Beaucoup de (bons) récits de la légende arthurienne sont restés bien vivants.
Segurant le Brun est un chevalier secondaire et tardif, lié aux Prophéties de Merlin et à Rusticien de Pise, ce qui est pas mal. Mais cela ne le met pas à hauteur d’un chevalier « secondaire » comme Jaufré ! (Arioli est non seulement un médiéviste (chartiste !), mais encore un acteur et un communicant, ce qui l’a desservi dans la réception de sa thèse auprès de la communauté scientifique.